détention

La sexualité en prison

Être privé de liberté c’est être aussi privé de sexualité, de la rencontre avec l’autre, l’autre aimant, désiré.

Un contenu proposé par Paroles Protestantes - Paris

Publié le 17 juin 2021

Auteur : Brice Deymié

Le corps emprisonné ne répond souvent plus à ce que l’on attend de lui et la personne détenue peut alors développer des pathologies liées à l’emprisonnement.

Avoir le sentiment de perdre sa sexualité, sa virilité, son pouvoir de séduction ou son désir tout simplement, c’est une perte supplémentaire qui contribue à la dégradation de l’image que chacun a de soi et plus dramatiquement de l’image que l’on a de l’autre.

Regard de l’autre

L’autre, c’est l’épouse, la femme, l’autre détenu qui peut être entrevu à travers le seul prisme de l’insatisfaction sexuelle et ainsi peuvent se jouer des rapports de domination et des phantasmes à travers des films ou des livres pornographiques. Beaucoup de détenus reconnaissent d’ailleurs éviter une consommation pornographique trop importante qui ne satisfait qu’un désir voyeur et non charnel et disent « qu’après c’est pire qu’avant ». Le risque de ce corps contrit et prisonnier c’est que la mécanique se grippe et qu’après la libération elle ne se remette plus jamais en route. C’est évidemment la crainte de l’absence d’érection pour les hommes mais aussi la crainte du regard de l’autre sur son corps, la crainte de ne plus pouvoir vivre une intimité partagée et tendre car en prison il n’y a d’intimité partagée que contraint par la promiscuité ou violente dans le rapport avec les co-détenus. Le Dr Acker, médecin à la maison d’arrêt de la Santé à Paris, constate que l’angoisse sexuelle s’ajoute à la somme des angoisses concernant le couple lors de la libération. Et comme le fait remarquer Jacques Lesage de La Haye (1) , les troubles de la sexualité apparaissent souvent comme par surprise et viennent altérer les processus de réinsertion.

Palliatifs de circonstance

En prison l’idée de sexualité est omniprésente et pourtant presque absente dans son rapport normal à l’autre. Les nombreux palliatifs ne font souvent que souligner le désert affectif que traversent la plupart des détenus. On y trouve la pratique intensive du sport et de la musculation pour maintenir son corps dans une plastique parfaite, même si l’intérieur est déglingué. La masturbation reste un moyen facile de répondre à un besoin physiologique ponctuel, même si beaucoup estiment ainsi régresser à l’adolescence ; elle peut devenir tellement courante qu’elle en devient compulsive et blessante. Parfois l’homme ou la femme incarcérés ont des relations homosexuelles bien qu’étant hétérosexuel à l’extérieur, il s’agit là d’une sexualité de circonstance.

Dépasser un tabou

Parler de sexualité en prison est un sujet doublement tabou. Il est rarement abordé de façon paisible en prison et l’opinion publique estime que la privation de liberté inclut celle de la sexualité. Mais lorsque l’on enferme quelqu’un, on n’enferme pas ses désirs et ceux-ci peuvent devenir désordonnés et sans cohérence par rapport à un projet de vie que la personne voudrait construire. La sexualité est une composante à part entière de l’être humain, restaurer l’homme c’est aussi restaurer cette part en lui.

On peut lire sur le sujet l’excellente étude d’Arnaud Gaillard, Sexualité et prison, Désert affectif et désirs sous contrainte, Paris, Max Milo, 2009.

( 1 Jacques Lesage de La Haye est un psychologue, psychothérapeute reichien, analyste reichien et écrivain français né le 4 septembre 1938 à Fort-de-France (Martinique). Anarchiste militant, il fut condamné à 20 ans de réclusion criminelle qu’il passa à la centrale pénitentiaire de Caen. À sa sortie il poursuivit ses études tout en militant activement au sein des mouvements libertaires.

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