Jusqu’où s’affranchir des limites ?

Transhumanisme : jusqu’où s’affranchir des limites ?

Un théologien et deux psychanalystes pointent les enjeux éthiques liés aux projets du transhumanisme.

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Publié le 13 février 2018

Auteur : Caroline Lehmann

« Les chrétiens ne sont pas systématiquement contre le progrès : attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain », prévient Karsten Lehmkühler, professeur d’éthique à la faculté de théologie protestante de Strasbourg. Il estime en effet que « l’être humain a vocation à changer son monde ». Surgissent cependant nombre de questions, dont « Où s’arrête la thérapie et où commence l’homme augmenté ? D’après moi, cela pose problème dès lors qu’on lui donne des capacités qu’il n’aurait pas de manière naturelle.» Selon lui, c’est au cas par cas qu’il faut répondre. Une des lignes rouges à ne pas franchir est celle-ci : « En raison de la différence fondamentale entre le Créateur et la création, personne n’a le droit de devenir le créateur de l’autre. » L’autre grande réserve du théologien concernant le transhumanisme réside dans le fait que « pour les promoteurs de cette idéologie, l’être humain se résume à de l’information. Cela implique de dépasser sa corporéité, une position inacceptable en théologie chrétienne qui, contrairement aux idées reçues, fait l’éloge du corps. » Le psychanalyste Daniel Lemler, qui considère le transhumanisme comme « un délire », ne dit pas autre chose : « L’être humain n’existe pas sans un corps. Le fonctionnement psychique, mon état émotionnel, mon désir passent par là. La question posée c’est de sortir de l’humanité telle qu’on la comprend depuis qu’on est capable de la penser. » Il considère par ailleurs qu’« on est dans une société qui ne vise plus à servir l’humain mais la rentabilité. Les possibilités sont illimitées, mais ce sera sur un mode élitiste parce que tout cela coûte une fortune. » Une préoccupation que partage le théologien, qui plaide « pour une hiérarchisation de la recherche sachant que, dans certaines régions du monde, on n’a même pas les moyens pour la médecine de base. » Daniel Lemler pointe en outre les dérives eugénistes inhérentes aux théories d’amélioration et de sélection, qui reviennent à « couper les rameaux pourris et améliorer ce qu’on a ».

« Nous réparer d’être humains ? »

Le discours transhumaniste laisse à entendre que repousser les limites, y compris celle de la mort, c’est forcément mieux et que cela va de soi. « Au nom des prouesses de la médecine réparatrice, on voudrait nous réparer d’être humains », s’insurge le psychanalyste et maître de conférence à l’université de Strasbourg Olivier Putois. « On veut que les gens fassent toujours mieux et soient toujours plus productifs, ils n’ont pas le droit de flancher !  Or même si c’est très dur de reconnaître ses limites, explique-t-il, elles structurent notre identité et nous définissent. On ne peut être à la fois un homme et une femme ; on ne peut être immortel. Le prix à payer tant qu’on n’accepte pas de faire avec ses limites, c’est l’angoisse. » L’une des facettes de ce déni des limites consiste, selon Olivier Putois, dans le fantasme de l’enfant parfait : « Dire ‘Moi j’ai des limites mais la chair de ma chair n’en n’aura pas’, c’est vouloir se réparer narcissiquement à travers ses enfants. » Face à l’angoisse de la mort, présente en chaque être humain, il va jusqu’à voir dans le transhumanisme « une prothèse de refoulement ». Or c’est « ce savoir inconscient qu’on va mourir qui justement nous fait vivre aujourd’hui ; c’est lui qui nous permet de nous projeter dans l’avenir ».

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