Réflexion

Une crise sociétale plus grave que la seule crise sanitaire ?

Denis Heller, pasteur de l’Église protestante unie d’Asnières-Bois-Colombes (92), s’interroge sur les conséquences de la sacralisation de la santé biologique.

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Publié le 23 novembre 2020

Chaque jour, au Centre 72, situé à Bois-Colombes au Nord des Hauts-de-Seine, en limite de la Seine-St-Denis, je suis témoin des dégâts sociaux que provoque la crise sanitaire. Faut il rappeler que le Centre 72 est un centre paroissial créé dans la dynamique des années 70, par l’Église protestante unie d’Asnières-Bois-Colombes, en vue de placer l’Église pleinement dans la vie de la cité ? Quatre associations ont été alors mises en place : bien sûr l’association cultuelle afin d’accueillir et de vivre l’Évangile libérateur ; l’Entraide pour témoigner, au nom de ce même Évangile, de l’amour de Dieu promis à tous, en gestes et en actions ; le Centre 72 comme association culturelle, avec ses débats sur les faits de société et ses spectacles afin de favoriser le lien social et la réflexion citoyenne, et enfin la Maison des Jeunes afin de soutenir le scoutisme et les animations jeunesse. Somme toute, un lieu ecclésial qui n’est pas sans similitude, avec les Fraternités de la Mission Populaire

L’Entraide propose entre autres cinq à six grandes braderies annuelles pour aider les populations les plus pauvres. Une commission des aides, hebdomadaire accueille pour une écoute, un soutien financier sous forme de chèques services, des personnes en difficulté, envoyées par les service sociaux et les associations caritatives. En temps ordinaire, cinq à six personnes sont reçues.

Explosion des demandes

Lors du premier confinement, les demandes ont explosé : quinze à vingt personnes, à chaque permanence hebdomadaire, étaient reçues, sans compter les nombreux coups de sonnette, à toute heure de la journée. Des mères de famille implorant de l’aide car n’ayant rien, oui rien à donner à manger à leurs enfants. Les plus fragiles et les plus précaires ont été les victimes directs d’une crise sanitaire devenue crise sociale : personnes sans papiers ayant du « travail » en temps ordinaire dans le bâtiment, la restauration, l’aide à domicile ; demandeurs d’asile ; personnes en emploi intérimaire, en attente de retraite, en instance de divorce, étrangers, chômeurs, femmes seules… Situations dramatiques, que nous rencontrons encore, lors de ce deuxième confinement, avec en plus les personnes expulsées de leur logement avant le premier novembre. Je cesse là, la description d’une situation inacceptable, que nous pourrions encore malheureusement prolonger et détailler. D’autres que moi pourraient le faire, tout aussi bien, mais je m’interroge.

Une interrogation

L’accroissement de ces difficultés sociales a une origine. Au nom de la santé à tout prix, même au prix de nombreuses victimes, on impose des contraintes sévères à toute une population. En brandissant le risque de la mort et du coup en défendant coûte que coûte la santé biologique, on prend des mesures qui mettent à mal, la vie sociale, la vie culturelle, la vie relationnelle, la vie psychique, la vie cultuelle, la vie économique de tout un peuple.

Quelle est cette société qui a mis sur un piédestal, à très court terme, la santé, « la santé quoi qu’il en coûte », pour reprendre les mots de nos politiques ? N’y-a-t il pas une sacralisation de la vie, et plus précisément de la vie biologique, de la vie physique, au détriment du reste de la vie, comme si l’être humain était réduit à son seul corps ?

Sur l’autel de l’idole « santé quoi qu’il en coûte » qui est en fait un refus de la mort, on sacrifie des victimes , je pense aux plus fragiles, aux plus précaires, mais aussi aux jeunes adultes, aux étudiants, mais aussi à bien des secteurs de la société, qui sont paralysés et qui se meurent à petit feu.

Qu’est-ce que la vie ?

Comme si la vie humaine n’était que biologique et physique. Ce choix idéologique qui se traduit dans des décisions politiques doit être questionné. A vouloir traiter le mal, le mal du virus par tous les moyens, ne risque-t-on pas de voir le pire se produire ? J’en vois les effets quotidiennement : des personnes licenciées, des personnes au chômage , des personnes en désarroi , en détresse morale. Ne sont elles pas les plus faibles, « les plus petits » à défendre ?

Pour combattre le mal à court terme, ne sommes nous pas entrain d’opter pour des remèdes qui à moyen et à long terme, auront des dégâts dévastateurs sur un plan social et sociétal ? Ne sommes nous pas dans une logique d’acharnement thérapeutique sur le corps social ?

Oser en débattre

Ce ne sont pas des dégâts, selon ce terme peu approprié « collatéraux », mais ce sont des conséquences directes d’une pensée unique, qui laisse peu de place au débat et à la controverse : à savoir que la valeur suprême à défendre dans une société serait la santé biologique.

Et bien, je dis non. A la lumière de l’Évangile, je comprends qu’il y a vie, qu’il y a sens lorsque l’être humain est dans une situation relationnelle où il peut goûter à la justice et à la paix.

Et ne me faîtes pas dire ce que je ne dis pas. Je ne suis ni un conspirationniste, ni un défenseur acharné du tout économique et ni de l’argent à tout prix. Modestement, j’essaye de faire entendre la voix de ceux qui souffrent et qui ont soif de dignité et de justice et je ne les ai pas tous cités.…

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