Alsace-Moselle

Reconnaître plutôt que pardonner

L’histoire de l’Alsace reste marquée par l’incorporation de force. L’Allemagne doit-elle demander pardon ?

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Publié le 23 novembre 2020

Depuis des années, les Orphelins de pères malgré-nous d’Alsace et de Moselle se battent pour obtenir la reconnaissance, par l’Allemagne, de l’incorporation de force comme crime contre l’humanité. Les autorités allemandes restent sourdes, sans un mot pour les 127500 Alsaciens et Mosellans, âgés de 16 à 37, enrôlés de force dans la Wehrmacht, dont 30400 sont morts et environ 10000 portés disparus. Pour la République fédérale, le versement de 250 millions de DM de dommages et intérêts en 1982, négociés par l’ancien ministre Daniel Hoeffel, a clos le chapitre financier. Mais justement, il n’est pas que question d’argent. Le Colmarien Bernard Rodenstein n’a fait que tardivement le deuil de ce « papa » qu’il n’a pas connu. Longtemps, il s’est précipité le matin à la porte, au cas où il serait rentré de Russie … Devenu pasteur, il a présidé l’Association des orphelins de guerre d’Alsace (APOGA). Par Les Chercheurs de sépultures de Kassel, il savait que son père avait été tué sur le front de l’Est. « Pour avoir d’autres informations, il fallait payer. Je n’ai pas pu. C’était trop violent », reconnaît-il. En 2002, un ami découvre sur Internet la photo d’un mémorial en Lituanie, avec 721 noms de soldats allemands. Celui de « Charles Rodenstein» y figure.

Rien qu’une parole

À presque 78 ans, Bernard Rodenstein a « trouvé une certaine sérénité ». Pour lui, « le pardon serait inapproprié. Car le pardon est gratuit. Il ne se négocie pas, il ne se demande pas… » « De plus, les Allemands d’aujourd’hui ne sont pas responsables de ce qui s’est produit pendant la guerre. Sinon, la France et ses alliés devraient demander pardon pour la manière dont ils ont humilié l’Allemagne, à travers le Traité de Versailles de 1919 », analyse-t-il, en observant qu’« en 1940, Pétain n’a émis aucune protestation, lorsque Hitler a annexé notre région, bafouant le droit international.» Pour lui, « les historiens devraient écrire cette histoire du siècle dernier, avec un regard distancié, en faisant ressortir les responsabilités respectives », sans passer sous silence la question des 3000 volontaires français. « La question n’est pas pardon ou pas pardon. Mais plutôt guerre ou plus de guerre. La France en connaît un rayon en matière de crimes de guerre », estime le Colmarien.

Cependant, si le président fédéral Frank Walter Steinmeier, grand protestant s’il en est, avait « une parole » pour les Alsaciens et Mosellans, et pour leurs 400 000 compagnons d’infortune de tous les pays annexés par Hitler, il « ne cracherait pas dessus… » Il avait aussi regretté le silence de son prédécesseur, Joachim Gauck, pasteur comme lui, lors de sa rencontre avec François Hollande à Oradour. Néanmoins, Bernard Rodenstein met en garde que « cette demande de reconnaissance ne se focalise par sur des indemnisations ». Comme président de l’APOGA, il avait dénoncé l’inégalité de traitements entre les orphelins de guerre. Avant de reconnaître qu’« on ne peut mettre sur le même plan la Shoah, qui a envoyé des femmes, des enfants, des vieillards dans les camps de la mort parce qu’ils étaient juifs, et l’enrôlement de force, même s’il a été totalement inique ». Et d’expliquer : « J’aurais aimé que l’État français reconnaisse, par un geste symbolique, ce crime de guerre. Au Luxembourg, il y a un jour de commémoration nationale pour les incorporés de force… »

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