Jean 14.15-21 – Le défenseur

L’Esprit de vérité

Introduction

Dimanche dernier, nous avons médité les premiers vers du chapitre 14 de l’évangile de Jean. Nous sommes dans le discours dans adieux entre le dernier repas de Jésus et son arrestation. Sous la forme d’un testament, il récapitule l’essentiel de son enseignement et prépare ses disciples à poursuivre le chemin après son départ. Pour cela, il leur promet qu’ils ne seront pas orphelins.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Les disciples orphelins

Je ne vous laisserai pas orphelins, si Jésus déclare cela, c’est que les disciples auront un sentiment d’abandon lorsque leur maître sera crucifié.

Le statut d’orphelin était dramatique dans une société sans protection individuelle. Dans le Premier Testament, l’orphelin est toujours associé à la veuve et à l’étranger comme une catégorie de personnes ayant besoin d’être protégées par la loi. Les disciples ne seront plus protégés par Jésus, mais l’Esprit les conduira et leur montrera le chemin.

L’Esprit en vous

L’Esprit de vérité… sera en vous. Cette promesse rappelle le témoignage de Jean au moment du baptême de Jésus : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui (Jn 1.32). L’Esprit sera dans les disciples comme il était dans Jésus. Comme le disait le passage que nous avons médité la semaine dernière : Celui qui met sa foi en moi fera, lui aussi, les œuvres que, moi, je fais ; il en fera même de plus grandes encore (14.12). L’Esprit fera avec les disciples ce qu’il a fait avec Jésus.

Pistes d’actualisation

1er thème : Qui est l’Esprit

Dans ces quelques versets, il est présenté comme le défenseur… l’Esprit de vérité… celui qui sera dans les disciples. Ces différentes approches rattachent l’Esprit au Christ.

Je demanderai au Père de vous donner un autre défenseur. Pourquoi un autre ? Parce que Jésus était un premier défenseur. Le mot défenseur peut aussi se traduire par avocat, intercesseur, consolateur. Si nous pouvons nous tenir devant Dieu malgré les ambiguïtés de notre humanité, c’est que nous avons un bon avocat.

Le défenseur est appelé Esprit de vérité, de même que dans le passage précédent, Jésus disait qu’il était le chemin, la vérité et la vie.

Ces différentes approches assimilent l’Esprit à Jésus.

2e thème : Aimer Jésus, c’est garder ses commandements

Jésus nous appelle à l’aimer, et pour cela à garder ses commandements. Cet appel se trouve dans le premier et le dernier verset de notre passage. Derrière le verbe garder, il y a le fait de protéger les commandements, de ne pas tricher avec leur exigence, de ne pas transiger avec les appels de l’Évangile

Il ne s’agit d’être parfaits. Il arrive aux disciples de tomber et le texte nous rappelle qu’ils ont un bon avocat. Mais malheur à celui qui coupe les arêtes de l’Évangile pour le réduire à quelques règles de bienséance.

3e thème : La Trinité comme expérience spirituelle

Après avoir promis l’Esprit, Jésus déclare : En ce jour-là, vous saurez que, moi, je suis en mon Père, comme vous en moi et moi en vous (Jn 14.20). Ce texte évoque la Trinité comme une promesse : Vous saurez. La Trinité n’est pas une doctrine, mais une expérience. C’est par la foi et dans la prière que nous comprenons que le Père, le Fils et l’Esprit sont indissociables et que chacun ne peut se comprendre qu’en relation avec les deux autres.

Une illustration : Amour de Dieu

Ce récit nous appelle à aimer Jésus en gardant ses commandements. Cette définition inscrit l’amour dans le registre non pas du sentiment, mais de l’obéissance. Aimer, ce n’est pas ressentir une émotion, c’est agir pour celui qu’on aime. Pour illustrer cette approche, le mystique maître Eckart a dit : « Certaines gens veulent regarder Dieu comme ils regardent une vache, avec les mêmes yeux ; ils veulent aimer Dieu comme on aime une vache. Tu aimes celle-ci pour le lait et le fromage et pour ton propre avantage. Ainsi font toutes ces personnes qui aiment Dieu pour la richesse extérieure ou la consolation intérieure. Ils n’aiment pas vraiment Dieu, ils aiment leur propre avantage. »

Ac 8.5-17 – Simon le magicien

Philippe et les apôtres

Le contexte – Le livre des Actes des Apôtres


Le livre des Actes des Apôtres raconte comment la première Église s’est organisée pour répondre à l’appel que lui a laissé le Christ à son Ascension : Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre (Ac 1.8). La première chose que font les apôtres est de reconstituer le groupe des Douze après la chute et la mort de Judas. Ils ont choisi Matthias dont on n’a plus entendu parler.
Quelques chapitres plus loin, ils décident de nommer sept hommes pour le service des tables afin que les apôtres puissent pleinement se consacrer au service de la parole (Ac 6.3-4). Le premier de ces hommes qui devaient se consacrer à l’organisation matérielle de l’Église est Étienne qui se révèle être un évangéliste qui parlait par l’Esprit et qui, dans son discours devant le sanhédrin s’avère être un très grand théologien capable de relire le Premier Testament à la lumière de la croix.
Le deuxième de ces hommes qui devaient s’occuper des tables est Philippe qui est allé évangéliser la Samarie. C’est lui et non un des Douze qui a répondu au grand commandement du Christ.

