Religions

L’islam, les placards et Charles le Chauve

L’Institut d’études des religions et de la laïcité (IREL) organise un colloque ouvert au public les 7 et 8 octobre prochains au sujet de la formation des cadres musulmans en France et en Europe.

Un contenu proposé par Le blog de Frédérick Casadesus

Publié le 4 octobre 2021

Auteur : Frédérick Casadesus

Dans le même temps, deux publications nous encouragent à intégrer l’Histoire à notre bagage intellectuel.

L’Institut d’Etudes des Religions et de la Laïcité (IREL) mène un travail très sérieux sur des questions graves qui appellent des réponses complexes mais précises. Plutôt que de suivre les élucubrations d’un zigomar qui se rêve à l’Elysée ou les propos lénifiants de ceux qui prétendent que tout va bien, rendez-vous jeudi et vendredi à la Maison des Sciences de l’Homme, avenue George Sand – une adresse bien choisie– dans la Plaine Saint Denis, pour écouter de vrais experts.

« Le colloque des 7 et 8 octobre abordera différentes questions fondamentales, à commencer par celle-ci : en quoi, pourquoi et de quelle façon les pouvoirs publics peuvent-ils intervenir dans la formation des cadres religieux musulmans, nous explique Philippe Gaudin, directeur de l’IREL. La présence de Didier Leschi, président de notre structure, certes, mais aussi ancien chef du bureau central des cultes au ministère de l’intérieur, et de Mariam Dembelé, représentante du pôle islam de ce même bureau soulignera l’importance de l’action publique dans ce domaine. En 2017, entre les deux tours de l’élection présidentielle, un décret a été publié stipulant que les nouveaux aumôniers désirants être rémunérés devraient désormais nécessairement passer un diplôme qualifié de civique et civil, comprenant pour l’essentiel la question du droit des cultes, un peu de sociologie et d’histoire des religions»

Les enjeux qui se posent à l’Islam de France aujourd’hui

Depuis, les discussions succèdent aux projets, lesquels engendrent des explorations, mais on ne peut pas dire que la formation des cadres musulmans fasse consensus. On écoutera donc avec intérêt l’historien Dominique Avon parler des rapports entre les hommes de religions et l’autorité politique dans le monde arabe contemporain, Pierre Vermeuren aborder ce qu’il appelle le Laboratoire de l’Algérie coloniale. En 1905, on l’ignore à tort, les musulmans d’Algérie se sont montrés plutôt intéressés par la loi de Séparation, mais s’en sont trouvés privés par la puissance coloniale. Aussi bien, quand l’Etat se mêle d’organiser l’Islam en France aujourd’hui, c’est ce passé là lui revient comme en boomerang.
On ajoutera que ce colloque propose de comparer le modèle Français à ce qui se pratique ailleurs, sur notre continent. «Sylvie Toscer-Angot, professeure à l’Université de Tours, compte parmi les meilleures spécialistes des questions religieuses en Allemagne, souligne Philippe Gaudin. Sans doute consacrera-t-elle une part de son intervention à l’importance de la tradition universitaire chez nos voisins d’outre-Rhin, mais encore à la question turque.»

Des communications consacrées à la Belgique, à l’Italie, l’Espagne, complèteront le dispositif imaginé par les responsables de l’IREL. On le voit, les débats permettront de se faire une idée plus précise des enjeux qui se posent à l’Islam de France aujourd’hui.
Par ailleurs, en s’inspirant de la tradition des feuilles imprimées qui, au seizième siècle, mobilisaient l’opinion, les dominicains du Cerf inventent une nouvelle collection : « Placards et Libelles ». Ouvertes à des intellectuels, des savants, des écrivains pour éclairer notre lanterne ou provoquer nos réactions, ces feuilles élégamment pliées vont paraître tous les quinze jours, au prix modique de 2,50€. Cette semaine, l’historien Emmanuel de Waresquiel rend hommage aux affiches, qui tiennent un rôle essentiel dans notre mémoire collective :

« Elles sont sans doute la forme d’expression la plus libre qui existe parce qu’on les rencontre n’importe où, au détour d’une rue, au hasard d’une promenade. Les affiches sont pour moi intimement liées à l’errance, à l’anonyme, à l’éphémère. Elles fleurissent avec les révolutions et disparaissent avec elles. »

Bon. Ce n’est pas tout cela, mais il faut encore vous parler de Charles le Chauve. Evidemment, vous connaissez son grand-père, l’homme à la barbe fleurie. Mais celui-ci ?

Laurent Theis lui consacre un de ces livres courts et formidables dont il a le secret : « Charles le Chauve, l’Empire des Francs, (Gallimard, 265 p. 21 €). Vainqueur de la bataille de Fontenoy, féru de théologie, ouvert aux arts de temps, cet empereur eut le talent de surmonter l’adversité sans verser dans l’extrême cruauté. Pourtant, le bonhomme est aujourd’hui presque oublié. L’auteur de l’ouvrage exprime d’emblée son ambition : « Le pire serait de tenter la réhabilitation, concept inopérant et contre-productif en histoire. Simplement organiser une rencontre. » Et c’est une merveille de science et d’humour, une exploration rigoureuse et divertissante.
Cet article lui-même serait-il inspiré par Lautréamont ? La réunion des trois sujets du jour tient en effet de l’improbable. Ainsi va toujours l’actualité, qui provoque des surprises. Nous aurions pu commenter l’élection de Yannick Jadot comme candidat des écologistes – nous en parlerons très bientôt- la mort d’un drôle de zèbre qu’un homme d’Etat protestant comparaît à Stavisky. Mais prendre la clé des champs, c’est encore la meilleure façon de faire vivre un des droits fondamentaux que les protestants chérissent : la liberté.

Pour suivre le colloque de l’IREL :
irel.ephe.psl.eu

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Le blog de Frédérick Casadesus

Journaliste à Fréquence Protestante – après avoir travaillé pendant quinze ans pour Réforme – Frédérick Casadesus est aussi l’auteur de livres, notamment Douze protestants qui ont fait la France, aux éditions du Cerf.

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