S’engager : oui mais jusqu’où ?

S’engager : oui mais jusqu’où ?

Anti-spécistes, Anonymous, fanatisme religieux… À partir de quand l’engagement pour une cause que l’on estime juste bascule-t-il dans l’extrême ?

Un contenu proposé par Le Nouveau Messager

Publié le 17 septembre 2019

Auteur : Bernard Guillot

Le philosophe Jacob Rogozinski esquisse des réponses.

Comment définiriez-vous l’engagement ?

L’engagement n’est pas un choix. Pour JeanPaul Sartre, il est lié à la condition humaine comme telle. Nous sommes toujours embarqués. La question est celle d’un juste milieu ou de la modération. Le nonengagement peut être défini comme un engagement modéré. Le parallèle avec le fait d’être un « croyant modéré » est évident : « Parce que tu es tiède (…) je te vomirai de ma bouche. » (Apocalypse 3, v. 16). C’est à la lumière de cette force de l’engagement que le fanatisme peut s’évoquer. Voltaire écrivait en 1764 : « Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. (…) Le fanatique pourra bientôt tuer pour l’amour de Dieu. »

Où voyez-vous ce point de bascule ?

Dans toutes les religions se trouvent des femmes et des hommes dont l’engagement de croyant peut être fanatique : islam, judaïsme, christianisme, hindouisme… Le mot « fanatisme » vient du latin fanum. Il désigne l’enclos sacré où les Romains rendent leurs cultes à leurs dieux. Puis, appliqué aux desservants de ce lieu, il aboutit à cette compréhension liée à une déviation de l’engagement. Ce dernier est forcément radical quand on peut, comme l’écrit Voltaire, passer au meurtre. On peut s’interroger sur la distinction entre fondamentalisme et fanatisme. On devient fanatique aussitôt que l’on s’autorise à tuer au nom de son engagement. Ce processus de basculement est le fruit de dispositifs de terreur qui s’installent. On passe de la raison au monde de l’affect.

Qu’entendez-vous par « dispositifs de terreur » ?

Ce sont tous ces arguments déployés quand on identifie une situation d’injustice et que, au nom d’un engagement « juste », on souhaite y remédier. Mais alors, cette indignation peut créer de nouvelles injustices. Si les causes peuvent paraître bonnes, ces actions ne se concentrent souvent que sur une cible bien identifiée par ces dispositifs. Ils captent la colère pour la transformer en haine : envers les migrants, les juifs, les autres… En captant le désir d’engagement pour lui donner du sens, on fait basculer dans le sentiment de haine où aucune place n’est possible pour autre chose. Ce que l’on appelle radicalisation relève de cette rupture. Un peu comme une conversion. Mais à quoi ?

Même dans les démarches de foi ?

La démarche spirituelle n’échappe pas à cette question. Toute conversion n’est pas bonne à 100 %. On le comprend si on évoque ces extrêmes où, comme au Brésil ou aux États-Unis, au nom d’une démarche de foi personnelle, des décisions imposent des violences aux autres. La réalité se joue dans la dimension de cet engagement personnel : s’agit-il d’une lutte « locale », comme Jeanne d’Arc qui veut chasser les envahisseurs hors de France, ou bien d’une lutte « mondiale », comme celle déployée par Daesh qui s’arroge le droit de tuer partout ? À cette haine ainsi manifestée, il ne faut pas répondre par de la haine : on s’inscrirait alors dans un cercle de terreur. Mais nous avons le droit de dire sa rage ou sa colère, son indignation, son sentiment d’injustice. Nous sommes tous placés devant des choix.

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