Réflexion

Qu’est-ce qui nous fait courir dans la vie ?

Faut-il courir ou profiter de la parole du Seigneur, se demande Grace Nkunda, à la lecture de l’histoire de Marthe et Marie.

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Publié le 3 juillet 2020

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Puisque l’action est déterminée par ce que nous pensons et vice-versa, si nous regardons après quoi nous courrons et notre manière de courir, cela peut-il nous indiquer ce qui nous motive intrinsèquement ? Pendant longtemps, l’action a été dissociée de l’esprit et l’esprit dissocié de l’action. Aujourd’hui les théories sur le sujet ont évolué et relient les deux de manières très étroites. Nos actions démontreraient ce que nous pensons et vice-versa. Il a été démontré le pouvoir dont dispose notre esprit et l’influence de ce dernier sur notre manière d’agir et d’être. Ainsi nos actions peuvent témoigner de l’altération de notre esprit et aider à réguler ce dernier.

Je trouve que l’histoire de Marthe et Marie (Luc 10,38-42) peut nous aider à y voir clair. Marthe est connue pour être celle qui s’agite dans tous les sens pour accueillir comme il se doit le maître alors que Marie est celle assise au pied du maître pour écouter ce qu’il a à dire, boire ses paroles. D’ailleurs dans l’histoire, on peut se demander qui reçoit qui ? Est ce Marthe qui reçoit le maître ou inversement ? Parfois lorsque nous pratiquons l’accueil, nous nous plaçons dans notre place d’accueillant avec une posture ascendante alors que peut-être c’est l’accueilli qui nous accueille et qui nous accorde la grâce de l’accueillir. En d’autres mots, il nous fait cadeau de pouvoir le recevoir. Sans lui, nous ne pourrions pas exercer ce don. Et qui sait, peut-être est-ce nous qui avons le plus besoin d’exercer cet accueil que lui n’a besoin de notre accueil ? Entre l’accueillant et l’accueilli, à y regarder de plus près, qui est le plus dans le besoin ? Puisque l’accueilli a la liberté de se faire accueillir n’importe où alors que l’accueillant est souvent lié à cet accueilli.

Marthe ou Marie ?

L’histoire de Marthe et Marie présente deux styles d’être et de servir, l’une dans l’action, l’autre dans la contemplation. Est-il nécessaire d’opposer les deux ? Et si nous nous exercions à lier les deux ? Le souci est souvent que nous voulons que les autres soient comme nous. Puisque notre ego nous pousse à penser que nous savons mieux que les autres, que nous faisons mieux que les autres et mêmes que nous sommes mieux que les autres. Désolée de vous décevoir mais, comme disait un de mes anciens profs, il suffit de gratter, d’enlever le vernis et de se rendre compte que tout le monde a ses failles, ses faiblesses voire des choses à cacher.

Aujourd’hui, ceux qui sont dans l’action estiment qu’ils font tellement mieux qu’ils vont jusqu’à se vanter auprès du Maître de leurs bonnes actions. Maître, as-tu vu tout ce que j’accomplis et que dis tu de ces autres qui ne font rien ? Mais le Maître n’est pas impressionné par nos belles actions, aussi bonnes et louables soient elles. Le Maître répond que celui qui est à ses pieds et l’écoute, celui-là a choisi la bonne part. Donc la chose la plus importante pour le Maître c’est d’être attaché à lui. Ce qui vaut à Marie d’être louée par le Maître, contrairement à Marthe.

Quel coup dur pour Marthe, elle qui a travaillé si dur pour donner un meilleur accueil au Maître. Et c’est celle qui ne fait rien qui est encensée ! C’est le monde l’envers ! Depuis quand reproche-t-on aux gens d’être travailleurs, de prendre des initiatives et de vouloir tout faire correctement pour réserver un bel accueil à ses invités en prenant soin d’eux?

D’autant plus que dans un autre passage de la Bible, la parabole du Bon samaritain (Luc 10, 25-37 ), le Maître semble dire l’inverse. Il loue l’action de celui qui prend soin du blessé et critique tous ceux qui ont été à son écoute, ont appris par coeur sa parole et la connaissent du bout du doigt mais ne la mettent pas en application lorsqu’ils tombent sur un blessé sur leur chemin. Dur, dur de savoir au final ce que veut le Maître !

