Le poil à gratter des clichés

Le poil à gratter des clichés

Entretien à bâtons rompus autour des clichés entre le pasteur Marc Seiwert, chargé de mission à l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Moselle et le père Jean-Georges Boeglin, délégué du diocèse de Strasbourg à l’œcuménisme.

Un contenu proposé par Le Nouveau Messager

Publié le 4 avril 2017

Auteur : Fabienne Delaunoy

« Les protestants sont austères, divisés, revendicateurs. Ils ont la Bible dans une poche et le portefeuille dans l’autre. »

« Les catholiques, ces grenouilles de bénitiers, adorent le pape, Marie, les saints et les statues. Ils sont superstitieux et ils croient être les seuls à être chrétiens. »

« De vieux clichés » selon Marc Seiwert et Jean Georges Boeglin. « Les chrétiens sont toujours dans la sinistrose », ça c’est un nouveau cliché assure Marc Seiwert. Pour le père Boeglin, des stéréotypes sont aussi véhiculés aujourd’hui par les médias, parce que ce sont souvent les personnes les plus virulentes ou les plus conservatrices qui sont les plus enclines à parler.

Comme par exemple sur le fait que l’Eglise catholique serait rétrograde sur les questions de sexualité. Le père Boeglin souligne : « L’Église se fonde sur ce qu’elle croit comprendre de l’Écriture. Certains pensent qu’on dit non à tout. Regardez l’attitude du Pape qui invite à écouter les histoires personnelles plutôt que de juger sans connaître. A l’image de Jésus qui a écouté la femme adultère et l’a mise en route pour une autre vie. On ne peut pas sortir de nos impasses si on ne s’approche pas du Christ.» 

En réponse au stéréotype de l’austérité protestante, Marc Seiwert aime à répondre : « On est une Église à vivre. Il faut regarder nos lieux de culte avec le cœur aussi et pas seulement avec les yeux. »

Les clichés libèrent la parole

Les clichés ont la peau dure mais ils ont du bon aussi. Surpris au début par certaines idées reçues, le pasteur leur reconnaît certains avantages : « Les clichés ne sont pas dangereux. Il ne faut pas les surévaluer. Bien au contraire, ils permettent de libérer la parole, de faire la part des choses. C’est important d’avoir des débats dans des lieux où l’on peut s’exprimer sur les différences de chacun. De tels lieux manquent dans l’Église et je le regrette.» Jean-Georges Boeglin ajoute : « A nous Église de faire en sorte de parler à l’Homme d’aujourd’hui qui ne comprend plus certaines choses.» Les rites, qui engendrent parfois les clichés du style ‘Les cathos font comme ci, les protestants font comme ça’, sont notamment « nécessaires pour se reconnaître et se sentir partie intégrante d’une famille ».

Le plus inquiétant, selon le pasteur et le prêtre, c’est l’absence de cliché car cela signifie qu’il n’y a plus de débat. « Quand il n’y a plus de repères, les gens n’ont plus la faculté de se fabriquer des clichés car il faut pour cela un minimum de culture religieuse », précise Marc Seiwert. Rebondissant sur cette question, le père Boeglin ajoute : « Il y a aussi ceux pour qui la question religieuse n’en est pas une. Le phénomène est tel qu’ils ont même un nom aux Etats-Unis : on les appelle les None, ce qui signifie ceux qui n’ont aucune religion.»

Les idées reçues évoluent

Elles se renouvellent, voire disparaissent parfois : « L’œcuménisme permet de faire tomber les clichés », selon Jean-Georges Boeglin. Et Marc Seiwert de prendre l’exemple de la paroisse de Niederroedern : « Catholiques et protestants ont ensemble fait l’acquisition d’une vierge à l’enfant et cela n’a pas posé de problème. Ils ont réussi à dépasser leurs propres représentations des uns et des autres », se félicite le pasteur.

Le père Boeglin se réjouit. « Au sujet de l’unité, Seigneur c’est quand Tu veux et comme Tu veux. Je pense que c’est l’humilité qui va nous rapprocher. Les a priori vont disparaître si l’on apprend à être l’ami de la meilleure part de l’autre, qu’il soit catholique, protestant, musulman, bouddhiste ou bien juif », conclut le délégué diocésain à l’œcuménisme.

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