Parole

« Ne vous alarmez pas »

Christophe Verey, équipier-pasteur au Foyer de Grenelle, invite à réfléchir à l’épidémie bibliquement et méthodiquement.

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Publié le 24 mars 2020

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Le Coronavirus s’impose à nous aujourd’hui avec toute la force de la puissance publique. Heureusement, ce n’est pas la Grande Peste de l’an 1000, ni une épidémie de choléra, qui tuaient systématiquement tous ceux qui sont infectés… Je dis ça pour relativiser un peu, mais il y a risque, et danger.

« Nous sommes en guerre » ! Comme nous l’a dit le Président de la République. Alors écoutons cette parole de Jésus dans la Bible : « Quand vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerre, ne vous alarmez pas, car cela doit arriver. Mais ce ne sera pas encore la fin ». (Marc 13 v 7)

Ne vous alarmez pas, cela signifie qu’il ne faut pas de panique, comme en 1940, par exemple : on ne fuit pas une épidémie. La ruée sur certaines denrées des magasins montre bien que nous ne sommes pas tous aussi calmes…

Ne pas se laisser gagner par l’angoisse ni par l’anxiété, qui ne font que rajouter problèmes sur problème.

Facile à dire ! Moins facile à intégrer, sinon en s’engageant dans un processus de pacification intérieure, qui suppose en particulier une mise à distance pour réfléchir, pour donner un sens à tout cela…

Pas question non plus de culpabiliser ! Ecoutez par exemple ce passage de l’évangile de Luc (chap. 13 v 1&2) « En ce temps-là, quelques personnes vinrent raconter à Jésus comment Pilate avait fait tuer des Galiléens au moment où ils offraient des sacrifices à Dieu.Jésus leur répondit : « Pensez-vous que si ces Galiléens ont été ainsi massacrés, cela signifie qu’ils étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ? (3) Non, vous dis-je ; mais si vous ne changez pas de comportement, vous mourrez tous comme eux ».

Cette question est la préoccupation essentielle des juifs de son époque, ce que nous appelons la « théologie de la rétribution », encore souvent utilisée malheureusement par des chrétiens qui veulent imposer leur morale : tout malheur, toute maladie, toute souffrance est un châtiment divin qui est tombé sur la tête des victimes ! S’il t’arrive des malheurs, c’est de ta faute, puisque ce ne peut être celle de Dieu. Généralement, c’est aux autres que l’on fait passer ce message, alors que l’on se considère soi-même comme « pur et sans tâche » … Le dernier avatar de cette idée étant la « théologie de la prospérité » chère à la Droite américaine : si tu es beau, riche, fortuné et en bonne santé, c’est parce que tu es béni de Dieu… Quid alors de ceux qui sont moches ou handicapés, pauvres, et malade ?

Dans le cas de l’épidémie, est-ce que ceux qui sont touchés sont plus pécheurs, plus coupables c’est-à-dire plus mauvais que d’autres ?

  • Si l’épidémie frappe Pharaon et son peuple en Exode 9 v 7 à 11, elle reste limitée à un peuple, et n’est qu’un instrument de menace aux mains de Dieu qui veut montrer son pouvoir de nuisance à Pharaon pour le convaincre de laisser partir les esclaves hébreux…
  • Si elle touche le monde entier, en Apocalypse 6 (qui met en scène les fameux 4 cavaliers de l’Apocalypse) « Je regardai, et voici un cheval d’une couleur verdâtre. Celui qui le montait se nommait la mort, et le séjour des morts l’accompagnait. Le pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour faire périr les hommes par l’épée, par la famine, par la peste et par les bêtes sauvages de la terre (v 8) », le fléau reste limité au ¼ de la terre et ne détruit pas tout. Il reste un avertissement pour l’humanité, semblable à celui du livre de l’Exode.
  • Si les épidémies se succèdent donc, pour l’humanité, c’est surtout comme avertissement, pour se rappeler que nous ne sommes ni immortels ni tout-puissants. Et que Dieu tient toujours notre vie entre ses mains.

Pas si simple

Pas si simple, donc ! C’est ce que leur dit Jésus.

Mais pour tout enseignement, il ne rajoute que deux petites choses :

« NON ! je vous le dis » d’une part ; et « convertissez-vous ! » de l’autre.

  • « NON», c’est la négation nette et péremptoire par Jésus, de toute la réflexion sur la rétribution. Non, ils ne sont pas plus coupables que d’autres, car « il n’y a pas de juste, pas même un seul… pas un qui fasse le bien… Voilà pourquoi personne ne sera justifié devant lui par les œuvres de la loi » comme dit Rom.3, reprenant l’enseignement des psaumes. Pécheurs, ils ne le sont pas plus que d’autres ! Et ce, quel que soit le cas de figure : qu’ils subissent les conséquences de la cruauté humaine (l’assassinat par Pilate de Galiléens sacrifiant) ou des lois de la nature (la dure loi de l’attraction terrestre qui a fait tomber cette tour à Siloé !) Pourtant, Jésus ne leur explique pas pourquoi ? ni comment ? l’on peut éviter les accidents. Il déplace simplement le problème.
  • « Vous, convertissez-vous ! pour ne pas périr de même». En changeant de sujet, il veut signifier que la mort accidentelle de ces gens-là – et la mort par épidémie est aussi un accident ! – n’a rien à voir ici avec une quelconque punition, liée à un mauvais comportement. Il transpose dans le domaine spirituel pour nous parler de la foi : Jésus-Christ prêche un Dieu qui patiente et qui pardonne. Du moins pour celui qui entend l’appel et change de vie. Pour celui qui sait réagir face à son destin d’homme mortel.

