Ne plus se serrer la main, mais les coudes !
Coronavirus

Ne plus se serrer la main mais les coudes !

Philippe Verseils, secrétaire général de la Mission populaire décrit comment se vit la crise dans les Fraternités.

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Publié le 17 mars 2020

Auteur : Philippe Verseils

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Lors d’une conférence téléphonique organisée vendredi 13 au matin au sujet de l’épidémie du Covid-19 avec l’ensemble des équipiers qui dirigent les Fraternités de la Mission Populaire, nous avons fait le point sur la façon dont les nouvelles dispositions officielles impactent le fonctionnement de nos Fraternités.

Une tension apparaît entre la nécessité d’appliquer et d’inciter aux mesures de précaution par souci de protection des plus fragiles (personnes âgées – dont nombreux de nos bénévoles- , personnes en situation de précarité, ayant peu accès aux soins,…) et d’autre part le maintien de services solidaires rendus parfois vitaux et indispensables (aides alimentaires, remise des courriers dans le cadre des domiciliations,…) ainsi que l’accompagnement des personnes isolées ou parfois en grande fragilité psychique.

A l’heure où j’écris ces lignes, la décision de l’obligation de confinement et de tout arrêt de fonctionnement des entreprises non indispensables n’est pas – encore ? – prise.

S’arrêter et continuer

L’orientation générale de la réflexion des équipiers est qu’il est nécessaire de suivre les directives officielles et de cesser temporairement toute activité collective (notamment lorsqu’elles concernent les enfants, les personnes âgées ou se déroulant dans des espaces confinés) qui ne soit pas indispensable à court terme.

Mais, en parallèle, cela doit inciter les équipes de salarié.e.s et de bénévoles qui peuvent continuer leur action à imaginer et à développer d’autres modes d’action et de solidarité : organiser une permanence téléphonique ouverte aux enfants qui auraient des difficultés scolaires en place du soutien scolaire collectif, contacter les personnes âgées ou fragiles (bénévoles ou accueillies) pour s’assurer qu’elles n’ont besoin de rien, organiser des permanences téléphoniques en place de l’accueil social pour mesurer si une rencontre est urgente et indispensable, essayer de fluidifier l’accueil de ceux qui, par exemple, doivent impérativement venir physiquement à la Fraternité pour chercher du courrier ou pour une autre démarche indispensable,…

Par ailleurs cette crise sanitaire inquiète et fragilise davantage encore ceux qui le sont déjà. Nombreuses personnes que nous accueillons n’ont pas accès aux bonnes informations, certaines ont des questions, celles qui sont dans des situations très précaires n’ont peut-être plus de ressources, d’accompagnement ou d’accès aux services.

L’arrêt de la plupart de nos activités collectives doit nous permettre de trouver le temps d’être plus disponibles et à l’écoute de ces situations et d’inventer et de proposer de nouvelles actions de solidarité à leur égard. Les mesures de précaution indispensables ne doivent pas mettre à mal notre attention et notre solidarité auprès des plus fragiles.

Cette crise peut même être l’occasion de retrouver une dynamique collective de solidarité citoyenne. La canicule de 2003 a dramatiquement révélé l’isolement des personnes âgées dans notre société et, même si beaucoup de choses restent à faire dans ce domaine, une vraie prise de conscience a eu lieu depuis et de nombreuses initiatives ont été prises.

Comme Luther lors de la peste

Les relations humaines sont fragilisées par cette épidémie qui crée de l’inquiétude, de la méfiance et des réflexes de replis qui vont jusqu’au « pillage » des magasins par crainte des pénuries. Dans ces situations ce sont les plus faibles, les plus isolé.e.s et les plus fragiles qui trinquent, comme toujours.

C’est pourquoi, tout en prenant les mesures de prévention nécessaires, notre rôle au sein des Fraternités de la Mission Populaire reste celui d’affirmer que la vie doit continuer, que la solidarité peut s’exercer et que les relations humaines peuvent se vivre, au cœur même des lieux et des temps où elles sont menacées.

Cette espérance, dont nous sommes les porteurs depuis longtemps face aux multiples crises de notre histoire -qu’il s’agisse de la crise en Syrie, de la crise migratoire, de la crise écologique ou de la crise sociale- nous voulons la vivre et la manifester au cœur de cette crise sanitaire sans précédent que nous traversons.

Alors que la peste noire sévissait en Europe, Martin Luther, dans une lettre au révérend John Hess, rappelait déjà que dans une telle situation il est nécessaire d’affirmer sa confiance, d’être responsable et suivre les mesures pour limiter l’épidémie sans oublier d’être attentifs et solidaire avec ceux qui sont les plus fragiles :

« Je demanderai à Dieu par miséricorde de nous protéger. Ensuite, je vais enfumer, pour aider à purifier l’air, donner des médicaments et les prendre. J’éviterai les lieux, et les personnes, où ma présence n’est pas nécessaire pour ne pas être contaminé et aussi infliger et affecter les autres, pour ne pas causer leur mort par suite de ma négligence. Si Dieu veut me prendre, il me trouvera sûrement et j’aurai fait ce qu’il attendait de moi, sans être responsable ni de ma propre mort ni de la mort des autres. Si mon voisin a besoin de moi, je n’éviterai ni lieu ni personne, mais j’irai librement comme indiqué ci-dessus. Voyez, c’est une telle foi qui craint Dieu parce qu’elle n’est ni impétueuse ni téméraire et ne tente pas Dieu. »

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