RÉFLEXIONS

Appartenir à une communauté rend-il plus vertueux ?

Les réponses d'Olivier Peterschmitt, philosophe, et d'Esther Ladwig, psychologue.

Un contenu proposé par Le Nouveau Messager

Publié le 26 octobre 2021

Auteur : Aucun

Philon

L’appartenance à une communauté rend moins vertueux que malin. On pense qu’il y a une sorte de répugnance à être contraints par les règles communes et les interdits sociaux ; pourtant, à mieux y réfléchir, il y a une satisfaction profonde à être reconnus par les autres et à pouvoir vivre en harmonie avec eux. À la fin, les avantages de l’obéissance aux règles sociales l’emportent sur les inconvénients. Pour l’immense majorité des citoyens, cette obéissance est facile ; c’est la désobéissance qui serait difficile. Kant allait même jusqu’à penser qu’une communauté de démons arriverait, par pur égoïsme, à s’accorder sur de bonnes règles de vie en commun.

Socrate

La vertu ne naît pas seulement de l’habitude, du conformisme et du calcul égoïste. Elle naît principalement de l’éducation reçue dans une société juste. Une communauté, grâce à ses lois, ses mœurs et ses croyances religieuses, forme moralement ses membres. Elle-même est souvent l’héritière d’une longue histoire, faite de combats et de découvertes qui ont permis de tisser des solidarités et de surmonter des préjugés. L’éducation nous initie à des valeurs que jamais nous n’aurions pu inventer, fruit d’expérimentations séculaires.

Philon

Pourtant si la vie en société exige qu’on veille les uns sur les autres et nous incite à l’amour et aux belles œuvres, elle limite cette exigence aux proches. Dans la famille ou dans l’Église, les individus se traitent comme des frères et sœurs. L’amitié y a sa place, inspirée par une foi commune en un même dieu qui rapproche et qui sauve. Dans un État, où on a des ancêtres et une culture en commun, on peut également se soucier les uns des autres. Mais, à chaque fois, on se sent d’autant plus proches les uns des autres qu’on se définit par opposition aux autres. À l’intérieur on veille les uns sur les autres ; à l’extérieur on est indifférents ou hostiles à l’égard des inconnus ou des étrangers.

Socrate

C’est que la communauté a, elle aussi, besoin d’être moralisée. Ce sont des individus d’exception, penseurs, poètes, prophètes ou grandes âmes qui, tout d’un coup, entendent l’appel à une bonté qui dépasse toutes les frontières et qui force la communauté à se repentir de son étroitesse. Ils rappellent la communauté à ses propres engagements et creusent les exigences héritées, au point de l’élargir à l’humanité entière. Leur vertu dénonce l’hypocrisie et l’égoïsme ambiants. Avec eux, nous assistons à une révolution des mentalités. Ceux qui sont prêts à les suivre, comme des disciples, sont en mesure de rendre leur communauté plus vertueuse.

 

Le coin de la psy – Esther Ladwig, psychologue

Veiller, c’est demeurer vigilant, c’est être de garde, c’est aussi passer la nuit en prière auprès d’un mort. Veiller, c’est avoir l’œil ouvert et être aux aguets, c’est ne pas dormir ou ne pas s’endormir sur ce que l’on croit à jamais acquis. Veiller, c’est aussi prendre soin de soi et de l’autre. C’est apporter un soin suffisant pour que l’amour reste le ferment qui structure et fonde la vie et les relations entre tous les vivants. Mais ce n’est peut-être pas aussi simple que cela.

Quel est ce danger qui nous guette si sournoisement, que l’on perçoit à peine et qui nécessite de veiller sans baisser la garde ? Ne s’agit-il pas de ces forces, en nous et en dehors de nous, qui nous détournent du vivant et du mouvement de la Vie. Il s’agit alors de veiller et de discerner pour pouvoir quitter nos attachements auxquels nous tenons tant parce que nous pensons qu’ils nous font vivre ou parce que nous pensons qu’ils fondent nos identités. La vie n’est pas donnée par ce que nous avons. Elle nous est juste donnée par la Vie elle-même et par Celui qui la donne en partage à tous de manière équanime. Pourtant, certains se détournent complètement de la Source et pensent qu’il n’y a que ce que nous vivons dans l’ici et le maintenant qui existe. Ils s’identifient à leurs bonheurs, à leurs malheurs, à toutes leurs possessions. Ils peuvent imposer leurs points de vue aux autres et créer d’autres enfermements qu’ils vont pouvoir justifier par une morale normative et restrictive de la vie, qui ne laisse que peu de place aux autres. D’autres vont ouvrir les yeux, laisser entrer la lumière dans leur corps, leur cœur et leur esprit, se mettre en route et envisager que la vie attend autre chose d’eux : sortir de leurs enfermements aliénants et des limites à ce qu’ils perçoivent d’eux-mêmes, des autres. Les relations et les échanges qui s’établissent alors entre eux reposent sur la reconnaissance réciproque de l’Être qui vit en eux. Pour Denis Vasse, ils sont « un unique parmi d’autres uniques », ils marchent chacun sur leurs propres chemins, vers Celui qui fait Être.

Pour réaliser cela, nous avons l’impression qu’il nous faut beaucoup d’amour. Or, dans toutes nos histoires humaines, nous avons tous l’impression d’en avoir manqué terriblement. Nous peinons tous à nous aimer nous-même. Nous pouvons reprocher à l’autre de n’être pas suffisamment aimant ou présent pour nous. Mais surtout, nous peinons tous à croire que c’est l’amour qui fait tenir le monde ensemble et nous maintient en vie. Nous avons besoin de « veilleurs » qui témoignent de la présence de l’amour en nous et autour de nous, toutes les fois où nous trébuchons, où nous oublions ce qui est au fondement de notre être.

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