Désirs d’unité

Cinq siècles après Martin Luther, catholiques et protestants non seulement ne se jettent plus l’anathème, mais prient et agissent souvent ensemble. La preuve avec deux professeurs de théologie : la luthérienne Elisabeth Parmentier et le catholique Simon Knaebel.

Un contenu proposé par Le Nouveau Messager

Publié le 28 mars 2017

Auteur : Caroline Lehmann

Tous deux plaident pour le nécessaire témoignage commun du trésor qu’est la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Loin d’un œcuménisme facile…

Propos recueillis par Caroline Lehmann et Marc Larchet

Quel est aujourd’hui l’intérêt des dialogues œcuméniques, alors que l’interreligieux occupe le devant de la scène ?

Elisabeth Parmentier : Les deux démarches ne poursuivent pas le même but : le dialogue interreligieux vise la pacification de la société par l’apprentissage du respect de l’autre ; l’œcuménisme a pour objectif la réconciliation et l’unité des Églises. Les deux sont indispensables. Que les Églises soient réconciliées, pas seulement juxtaposées, est à mon sens urgent pour la crédibilité du témoignage chrétien. La méthode de dialogue développée depuis 50 ans par les chrétiens est aussi un exemple d’apprentissage de la différence qui peut être adapté au dialogue interreligieux. Par exemple, en acceptant de regarder l’histoire avec le regard de l’autre pour dépasser un certain nombre de malentendus. Dans le dialogue avec les autres religions, nous, chrétiens, sommes souvent autocritiques et complexés (il y a le poids de l’histoire avec les croisades ; nous aurions un Dieu « faible »). Nous avons besoin de nous (re)donner nos racines d’espérance.

Simon Knaebel : Si nous ne parvenons pas à avancer entre chrétiens sur les dossiers œcuméniques, comment, par exemple, dialoguer avec l’islam ? La question de fond est la suivante : en fidélité avec l’Evangile, les confessions chrétiennes et les religions parviendront-elles à surmonter le centrage sur elles-mêmes, l’instinct de l’autofondation, qui est un équivalent collectif de l’instinct de survie chez les individus ? Il s’agit de ne plus se prendre pour le centre du monde. Juifs, musulmans, catholiques et protestants, nous sommes tous appelés à prendre le chemin de la rencontre concrète de l’autre, du dialogue avec lui. A défaut, les religions seront toujours considérées comme des ferments de violence.

En quoi les Réformes du XVIe siècle ont-elles réformé nos Églises ? Et les réforment-elles encore ?

S.K. : En dépit des drames historiques et des guerres survenus, ces Réformes ont été la meilleure chose qui ait pu arriver à l’Église catholique ! Même si celle-ci, aujourd’hui encore, peine à se réformer. Ce mouvement de Réforme est vital parce qu’au moins en Occident les Églises se vident, des communautés disparaissent. Notre système où tout est centré sur le ministère du prêtre est à bout de souffle. Le changement que j’appelle de mes vœux passe par l’annonce de la saveur de la Parole, le retour à la prédication de la Parole de Dieu.

E.P. : Toutes les Églises ont besoin de sortir du carcan de leurs institutions et de leurs habitudes sclérosantes. Mais au-delà de ça, ce que les gens attendent, c’est qu’on leur montre une expérience, pas qu’on leur parle, même si les mots, les langages contribuent à témoigner de l’expérience née de la Parole de Dieu. Le cœur de la Réforme a été d’affirmer le salut de manière existentielle, dans et pour la vraie vie. Cet enjeu d’espérance et de sens est aujourd’hui très fort. Le paradoxe est que tout le monde veut que sa vie soit réussie mais le salut en Jésus-Christ, lui, n’intéresse personne ! Selon moi la prédication est appelée à passer par le témoignage et la crédibilité des croyants dans les lieux de vie que sont les familles, le monde du travail, les hôpitaux etc. Pour cela, les protestants luthéro-réformés ont à apprendre des mondes évangélique et pentecôtiste le courage des convictions et comment parler à toutes les classes sociales. Sans pour autant faire leur la théologie de la gloire et du spectaculaire véhiculée parfois par ces mouvements. 

Que penser du rêve de certains d’une seule et même Église ?

S.K. : S’il s’agit d’une Église unique sur le plan institutionnel, avec sa hiérarchie, ses traditions, son droit, il est inutile d’y songer à court et à moyen terme. Mais si l’on parle d’une communion spirituelle dans le respect de nos traditions particulières, avec leurs richesses, il est raisonnable d’envisager des progrès.

E.P. : L’œcuménisme ne peut pas concevoir une simple uniformité. L’enjeu est que nous dépassions, non pas nos différences, elles sont une richesse, mais les séparations. Construire des ponts, liturgiques par exemple, et que chaque Église se sente concernée par ce qui arrive à l’autre, voilà qui me semble important. Cela implique de dépasser la crainte que nos Églises disparaissent. L’œcuménisme, comme le cœur de l’Evangile, c’est la réconciliation.

Quelle est aujourd’hui la place de la Bible, respectivement chez les protestants et les catholiques ?

E.P. : Les protestants se sont toujours targués de la place centrale qu’ils accordent à la Bible, mais aujourd’hui c’est un stéréotype qu’il faut dépasser. Nous avons un travail à entreprendre face aux lectures fondamentalistes qui ont le vent en poupe. Alors que beaucoup sont tentés de faire dire à la Bible ce qu’ils veulent pour justifier leurs opinions, il s’agit de revenir au cœur de la Réforme qui a prôné l’inverse : se laisser interpeler et transformer par la Parole.

S.K. : Avec le Concile de Vatican II, dans les années 1960, l’Église catholique ouvre une ère nouvelle où la parole de Dieu est première. Elle se décentre de sa vision hiérarchique d’elle-même pour se recevoir entièrement de la Parole de Dieu. La « Révélation », devient alors le lieu où la vie et l’amour de Dieu se communiquent. Cela a constitué une véritable révolution fort bienvenue sur le plan œcuménique.

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Des questions qui fâchent encore

Le principal point de crispation, enjeu œcuménique fondamental, est le modèle de l’Église. Est-ce que l’Église catholique peut reconnaître que d’autres Églises qui ne sont pas organisées selon le modèle historique autour du successeur de Pierre, qu’est le pape, sur le siège de Rome, avec le collège des évêques et les prêtres qui sont liés à ce collège épiscopal, sont aussi des Églises fidèles ?

Une autre question reste sensible : les Églises protestantes d’orientation anabaptiste refusent le baptême des enfants et parfois rebaptisent des fidèles. Et surtout, il y a tout un dialogue à mener entre protestants sur les interprétations de la Bible, notamment en lien avec des questions éthiques ou des choix sociaux.

Protestants 2017 PFP

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