Des femmes disent non

Des femmes disent non

Harvey Weinstein, l’homme aux 81 oscars, exhibitionniste, harceleur notoire et présumé violeur, vient d’être exhibé dans toute sa crudité, aux yeux du monde entier.

Un contenu proposé par Paroles Protestantes - Paris

Publié le 5 novembre 2017

Auteur : Robert Philipoussi

Astre déjà décadent dans le firmament hollywoodien. Devenu moins redoutable. Des femmes ont parlé.

En Inde, appelé le « pays du viol » par les médias occidentaux, des groupes sporadiques de femmes se mettent à se venger des violeurs et les tabassent. Depuis le viol collectif qui s’est conclu par la mort d’une étudiante à New Delhi en 2012, une prise de conscience irrésistible a commencé à se répandre.
En Arabie Saoudite, les femmes ont depuis peu obtenu et de haute lutte, le droit de conduire des voitures. Denis Baupin, ingénieur et responsable politique écologiste qui se considère comme un « libertin incompris », s’est brusquement trouvé fort dépourvu quand les plaintes sont venues (« classées sans suite »).
Même en Russie, un mouvement féministe plus structuré et plus revendicatif d’égalité commence à poindre. On y part de très loin. Ce qui est communément appelé « actualité » pourrait se figurer par la métaphore d’une tranquille étendue d’eau soudainement percée par un gros caillou (les États-Unis quittent l’Unesco, un volcan entre en éruption, un comédien célèbre meurt). Mais la vraie actualité, celle qui se déroule en fond, nous avons du mal à la percevoir. Si nous la percevions, nous nous rendrions compte que les grands mouvements sont plutôt bénéfiques. Il semblerait en l’occurrence que nous soyons proches de mettre à égalité les hommes et les femmes.

Nous étions peut-être trop occupés sur d’autres thèmes d’injustices. Et peut-être enfarinés par l’opinion selon laquelle, sur le terrain de la condition féminine, en tous les cas chez nous, les problèmes étaient résolus. Et nous sommes restés presque aveugles sur le caractère massif des comportements harceleurs, voire criminels, d’hommes – en général des n+1 – sur des femmes. Et si toutefois nous en étions conscients (en général, n’importe quelle femme en a conscience), nous ne faisions pas le lien avec un fait statistique : tous les 3 jours, en France, une femme meurt sous les coups de son conjoint. Aucun rapport ? Eh bien si. C’est le même phénomène, avec une différence d’intensité. Et ce phénomène s’appelle l’abus de pouvoir sur (ce qui n’est considéré que comme) un corps, présumé sans volonté autre que d’être agressé. Un corps qu’on peut donc pincer, caresser, embrasser, devant lequel on peut s’exhiber, qu’on peut pénétrer, qu’on peut battre, qu’on peut tuer, et même après son extinction, qu’on peut nier.

Même les plus narquois d’entre nous, même les plus juristes dans l’âme, même les moins politiquement corrects ont pu être effarés par la Une des Inrockuptibles incluant la tête de Bertrand Cantat (celui qui a fait trois ans de prison pour avoir « involontairement » selon le droit lithuanien, tué sa femme, Marie Trintignant, à coup de poings). Ce que j’ai vu moi, c’est qu’il a gagné sa Une grâce à son féminicide*. Poète maudit ? (rires dans la salle de spectacle déserte). Ce qui est en train de se former sous nos yeux, c’est une vague morale. Pas moraliste : morale. Plus aucun argument, du plus débile (« si on peut plus rigoler ») au plus religieux (« les femmes ne sont pas propriétaires d’elles-mêmes ») ne va pouvoir tenir longtemps. Ça parle. L’inter-dit (ce qui est littéralement situé dans « une faille du dire »), tombe. On croyait qu’il était déjà tombé. C’était une illusion probablement bien entretenue. Ça va faire du bien à tout le monde.

Presse régionale protestante

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