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Dans cet apéritif théologique, François Bergouignan et James Woody reviennent sur l’un des concepts les plus connus du christianisme, mais aussi l’un des plus difficiles à définir : la Trinité. Si le mot n’apparaît pas tel quel dans la Bible, il désigne une manière de penser Dieu comme Père, Fils et Saint-Esprit.
Un mot absent de la Bible, mais une question centrale du christianisme
La Trinité occupe une place majeure dans la théologie chrétienne. Elle est régulièrement évoquée dans les cultes, les confessions de foi, les formules liturgiques ou le baptême. Pourtant, le mot lui-même n’apparaît pas dans la Bible.
C’est le point de départ de la question posée à François Bergouignan : qu’est-ce que cette Trinité dont il est beaucoup question dans le christianisme, alors qu’elle semble très peu nommée, voire pas du tout, dans les textes bibliques ?
La réponse invite d’abord à distinguer le mot et les réalités qu’il cherche à désigner. La Bible ne parle pas explicitement de « Trinité » comme d’un concept théologique formalisé. En revanche, elle fait bien apparaître les trois figures qui formeront plus tard le langage trinitaire : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Père, Fils et Saint-Esprit : trois personnes pour parler de Dieu
Pour François Bergouignan, il est possible de parler non pas seulement de trois éléments, mais de trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
La difficulté commence précisément là : que fait-on de cette manière de parler de Dieu ? Comment comprendre cette distinction entre Père, Fils et Esprit sans renoncer à l’affirmation centrale du monothéisme chrétien ?
Deux grandes manières de comprendre la Trinité peuvent alors être distinguées.
La première consiste à dire que Dieu est trinitaire : Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit. Dans cette perspective, parler du Père, du Fils et de l’Esprit, c’est dire Dieu dans sa totalité. La Trinité devient alors une manière de dire Dieu complètement.
La seconde approche est plus réservée. Elle considère que Père, Fils et Saint-Esprit sont trois manières, trois modes de présence de Dieu parmi les humains. Cette lecture ne prétend pas enfermer Dieu dans une définition totale. Elle reconnaît plutôt que ces trois figures sont une pédagogie pour parler de Dieu, sans jamais épuiser son mystère.
Un concept théologique élaboré après les textes bibliques
La Trinité n’est donc pas un concept directement théorisé par les textes bibliques. Elle est une construction théologique postérieure, élaborée dans les premiers siècles du christianisme.
Les conciles ont joué un rôle décisif dans cette formulation. Ils ont rassemblé des éléments présents dans les Écritures pour construire un langage doctrinal permettant de rendre compte de Dieu, de la présence divine et de la nature du Christ.
François Bergouignan souligne que ces élaborations ne sont pas seulement nées d’un désir abstrait de définir Dieu. Elles répondent aussi à des discussions, des tensions et des désaccords au sein des premières communautés chrétiennes.
La doctrine trinitaire a ainsi servi à préciser ce qu’il était possible de dire de Dieu et du Christ. Elle a aussi permis de fixer un périmètre : certaines formulations étaient reconnues comme recevables, d’autres étaient écartées.
La Trinité : une pédagogie plus qu’une définition définitive
La question est alors de savoir si la Trinité était nécessaire pour parler de Dieu. François Bergouignan se montre prudent sur ce point. Il reconnaît que ce langage a été utile, mais il n’est pas certain qu’il soit le seul possible.
On aurait pu utiliser d’autres formes de pédagogie théologique pour parler de Dieu. Il évoque notamment la théologie négative, ou théologie apophatique, qui parle de Dieu de manière indirecte, souvent paradoxale, en insistant sur ce que Dieu n’est pas plutôt que sur ce qu’il serait possible d’en dire positivement.
Cette approche rappelle une limite fondamentale : Dieu est, par définition, indéfinissable. Tout langage théologique essaie de dire quelque chose de Dieu, mais aucun ne peut prétendre le circonscrire totalement.
La Trinité apparaît alors moins comme une formule qui enferme Dieu que comme une manière chrétienne de rendre compte de sa présence : Dieu comme origine, comme parole incarnée, comme souffle.
Un Dieu de relation et de communication
James Woody souligne un autre intérêt du langage trinitaire : même dans une version plus totalisante, la Trinité introduit l’idée d’une relation en Dieu.
Dire qu’il y a en Dieu trois personnes ou trois personnalités, c’est placer Dieu dans le registre de la communication, de l’interaction, de la relation. Dieu n’est pas présenté comme une solitude abstraite, mais comme une réalité relationnelle.
Plutôt que de dire simplement que Dieu est une personne, ou même trois personnes, James Woody propose de comprendre Dieu comme une source de relations interpersonnelles.
Cette idée ouvre une lecture spirituelle et éthique de la Trinité. Si Dieu se comprend comme relation, alors la foi invite aussi les croyants à vivre la relation, la communication et la rencontre au cœur de la société.
Là où deux ou trois sont réunis
La Trinité ne serait donc pas seulement une question technique de doctrine chrétienne. Elle peut aussi être comprise comme une invitation à penser la relation humaine.
La communication au sein de la Trinité devient une invitation à communiquer au sein de la société. Dieu se rend possible, ou perceptible, là où les relations s’ouvrent, là où la parole circule, là où des personnes se rassemblent.
Cette perspective rejoint une parole de l’Évangile : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. »
À travers la Trinité, la théologie chrétienne ne cherche pas seulement à résoudre une difficulté conceptuelle. Elle propose une manière de dire que Dieu se donne à connaître dans la relation, dans la parole partagée et dans la communion entre les êtres.
