Vivre à toute vitesse, une fatalité ?

Vivre à toute vitesse, une fatalité ?

Course, stress et en même temps obligation de rester zen en toute circonstance… tout cela est-il bien raisonnable ? Peut-on y résister et si oui comment ?

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Publié le 3 septembre 2018

Auteur : Fabienne Delaunoy

« On n’a jamais eu autant de temps et paradoxalement on n’a jamais eu autant le sentiment d’en manquer » explique le sociologue Jean Viard, directeur de recherche associé au Centre de recherches politiques de Sciences Po. L’accélération du temps est la conséquence du désir ou du besoin ressenti de faire plus de choses en moins de temps. Consommer du temps mais aussi de l’argent est au cœur de notre économie. Jean Viard affirme que nous sommes devenus dépendants de cette offre marchande. En effet, comme le disait le père fondateur des États-Unis Benjamin Franklin, « time is money » 1. Issu d’une famille protestante, le président américain exprimait de façon lapidaire ce qui allait devenir, un siècle plus tard, la fameuse théorie de Max Weber dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme. Selon l’économiste et sociologue allemand, le temps était infiniment précieux parce que toute heure de travail perdue était une heure en moins au service de la gloire de Dieu.

La course après le temps serait-elle un lointain héritage de la Réforme ? « Les théologiens protestants ont dû lutter contre la fainéantise parce que la prédication de la justification par la grâce, mal comprise, risquait d’entraîner les chrétiens dans un fatalisme paresseux », explique le pasteur et philosophe strasbourgeois Frédéric Rognon. 2 « Mais aujourd’hui, cet héritage s’est sécularisé puisque le temps n’appartient plus à Dieu mais est un objet de culte pour sacrifier au dieu argent. »

Nous ne sommes pas coupables

Le sociologue allemand Hartmut Rosa 3 fait l’analyse que « cette accélération semble avoir augmenté au cours des décennies récentes avec la révolution numérique et les processus de mondialisation. » Mais il nous déculpabilise en affirmant que cette accélération est un fait sociétal objectif. Selon lui, nous ne sommes pas de mauvais organisateurs mais avons du mal à fixer des priorités et rencontrons de réelles difficultés à prendre des décisions face au trop plein de sollicitations.

Pour Jean Viard, nous avons néanmoins pris conscience de notre besoin d’avoir davantage de pouvoir sur le temps, même si nous ne savons pas toujours nous en servir. « La rapidité n’est pas que négative si on la maîtrise. Aujourd’hui, contrairement à nos aînés, nous pouvons par exemple choisir à quel moment regarder ce programme télé ou écouter cette émission radio. » Les « parenthèses de vie » comme les mouvements slow, le retour à la nature ou encore la marche se sont développées « car les temps de rupture ne sont plus institués comme c’était le cas avant, avec le carnaval ou les grandes fêtes religieuses. » D’après Jean Viard, nous ne freinerons pas le mouvement du monde mais pourrons réapprendre à faire des parenthèses. Enfin, Hartmut Rosa pense qu’une possible décélération passe par le développement « d’une attention accordée à la présence de l’autre » 4.

1 : Le temps c’est de l’argent

Toujours débordé ! Que faire ? La gestion du temps dans le ministère pastoral, 2006.

3 : Aliénation et accélération, vers une théorie critique de la modernité tardive, La Découverte, 2012.

4 : Développer ensemble la résonnance au monde, interview de Hartmut Rosa par Nathanaël Wallenhorst, researchgate.net, 2017.

Dans les médias : L’exigence face à « l’infobésité »

« Le meilleur moyen de tuer le journalisme, c’est de faire vite » 1, selon Jérôme Bouvier, président de Journalisme et citoyenneté, organisateur des Assises du journalisme. Les exemples de fausses nouvelles, parce qu’il a fallu les donner au plus vite, ne sont pas rares chez les médias dominants qui prodiguent une information de flux, gratuite et disponible partout. Pour contrebalancer « l’infobésité » comme la nomme Jérôme Bouvier, plusieurs titres (XXI, Médiapart, Contexte, Le 1…) sont apparus cette dernière décennie et misent sur un lectorat de plus en plus exigeant et informé. Le public attend des journalistes qu’ils ne soient pas des propagateurs de bruit mais qu’ils sachent donner du sens à l’information qu’ils délivrent. Cette exigence ne peut exister sans son concours, milite Jérôme Bouvier qui plaide pour la création d’une Agence nationale de l’éducation à l’information.

1 : Interview donnée au Républicain lorrain le 5 novembre 2013

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Magazine protestant régional pour les paroisses de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine. Diffusé à plus de 42 000 exemplaires, ce magazine de 32 pages paraît tous les deux mois. Il aborde sous la forme de dossiers, d’entretiens et de mises en lumière la vie de tous les jours, les questions et les réalités de la foi.

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