La pêche au saumon à nouveau légalisée à Bayonne ?
Ecologie

La pêche au saumon à nouveau légalisée à Bayonne ?

A Bayonne, l’Adour est la porte d’entrée de milliers de saumons qui remontent vers les frayères des Pyrénées.

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Publié le 10 février 2020

Auteur : Michel Rodes

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Chaque année une dizaine de milliers de migrateurs arrivent du Groendland pour retrouver les torrents qui les ont vu naître et grandir. Hélas quelques dizaines de pêcheurs professionnels barraient l’estuaire avec leurs filets. Entre les prises en mer et l’ estuaire on peut dire que 70% de la ressource était pillée1. Jusqu’au jour où trois associations environnementalistes ont réussi à faire condamner les préfets qui refusaient d’exercer leur pouvoir de police dans le port. Grosse victoire donc en 2019 : trois préfets condamnés à indemniser les associations et à interdire la pêche dans le port de commerce (photo). Mais nous sommes ici en république quelque peu particulière.La semaine dernière le Préfet de Pau a gaillardement annoncé avoir trouvé un biais : il suffit de modifier le règlement du Port de Bayonne. Et un compromis sera trouvé : scientifique bien sûr ! Et voilà le braconnage à nouveau bientôt autorisé, légalisé ! A 80 euros le kg, le saumon sauvage de l’Adour se vend bien. Encore faudra-t-il la signature du Président de la région.Et les arrêts des tribunaux administratifs de 2019 seraient parfaitement contournés par ceux qui sont payés pour assurer le maintien de l’état de droit.

Sauf qu il s’agit de NATURA-2000 et d’un Axe grand migrateurs ! Sauf qu il s’agit d’espèces classées liste rouge de l’UICN (Union internationale de conservation de la nature) : grande alose, anguille, etc ! C’est au nom de ces espèces que Bruxelles finance à fond perdu la restauration de l’Adour et des gaves qui sont les plus belles rivières d’Europe pour le saumon ! Des frayères à 80 km seulement de l’océan, des eaux pures, des plages de graviers , une eau fraîche ! Mais non, la vision économiste bête et méchante l’emporte. Aucun bilan avantage-inconvénient n’est fait par ces hauts fonctionnaires !

Pour dix pêcheurs professionnels qui s’enrichissent gentiment, c’est toute la politique publique de restauration de cette espèce emblématique qui est sapée, annihilée ! A quoi bon avoir dépensé 75 millions d’ euros d’argent public en 13 ans pour aleviner et construire des passes à poissons ? Pourquoi tant d’argent déversé sur l’amont quand l’estuaire est barré de filets disposés en quinconces ?

On peut d’ailleurs se demander s’il y a une politique publique en matière de gestion intégrée d’un bassin versant appelé l’Adour. Une preuve : la somme des subventions, les fameux 75 millions en 13 ans était tenue secrète. Tout cela est discret : pas de compte à rendre malgré le Comité de bassin de l’agence de l’eau , malgré les règles tatillonnes de l’Union européenne. En réalité c’est la corporation des hydro-électriciens privés qui a flairé le filon. Les subventions venues de Bruxelles, de Paris, de l’Agence de l’Eau financent jusqu’à 80 % les passes à poissons ! Comme si ces marchands d’électrons étaient sur la paille ! Comme si le Principe Pollueur Payeur n’existait pas ! Comme si les passes à poissons n’étaient pas une obligation séculaire inscrite dans le Code rural. Il y a là, en vérité, un effet d’aubaine pour une corporation très structurée.C’est le petit jeu habituel : socialisation des investissements, capitalisation des bénéfices. Aujourd’hui, invoquant le changement climatique, la dite corporation demande davantage encore. Elle a même obtenu que la Communauté du Pays Basque finance une étude signée de Corinne Lepage. Bien entendu l’étude conclut à la nécessité d’aider à multiplier la petite hydroélectricité : jusqu’en montagne : celle qui produit le moins et détruit le chevelu des têtes de bassin, si précieux pour les écosystèmes.

Aujourd’hui, les trois associations écologistes2 continuent plus loin et plus haut leur combat. Piusque l’ exécutif se refuse à mettre en place les injonctions du judiciaire, il faut alerter la Cour des Comptes et Bruxelles. C’est peut être seulement là haut, loin des pressions notabilistes et obscures que l’on fera les comptes !

1 Selon l’ADMR (Association de défense des ressources marines. Les estimations de remontées vers les frayères seraient de 1 600 saumons Gave d’Oloron ; 600 gave de Pau ; et pour la partie basque: 400 pour la Nive, 600 pour le saison. A noter que les pêcheurs amateurs ne prélèvent qu’environ 400 saumons par an. (https://www.adrmarine.org/)

2 Il s’agit des SEPANSO40 et 64 : Société de Protection de la Nature dans le Sud Ouest et de SALMO-TIERA-SALVA-TIERRA : spécialisée saumon et rivière. (http://www.sepanso40.fr/)

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Écologiste de terrain, Michel Rodes propose via ce blog d’ouvrir le débat sur l’environnement et de lancer des pistes pour rebondir.

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