Le transhumanisme, entre espoirs et risques

Le transhumanisme, entre espoirs et risques

Nous rendre toujours plus performants, dépasser la maladie et la mort grâce aux nouvelles technologies : telles sont les promesses du mouvement transhumaniste. Mais à quel prix ?

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Publié le 6 février 2018

Auteur : Claire Gandanger

A quel prix ingénieurs et médecins peuvent-ils repousser les limites de l’Homme ? Pour commencer, tour d’horizon des perspectives concrètes…

Le handicap, la maladie, le vieillissement et la mort subie seront-ils un jour des notions du passé ? Les défenseurs de l’idéologie transhumaniste en sont en tout cas convaincus. Nanotechnologies, biotechnologies, intelligence artificielle, sciences cognitives… Pour eux, ces avancées récentes doivent servir à révolutionner la condition humaine comme naguère le feu dans la préhistoire : améliorer l’espèce humaine en augmentant ses performances physiques et mentales d’abord, puis faire advenir un post-humain capable de coloniser l’espace. L’idéologie transhumaniste trouve ses origines chez des ingénieurs et chercheurs de la Silicon Valley en Californie dont  le centre d’influence est  l’université de la Singularité. Celle-ci propose aux scientifiques et leaders d’opinion du monde entier des formations de dix semaines à 35 000 dollars.

La théorie de la Singularité emprunte son nom à la physique et prédit que l’accélération technologique deviendra bientôt telle que l’intelligence humaine sera dépassée. L’intelligence artificielle continuerait alors à produire le progrès sans l’humain mais pour son bien. A la tête de cette vision futuriste, Raymond Kurzweil, ingénieur en chef de Google, promet l’éternelle jeunesse grâce à l’intelligence artificielle. Pour lui, d’ici vingt ans, des robots miniatures seront intégrés dans notre cerveau pour le connecter à un néocortex synthétique universel. Dans ce sens, les Etats-Unis ont lancé en 2010 un programme fédéral de recherche sur les biotechnologies. L’Union européenne a investi de son côté dans le human brain project, un projet de simulation du cerveau humain grâce à un superordinateur.

Neurones artificiels

Mais télécharger le cerveau reste encore un fantasme. « En général, les prévisions sont toujours surestimées à court terme et sous-estimées à long terme », estime Yann Le Cun1, directeur du laboratoire de recherche de l’intelligence artificielle de Facebook à New-York.  Son laboratoire a inventé les technologies du deap learning : elles permettent d’entraîner un robot à reconnaître des combinaisons grâce à la puissance des ordinateurs, à de vastes bases de données et à des réseaux de neurones artificiels. Des machines peuvent certes acquérir des compétences supérieures aux humains dans des domaines spécifiques, comme aux échecs par exemple. Mais les recherches achoppent toujours à leur faire apprendre par l’observation pour développer une intelligence générale, comme celle de l’homme.

Prothèses de jambes pour les sportifs, cœurs artificiels, exosquelettes pour les soldats… Les biotechnologies permettent déjà de renforcer les capacités physiques de l’Homme. L’armée américaine est en quête d’un soldat augmenté, au métabolisme modifié, capable de supporter des veilles prolongées, de résister à la perte de sang et insensible à la douleur grâce à la thérapie génique. Elle mène aussi un projet de transfert de données entre le cerveau et des appareils électroniques.

En attendant, des avancées concrètes se font aujourd’hui en génétique, ouvrant la voie de la procréation génétiquement contrôlée. La compagnie américaine Myriad Genetics met déjà sur le marché asiatique des tests de prédispositions permettant de détecter des anomalies génétiques qui ne rendent pas malades tant qu’elles ne sont pas combinées avec celles d’un autre porteur. La technologie Crisper Cas9 permet quant à elle de corriger le génome humain en remplaçant un gène porteur d’anomalie par un autre. « En Chine, deux expériences ont été réalisées sur des embryons humains, sans comité d’éthique. Il est maintenant question de refaire l’expérience pour, cette fois, réimplanter les embryons », rapporte le gynécologue Israël Nisand, président du Forum européen de bioéthique(2).

Si la France reste très modérée en matière de transhumanisme, quel poids peut-elle peser face au lobby de l’homme 2.0 ? « Dans ce monde, on fera à côté ce que l’on ne peut pas faire chez nous », prédit Israël Nisand, pour qui le politique sera pressé de céder au nom de la générosité envers les malades.

 

(1) Au micro d’Ali Baddou, sur France Inter, le 20 octobre.
(2) Conférence au Temple Neuf, à Strasbourg, le 28 octobre

 

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