Réflexion

Covid-19 : que nous est-il permis d’espérer ?

Nos réponses dépendront de la manière dont nous avons vécu cette expérience inédite, avec nous-mêmes, nos familles, nos amis, nos collègues, nos paroisses…

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Publié le 13 juillet 2020

Auteur : Madeleine Wieger

La crise a creusé plus encore, s’il se pouvait, les écarts entre bien-portants et malades, endeuillés et égayés, pauvres et nantis, travailleurs et sans emploi, actifs et contemplatifs. Pourtant, nous avons l’impression d’avoir fait une expérience commune. De celles qui rapprochent au-delà des frontières. Qui rendent plus faciles les mots et les gestes, dans une commune vulnérabilité. Qu’avons-nous vécu ensemble, au juste ? Une crise, nous dit-on. Le mot crise signifie tri. Une crise fait le tri dans une existence : elle passe au crible ce qu’on tenait pour acquis ; elle oblige à choisir à nouveau ce qu’on veut vivre. Elle force la lucidité. Dans l’évangile de Jean, Jésus est cette force : il met en crise ses interlocuteurs. Il braque sur eux la lumière de la réalité divine et les invite à ouvrir les yeux sur eux-mêmes et sur Dieu, en entrant dans la clarté du Fils. La crise fait mal : elle est un principe de réalité. Elle fait si mal qu’on la cloue en croix. Mais c’est elle seule qui fait de la résurrection autre chose qu’un ouf de soulagement : la lucidité de la croix donne sa consistance à la lumière du matin de Pâques. La crise sanitaire a coïncidé pour les chrétiens avec la montée vers Pâques. Qu’a-t-elle mené à la lumière ? Elle a provoqué notre étonnement : quelque chose peut arrêter le rythme de notre monde surdéveloppé. C’est encore possible. On n’y croyait plus. Nous avons été surpris, sans doute, de mesurer, à cet étonnement, la petitesse de nos attentes : la crise a débusqué notre résignation. La résignation, c’est le doute inscrit dans notre rapport au temps. Ce doutelà est bien plus insidieux que le doute intellectuel. De ce dernier, nous avons fait notre compagnon : il n’est convaincu de rien, mais c’est ainsi qu’il pousse à chercher Dieu sans relâche, même s’il fait parfois souffrir jusqu’à l’insupportable. La résignation, elle, a la puissance d’une conviction : « Je ne peux pas faire autrement. » Elle est le rythme régulier d’un quotidien dont on ne s’aperçoit plus qu’on le subit. Elle est bien supportable. Elle endort – et comment pourrait-on avoir mal à force de dormir ? Surtout si on se ménage régulièrement l’un ou l’autre petit rêve. La résignation fait d’ailleurs de Pâques un joli rêve.

Confondre le ouf du confinement avec une résurrection

La crise a débusqué l’ordinaire de nos résignations en démontrant qu’on peut faire autrement. Alors que nous manquions d’espace, elle changé notre rapport au temps : nous avons retrouvé le sentiment d’un avant et d’un après. Nous avons réappris la vigilance, l’attente active et ingénieuse – celle qui a perturbé les premières nuits de la mi-mars, qui nous a fait guetter 20h pour aller aux balcons, qui nous a poussés aux nouvelles de nos proches et du monde. Cette vigilance est le propre de l’espérance chrétienne. Elle n’est pas toujours agréable à vivre. Elle requiert des hommes et des femmes réveillés par la crainte que rien ne change. Mais, en toute lucidité, les yeux grands ouverts, elle est tendue vers la lumière. Peut-être allons-nous confondre le ouf du déconfinement avec une résurrection. Ouf : c’est passé, ce n’était qu’un cauchemar parmi nos rêves, nous allons reprendre notre rythme. Ou bien la crise aura-t-elle assez réveillé ce qui est plus réel, plus profond, plus douloureux parfois. La lucidité ainsi gagnée est le lieu qu’il faut traverser pour entrer dans la résurrection, dans l’œuvre de Dieu. « Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. » (Éphésiens 5, v. 14)

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