L’agitation

On pourrait croire que même lui ne sait pas ce qu’il veut réellement. Maître que veux tu que je fasse ? Que je t’écoute sans prendre soins de toi ou que je prenne soins du pauvre blessé qui est au bord de la route ? Pourtant le Maître est clair lorsqu’il parle à Marthe et Marie : celle ou celui qui choisit de rester au pied de son Maître a choisi la bonne part. En fait, avec le Maître, rien n’est figé. Mais alors comment savoir quand être au pied du Maître à écouter et quand agir ? Ce qui est sûr, c’est que le Maître regarde au coeur et n’aime pas ceux qui servent avec amertume et aigreur. Est-ce pour cela qu’il reproche à Marthe d’être agitée ? L’agitation peut être compris comme l’inverse de la paix.

C’est sûr qu’à lire le texte, on a l’impression que notre chère Marthe manque de paix à ce moment précis. D’ailleurs, c’est très compréhensible : quelle maîtresse de maison devant accueillir un nombre important d’invités de haut rang ne stresserait pas pas pendant les préparatifs ? On pourrait dire que c’est le bon stress qui lui permet de carburer. Mais non, le Maître nous veut en paix, quelles que soient les circonstances. Cette paix n’est pas celle que le monde donne mais une paix qui vient de lui et qui a une autre origine et une autre base que celle du monde. Marie en effet n’a pas l’air soucieuse de ce que les invités vont manger, boire et si le couvert est mis. ça n’est pas son affaire et c’est elle qui a choisi la bonne part. Et si le Maître regardait notre coeur avant de regarder ce qu’on est en train de faire ? Dans quel état est notre coeur au moment où nous agissons, faisons du bien, prenons soins des autres, vaquons à nos activités quotidiennes, domestiques…? Est ce que nous nous frappons la poitrine en disant que nous sommes meilleurs que ces autres qui ne font rien et nous regardent trimer pour le bien de l’humanité ?

Prier sans cesse

Alors y-a-t’il une hiérarchie entre l’écoute de la parole et l’action ? Y-a-t’il une priorité à respecter entre les deux ? Doit on séparer le spirituel des bonnes œuvres ? Je crois que non. Cela rejoint les propos de Paul qui nous dit de prier sans cesse. Et oui sans cesse. Et s’il nous le recommande, c’est que c’est possible. Peut-être pas aisé pour notre nature charnel mais possible pour ceux qui se savent être aussi des êtres spirituels. Puisque oui, nous sommes esprit, âme et corps. Dans cette enveloppe charnelle qui nous sert de véhicule, se trouve un être spirituel capable d’être en lien avec l’Esprit de celui en qui nous croyons.

Dommage pour tous ceux qui s’activent, se dépensent, donnent de leurs temps, de leurs biens et qui au final n’ont pas les félicitations du Maître. Tout ça pour rien, devant le Maître j’entends. Devant les hommes, vous êtes des héros. Après, cela dépend pour qui vous travaillez et après quoi vous courez.

Après quelle couronne courons-nous ? Une couronne périssable ou une couronne éternelle ? Il me semble intéressant de voir que nous n’avons presque rien à faire pour hériter de cette couronne éternelle. Juste s’asseoir au pied du Maître et le reconnaître lui seul comme notre Sauveur et Seigneur. Quelle énorme grâce! Je pourrais dire, quel cadeau infini et éternel ! N’avoir rien à faire sauf de croire. Mais n’est-ce pas cela le plus dur ? Seulement croire. Depuis que nous sommes nés, on nous a dit qu’il faut travailler pour être le meilleur, travailler pour avoir une bonne place, un bel avenir, travailler pour être heureux, travailler, travailler, travailler…

Là, changement de paradigme : il n’y a rien à faire pour avoir le salut, pas d’un jour mais éternel. J’avoue que c’est dur. Mais il n’y a pas d’autres voies à part celle de la foi, de la confiance en ce Maître. Donc le choix nous appartient. Voulons-nous courir derrière des oeuvres qui peuvent être qualifiées de stériles par le Maître ? Ou choisissons nous d’être à son écoute pour ne faire que les oeuvres que lui seul a préparé d’avance et rentrer dans son plan parfait pour nous ? Non pas le plan des hommes mais le plan du Maître. Ainsi malgré les difficultés, les oppositions, les persécutions, nous saurons que ce nous faisons n’est pas vain et nous aurons la paix qui dépasse tout entendement puisque nous serons à notre place.

Grace Nkunda, directrice-équipière du Foyer de Grenelle (Paris 15e)

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