enjeux climatiques

Donnez-nous du temps ! L’exemple de la convention citoyenne sur le climat

J’ai regardé, sur la chaîne parlementaire, un documentaire tout à fait troublant sur les 150 personnes, tirées au sort, qui ont participé à la convention citoyenne sur le climat.

Un contenu proposé par Tendances, Espérance

Publié le 13 décembre 2021

Auteur : Frédéric de Coninck

Ce documentaire de 52 minutes peut être regardé encore un certain temps.

Une soudaine prise de conscience de la gravité des enjeux

On avait déjà souligné, au moment de la fin de la convention, qu’il était assez étonnant que le groupe de citoyens arrive à un tel consensus, sur un sujet à priori très controversé. Ce que racontent les personnes, dans le reportage, l’explique. Toutes disent qu’elles ont soudain pris conscience de l’importance et de la réalité du problème, face à des experts qui les ont bouleversées. C’est bien là ce qui m’a estomaqué.

Il faut bien voir que ces experts ne vivent pas dans le secret, qu’ils s’expriment au travers des rapports du GIEC ou au travers d’autres rapports, que ces travaux sont relayés par la presse, qu’il arrive qu’on en voie l’un ou l’autre à la télévision. Donc, d’un certain point de vue, ces personnes n’ont fait que réentendre ce qu’elles avaient déjà entendu. Elles ne disent d’ailleurs pas le contraire. Elles disent simplement que, tout d’un coup, elles ont pris ces messages au sérieux.

Plusieurs ont changé de vie après la convention citoyenne. Certains se sont engagés politiquement, d’autres ont décidé de militer dans les réseaux associatifs, plusieurs ont quitté leur travail, l’un a décidé d’aller travailler tous les jours en vélo et a arrêté de manger de la viande. Quand ils parlent du choc qu’ils ont reçu, ce ne sont donc pas des mots en l’air.

Que s’est-il passé ?

J’avoue que, dans un premier temps, j’ai été plutôt désespéré de me rendre compte que, pour la plupart des personnes, le problème n’était pas qu’elles étaient auparavant dérangées dans leur confort, mais simplement qu’elles ne prêtaient pas vraiment attention aux mises en garde des experts, qu’elles les écoutaient d’une oreille distraite.

Ensuite je me suis interrogé sur ce qui s’était passé. Ce qui m’est, finalement, apparu comme évident, c’est que le message n’est pas tout et que le cadre dans lequel il est délivré change complètement la donne. D’abord, se retrouver en chair et en os devant un spécialiste dont on perçoit l’engagement, en tant que personne, dans le problème considéré, fait un autre effet que de juste récupérer son discours. Ensuite, et ce fut là, à mon avis, le ressort essentiel : on a laissé aux scientifiques le temps de parler, de s’expliquer, de répondre à des questions tranquillement, chose qu’ils n’ont jamais la possibilité de faire dans les médias.

Et les auditeurs ont pris le temps d’écouter le message, d’essayer de se faire un opinion, de discuter, de demander des éclaircissements, de soulever des objections. C’est un autre positionnement que de se trouver face au flux déstructuré de la succession d’informations d’un journal télévisé, qu’on laisse glisser sur soi. Du coup, plutôt que de chercher la petite phrase ou la petite formule qui fait mouche, tous ont cherché à approfondir un peu (un peu a suffi) les enjeux.

Il y a d’autres points forts qui ressortent du documentaire. L’un raconte le débat contradictoire qui s’est déroulé à propos de la semaine de travail de quatre jours et l’expérience incroyable de voir l’intelligence des arguments qui s’échangeaient. L’autre dit qu’il a pris conscience qu’il avait quelque chose à dire, alors qu’il se dévalorisait auparavant.

Et puis…

Et puis à la fin, le documentaire y insiste aussi, tous ont la conviction d’avoir participé à un moment incroyable, mais non reproductible. Quand ils doivent trancher entre soumettre leurs propositions par référendum ou les transmettre aux parlementaires, la majorité d’entre eux sont persuadés qu’il sera impossible de mener un débat public de grande ampleur sur ces questions et qu’il vaut mieux s’en remettre aux députés et sénateurs.

Pourquoi sont-ils intimement persuadés que la majorité des français « ne pourra pas comprendre » ce qu’ils ont compris ? A mon avis ils sont assez lucides : ils voient que l’arène où ces questions pourraient prendre de la consistance n’existe pas.

D’un autre côté, ils sous-estiment, sans doute, les pesanteurs multiples qui feront, en définitive, de la loi climat, une pâle évocation de leurs travaux.

Rendez-nous Jean-Baptiste !

Et, alors que je tentais de comprendre ce qui s’était passé, j’ai été ramené aux textes bibliques qu’on lit, au moment de l’avent, et qui nous parlent du ministère de Jean-Baptiste. Il est « la voix qui crie dans le désert » et les gens sortent de la ville pour aller à sa rencontre, au bord du Jourdain. Cette mise en scène peut questionner, mais je me rends compte que, là aussi, le lieu change tout. Prendre le temps de sortir de son quotidien et aller dans un lieu où il y a peu de distractions, rend disponible pour entendre un message qui, sinon, serait brouillé et inaudible.

Et voilà notre problème : nous manquons de déserts, nous manquons de lieux et d’occasions pour sortir de notre quotidien saturé de messages éphémères. Ce n’est pas tellement une défaite de la pensée que nous vivons, qu’une disparition de lieux pour penser. Tous ceux qui ont été filmés dans le documentaire sont reconnaissants d’avoir pu faire un pas de côté et ils ont apprécié d’avoir à se poser des questions.

Et, on le voit, le fonctionnement des organes d’information ne construit pas du tout, aujourd’hui, un lieu pour prendre de la distance, regarder les choses en face tranquillement, et s’interroger sur les grands enjeux de notre existence.

Rendez-nous Jean-Baptiste !

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