Que dit le texte ? – Le ministère de Philippe


En Samarie, Philippe proclame le Christ, chasse les démons et guérit les malades à l’image de ce que Jésus avait ordonné à ses disciples quand il les a envoyés en mission (Lc 9.1).
Le passage insiste sur les signes et les miracles que faisaient Philippe si bien que même un magicien du nom de Simon s’est converti et a reçu le baptême.
Le texte souligne que si Philippe agit par l’Esprit, aucun de ceux qui ont été baptisés n’ont reçu l’Esprit. Il a fallu la venue de Pierre et Jean pour qu’ils reçoivent l’Esprit.
Si le texte montre comme un non-apôtre fait le travail d’un apôtre, la singularité de ces derniers est préservée par la capacité de transmettre l’Esprit.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – La promesse de l’Esprit

Lors du testament spirituel que Jésus a laissé à ses disciples dans l’évangile de Jean avant son arrestation, il leur a promis qu’ils ne seraient pas orphelins et qu’ils recevront l’Esprit qui les assurera de la présence du Christ à leurs côtés.
Dans le livre des Actes des Apôtres, on voit l’Esprit passer par les Douze qui ont été institués puisqu’ils sont les seuls à transmettre l’Esprit ; et on voit l’Esprit prendre un malin plaisir à passer par d’autres routes que les institutions en permettant à Étienne et Philippe de jouer le rôle des apôtres alors qu’ils avaient été institués pour s’occuper des tables.

1 Pi 3.15-18 – Les conditions du témoignage

Toujours prêts à témoigner

Le contexte – La première épître de Pierre


La première épître de Pierre s’adresse à ceux qui vivent en étrangers dans la dispersion (1 P 1.1) et elle est envoyée de Babylone (1 P 5.13.), ce qui une façon de désigner Rome, la capitale de l’Empire. Elle s’inscrit dans la perspective d’une Église minoritaire en proie à l’hostilité du monde dans
lequel elle est établie.
Dans cette situation difficile, les chrétiens sont appelés à vivre une vie de disciples dans les différentes situations de vie : la relation avec les voisins, les autorités, les relations de travail, et dans la famille. Dans les versets qui précèdent le passage de cette semaine, le témoignage peut susciter l’hostilité : Quand vous souffririez pour la justice, heureux seriez-vous !

Que dit le texte ? – Rendre compte de son espérance

Quand on est persécutés pour la justice, on peut avoir tendance à se révolter, c’est le moment où il faut consacrer le Christ comme Seigneur. Plus la situation est difficile, plus le disciple doit s’enraciner dans le Christ.
Dans l’épreuve, la tentation est de mettre en sourdine son témoignage, alors que c’est dans les difficultés qu’il faut rendre compte de son espérance : Soyez toujours prêts à présenter votre défense devant quiconque vous demande de rendre compte de l’espérance qui est en vous (1 P 3.15).
Ce verset se trouve dans une épître attribuée à l’apôtre qui n’a pas été capable de dire qu’il connaissait le Christ dans la cour du sanhédrin pendant que ce dernier était jugé (Mc 14.66-72 et //). C’est parce qu’il n’ignore rien de la faiblesse humaine que Pierre insiste sur le témoignage. Pierre ne se prêche pas lui-même, il prêche le Christ. C’est parce qu’il sait que son reniement lui a laissé un goût de cendre dans la bouche qu’il peut encourager ses interlocuteurs à ne pas suivre son chemin de reniement.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – La promesse de l’Esprit

Le témoignage dans les difficultés peut avoir une dimension héroïque, mais nous ne sommes pas des héros, c’est pourquoi Jésus fait une promesse à ses disciples : ils ne seront pas orphelins, Jésus sera à leurs côtés par son Esprit.

Non seulement l’Esprit soutient, mais il nous fait entrer dans la communion du Père et du Fils. C’est en travaillant cet enracinement que la foi vient habiter la totalité de notre personne et qu’on est en mesure de rendre compte de son espérance. Il faut toujours travailler sa spiritualité pour ne jamais avoir honte de l’Évangile.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenant : Antoine Nouis