TÉMOIGNAGES

J’avais ton âge

Protestante engagée, Karine Sicard-Bouvatier a eu l’idée d’une démarche différente et nécessaire sur la déportation : organiser des rencontres entre des survivants et des adolescents qui avaient leur âge pendant la guerre. Une opportunité unique, la dernière probablement, d’échanges directs avec ces derniers témoins.

Un contenu proposé par Paroles Protestantes - Paris

Publié le 3 septembre 2021

Auteur : Jean de Bournay

Vingt-cinq ont témoigné. Depuis, neuf sont morts etdeux ont perdu la mémoire. Souvent, ils se sont tus au retour des camps, incapables de parler pour préserver leur entourage et aussi parce qu’il fallait aller de l’avant et que personne, vraiment, n’avait envie d’écouter. Le temps a passé, maintenant ils sont dans l’urgence de témoigner et de transmettre leur message avant qu’il ne soit trop tard. Le livre issu de ces entretiens avec des jeunes qu’ils ne connaissaient pas est illustré par de superbes photos. Elles immortalisent chaque échange, appuyant avec force l’intention de l ’auteure. Fragilité des corps âgés mais force des âmes, émotion et timidité des adolescents venus à leur rencontre.

Jusqu’où peut aller la barbarie

Les faits sont connus, inscrits dans les textes et les livres d’histoire, mais pour les jeunes cela peut rester abstrait. C’est un choc et beaucoup d’émotion, par exemple, quand Karine Sicard-Bouvatier annonce à Ginette Kolinka que Sifa fête ses 20 ans le jour de l’entretien et lui demande ce que c’était d’avoir eu 20 ans dans un camp. Certains témoins ont été déportés pour fait de résistance, mais la majorité simplement parce qu’ils étaient juifs. Les récits, similaires mais toujours singuliers, insistent sur la manière de procéder des bourreaux et le vécu des prisonniers, en particulier l’abolition de la notion du temps. Se concentrer pour vivre encore un jour, encore une heure, sans avoir le luxe de penser à un avenir improbable. Tous, ils mettent en garde : ce que des Hommes ont fait une fois, ils peuvent le refaire ailleurs, plus tard, avec d’autres peuples. Il y a des choses inconcevables, inimaginables, comme infliger ces souffrances et organiser de telles exterminations. Ils ont plus de quatre-vingt-dix ans et insistent sur la vigilance nécessaire à maintenir pour qu’aucun peuple, jamais, ne soit dans la situation de revivre de telles choses.

Le caractère sacré de la vie

En face, les adolescents sont bouleversés et restent très marqués par ces entretiens. Ils ont remercié l’auteure et se sont tous demandé comment ils auraient réagi à la place de ces déportés de leur âge à l’époque, séparés de leurs familles et contraints de survivre dans des conditions innommables. Ils ont aussi posé leurs questions, pour faire préciser tel ou tel point. « Qu’est-ce qui vous a permis de tenir ? » « Dans cet enfer, y a-t-il eu une lumière qui vous a soutenu ? Votre foi en Dieu ? » À ces questions les réponses sont diverses. C’est Jean, stupéfait, qui s’entend répondre par Elie Buzyn que « mon Dieu à moi est parti par la cheminée du four crématoire avec mes parents ». Au contraire, Henri Borlant pense que sa foi l’a aidé, alors qu’il savait être détenu dans un camp d’extermination. Ces hommes et ces femmes, plus de 70 ans après les faits, délivrent un message qui n’est pas confessionnel mais largement spirituel. Ils vont mourir et passent le flambeau dans chacun de ces entretiens : tu m’as vu, tu m’as écouté, à toi maintenant de transmettre. Le même sang coule dans les veines de chaque être humain. N’oublie pas, car le risque existe toujours que cela recommence.

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