Réflexion

Faut-il quitter les réseaux sociaux ?

Apanages de notre civilisation digitale, les réseaux sociaux véhiculent le meilleur mais souvent le pire. Leur étoile commence à pâlir, si bien que particuliers comme entreprise se demandent s’il faut encore y être.

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Publié le 7 février 2022

Auteur : Laurence Roux-Fouillet

Pour la première fois de son existence, Facebook vient d’annoncer une baisse de son nombre d’utilisateurs. Sur le dernier trimestre de l’année 2021, ce sont près d’un million d’abonnés quotidiens qui se sont volatilisés. Le réseau social-leader amorcerait-il la pente du déclin ?

Il faut le croire, surtout si l’on considère qu’autour de soi, de plus en plus de monde confesse avoir quitté le géant américain. Après plus d’une décennie de photos, articles et moments narcissiques partagés, il semblerait qu’une certaine lassitude s’installe.

D’ailleurs les plus jeunes en sont totalement absents, considérant le roi de la Silicon Valley comme totalement has been. On les retrouve plutôt sur d’autres réseaux comme TikTok, Snapchat, Instagram ou Twich… ou rien, préférant échanger dans une messagerie privée.

La marque de cosmétiques Lush a quitté Twitter en 2019, lassée des « haters » et autres algorithmes qui faussent la relation avec ses clients et détériorent son image. Un pari risqué, mais qui rejoint le calcul que font d’autres marques : si l’impact en termes de notoriété ou de sympathie est réel, le retour sur investissement est-il pour autant au rendez-vous ?

Certaines célébrités ont également jeté l’éponge, tant les insultes qu’ils recevaient l’emportaient sur l’intérêt de ce qu’ils pouvaient partager avec leur « communauté ». Parfois pris à leur propre piège, ils suspendent pour un temps leur compte ou les suppriment carrément, comme ce fut le cas pour Karine Lemarchand, Ed Sheeran, Christophe Willem, Michel Cymes ou Elon Musk (parti, puis revenu)… Moqueries sur leur physique, propos mal interprétés, soupçon d’homophobie, de sexisme ou de racisme, la moindre anicroche déclenche un déversement de haine.

 

Mais pourquoi partir ?

  • C’est chronophage.
    N’importe quel réseau fonctionne avec le principe du doigt dans l’engrenage. Y jeter un œil expose au risque d’y rester de longues minutes, à scroller d’une info ou d’un compte à l’autre, dans un tourbillon hypnotique, en laissant sa vie et son précieux temps libre filer. Tant et si bien qu’il a fallu créer des applis pour mesurer et bloquer d’autorité le temps passé sur ces sites. Car il y a des soirées qui donnent de vraies sensations de gâchis… Le confinement nous a fait comprendre ce qui était essentiel, dommage de perdre son temps dans ce qui ne l’est pas…
  • Cela détériore notre attention.
    Cette capacité cognitive s’est effondrée ces dernières années, particulièrement chez les plus jeunes. Microsoft a mesuré en 2019 que notre durée d’attention sur un même sujet était descendue en dessous de celle d’un poisson rouge (8 secondes !). Non seulement parce que l’envie de consulter les réseaux est un motif récurrent de distraction, mais aussi du fait d’une sur-stimulation. Ceux qui surfent d’une appli ou d’un site à l’autre sont victimes d’infobésité – une surcharge informationnelle. Qui plus est, les informations défilent de plus en plus vite, et créent une forme de dépendance à la nouveauté.
  • C’est le café du commerce, en pire.
    Tous les avis sont partagés sans discernement. Twitter comme Facebook sont le royaume des fake news, ces informations non vérifiées mais avec des accents de vérité, et qui se répandent comme une traînée de poudre. N’importe quel internaute s’auto-proclame épidémiologiste, expert en politique internationale ou critique littéraire, et les débats s’enflamment vite. Ça use et ça prend de l’énergie.
  • Cela entretient le voyeurisme.
    Que dire de cette sensation, qui peut tourner au malsain, d’observer en permanence les autres – aussi parce qu’ils passent leur temps à afficher leur vie ? On en vient à attendre ce qui va se passer…
  • C’est un vecteur de harcèlement et de mal-être.
    Les plus bas instincts se révèlent au grand jour, pour poursuivre ou stigmatiser une personnalité connue comme un adolescent lambda. La faute en partie à l’anonymat, qui favorise toutes les expressions sans retenue et l’explosion de toutes les discriminations : haine gratuite, grossophobie, racisme, sexisme, antisémitisme, islamophobie, homophobie…
    A l’inverse, certains réseaux plus visuels, comme Instagram ou TikTok, subliment des influenceurs dont le quotidien est scénarisé, mais favorisent la comparaison. En exposant un mode de vie idéalisé, à des lustres de celui des « followers », ils menacent l’estime de soi – notamment chez les adolescents.
  • Ce sont des outils de manipulation.
    Internautes russes ou chabots indiens, ils répondent automatiquement ou « saturent » la toile d’une thèse, d’une opinion ou d’un sujet, faussant la donne… Ce qui émerge est souvent en décalage avec la réalité – hautement influencé. Quant aux algorithmes et autres cookies, ils confortent chaque internaute dans des thématiques et un environnement qui lui est familier. Les réseaux n’ont pas d’imagination : ils nous « vendent » ce que l’on a envie de voir, et sont peu propices à l’ouverture d’esprit, ni à la l’innovation.

Au fait, le 28 février est instauré depuis quelques années comme « la journée mondiale sans Facebook ». Voilà donc une bonne occasion de s’en passer, et d’expérimenter le plaisir de faire autre chose.

 

Exercice : trouver son énergie autrement

Vous avez peur de vous ennuyer sans votre récréation sur Instagram ? C’est normal, vous êtes sans doute à la limite de la dépendance, un phénomène qui s’appuie sur une sur stimulation du circuit dopaminergique, notre réseau cérébral du plaisir et de la récompense.

Je vous propose donc de redécouvrir les activités qui vous reposent, vous rechargent et vous font plaisir en pratiquant ce petit exercice.

  • Prenez une feuille de papier et, façon mind-mapping, écrivez au milieu le mot « plaisir ». Puis commencez à l’entourer des activités qui vous passent par la tête et qui, habituellement, vous font du bien. On parle là d’activité à échéance et durée relativement courte (pas d’une sortie culturelle, par exemple). Il est possible que vous n’en ayez pas pratiqué certaines depuis plusieurs mois !
  • Faites-le de la manière la plus variée possible – et n’hésitez pas à compléter dès qu’une autre idée vous vient en tête. Placé sur votre bureau ou dans votre agenda, ce mind-mapping est un excellent aide-mémoire pour des alternatives concrètes aux réseaux.
    Je vous livre le mien, tout comme j’avais listé en 2020 (l’année de tous les dangers !), mes 20 plaisirs pour 2020.

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