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Traverser un temps de « guerre »

Pour Olivier Brès, président de la Mission populaire, en ce temps où nous cherchons de l’assurance, les questions qui surgissent sont précieuses.

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Publié le 1 avril 2020

Auteur : Olivier Brès

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Il y a des discussions pour savoir si nous sommes « en guerre », pour savoir si le terme est adéquat. Je ne sais pas. J’ai du mal à réfléchir sur des questions comme ça, même si je perçois bien que les mots que nous utilisons donnent un sens au présent, orientent notre compréhension. Mais j’ai aussi appris que les textes bibliques étaient plus une relecture du passé qu’un reportage sur le présent. Que le présent, il fallait le vivre, et ensuite peut-être essayer de l’interpréter.

Alors il nous faudra certainement du temps pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, et comprendre aussi comment nous avons réagi au jour le jour, si nous avons « bien fait ». Aujourd’hui nous ne sommes pas en mesure de le dire, juste de puiser dans nos ressources psychiques, nos mémoires et nos réflexes, pour essayer d’avoir une attitude correcte. Correcte, c’est-à-dire qui répond aux enjeux du présent et n’insulte pas l’avenir.

Qu’aurions nous fait ?

Je pense à ma génération, celle des 60-80 ans qui est aujourd’hui souvent engagée dans les associations, qui forme les grosses troupes du bénévolat. La guerre pour nous, pour ce qui a construit notre mémoire, c’est la seconde guerre mondiale. Et particulièrement l’occupation. Avec la question que nous nous sommes souvent posée (il me semble) : « Qu’est-ce que nous aurions fait dans cette situation ? Quelle aurait été notre attitude ? ». Nous nous demandions si nous aurions été courageux, téméraires, prudents, attentistes. Et nous n’avons pas bien sûr la réponse. Et aujourd’hui se pose à nous la question des risques qu’il faut prendre (ou non) pour les autres. Les risques qui ont du sens, et ceux qui n’en ont pas. Difficile.

Il y a aussi une chose que nous avions du mal à comprendre, je crois, quand nos parents nous parlaient de la guerre. Comment ont-ils vécu durant ces quatre années ? Comment peut-on continuer à vivre, à se nourrir, à aimer aussi ? Comment articuler ce qui est du quotidien et ce qui est de l’exceptionnel ? Nous découvrons aujourd’hui, il me semble, que nous devons naviguer entre des enjeux très prosaïques et d’autres décisifs pour l’avenir. C’est une réalité de tous les jours, même quand nous ne sommes pas « en guerre ». Nos gestes quotidiens, notre manière de vivre construisent un futur. Peut-être est-ce cela qu’il nous fait retenir ?

Trop de questions ?

Voilà sans doute trop de questions alors que nous aurions besoin d’assurance, de réponses précises, d’instructions indiscutables. Et pourtant, notre honneur et notre dignité, c’est bien d’être capable de nous interroger nous-même, de peser nos actes et nos paroles. (Pas de juger les autres, mais d’aller plus au fond de nous-même). Notre honneur et notre dignité, c’est aussi de reconnaître que chacun de nous est un « être social », que nous sommes constitués par l’échange et la solidarité avec les autres êtres humains. Mais que les modalités de cet échange et de cette solidarité demandent à être élaborées collectivement pour pouvoir convaincre.

Quel rapport tout cela a-t’il avec l’Évangile aujourd’hui et avec la Mission Populaire ?

Pour ma part, j’y vois une invitation à beaucoup de prudence intellectuelle et théologique et à beaucoup de courage pratique. L’Évangile est souvent critique envers ceux qui pensent détenir la vérité et juger les autres. Il décrit aussi une proximité sans condition avec celles et ceux qui sont à la marge de la société. Cela devrait nous suffire pour conduire les échanges entre bénévoles, salariés, personnes accueillies dans ce temps difficile. Et pour ensuite chercher collectivement à tirer les enseignements de cette « guerre ».

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