Comment réagir

Comment réagir alors, face au COVID-19 ? Je vous invite à procéder par ordre… Avec ce texte fort intéressant qui a couru sur Internet.

Lorsque Martin Luther a été confronté à la peste noire, il a écrit ces mots, que je trouve très actuels : « je demanderai à Dieu par miséricorde de nous protéger. Ensuite, je vais enfumer, pour aider à purifier l’air, donner des médicaments et les prendre…. Alors j’éviterai les lieux et les personnes où ma présence n’est pas nécessaire pour ne pas être contaminé et aussi infligé et affecter les autres, pour ne pas causer leur mort par suite de ma négligence. Si Dieu veut me prendre, il me trouvera sûrement et j’aurais fait ce qu’il attendait de moi, sans être responsable ni de ma propre mort ni de la mort des autres. Si mon voisin a besoin de moi, je n’éviterai ni lieux ni personnes, mais j’irai librement comme indiqué ci-dessus. Voyez, c’est une telle foi qui craint Dieu parce qu’elle n’est ni impétueuse ni téméraire et ne tente pas Dieu. »

Suivons ce texte d’un peu plus près :

Prier Dieu d’abord

La première chose à faire bien sûr, c’est de prier Dieu, comme Jésus à Gethsémané : « « Mon Père, si c’est possible, éloigne de moi cette coupe de douleur. Toutefois, non pas comme je veux, mais comme tu veux… ! » si je pense à cet exemple, ce n’est pas bien sûr pour dire que ma mort serait offerte à Dieu en expiation de mes péchés ! Mais tout simplement pour lui demander d’être épargné par cette épreuve difficile. En poursuivant bien sûr ma prière d’intercession pour inclure toute personne autour de moi, le foyer de Grenelle, Paris, la France, le monde… Juste parce qu’il est bon de ne pas penser qu’à soi, de ne pas penser que l’on risque d’être la seule victime, mais que nous faisons partie de l’humanité mise à l’épreuve.

Solidarité

Une humanité qui doit aujourd’hui faire preuve de solidarité face à l’épreuve… Ce n’est pas parce que notre président Macron l’a dit, ni parce qu’il est en appelle à « l’Union Sacrée » comme en 14, balayant d’un revers tous les mouvements sociaux précédents, instrumentalisant ainsi l’épidémie en contre-feu contre la Crise. Mais parce que c’est la seule solution envisageable face à un mal qui touche tout le monde, sans respect ni des frontières, ni des races, ni des classes ! C’est déjà ce que nous vivons avec le terrorisme… Qui paradoxalement nous amenait à refuser de nous calfeutrer chez nous ! Nous avons eu ce courage-ci, nous aurons aussi ce courage-là, de nous préserver. Comme nous avons déjà appris à « sortir couverts » face à l’épidémie du SIDA. J’ai, tu as le droit de préserver ta santé ! et de « ne pas causer leur mort par suite de ma négligence ».

Suivre les recommandations médicales : c’est ce que Luther préconise en 2ème lieu. Pratiquer les gestes-barrières, éviter les déplacements inutiles, les lieux de rassemblement ou de contamination. Car enfin, il n’y a rien de fatal dans cette épidémie, puisque Dieu nous a donné, avec la médecine moderne (que je pense inspirée du Saint-Esprit dans ses découvertes) les moyens de lutter efficacement contre le virus. Même si les crédits pour la recherche contre le coronavirus, déjà engagée depuis 2003, à l’époque de l’épidémie du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) ont fondu depuis comme neige au soleil…

Je peux donc faire autre chose que rester assis par terre en attendant de voir si le virus me tombe dessus… « Si Dieu veut me prendre, il me trouvera sûrement »

Je peux notamment aider mon voisin à faire ses courses, en les déposant sur son paillasson, aider chacun à prendre patience en s’exhortant les uns les autres, passer des coups de fil ou envoyer des messages – même si ça va rapporter un max aux GAFA ! – pour que personne ne se sente trop isolé. « Voyez, c’est une telle foi qui craint Dieu parce qu’elle n’est ni impétueuse ni téméraire et ne tente pas Dieu. » Ce qui préoccupe Luther, c’est la fameuse « crainte de Dieu », qui n’est pas la peur de sa punition, mais respect pour sa volonté.

La volonté de Dieu

La volonté de Dieu, quelle est-elle, ici ? De punir les pécheurs, voire le peuple tout entier, l’humanité dans son ensemble, pour nos péchés collectifs ?

Mais Jésus a répondu : NON ! Mais vous, convertissez-vous…

Ces péchés, nous les connaissons, et sans doute nous avons à réfléchir à un vrai changement de société, comme notre Président de la République l’a laissé entendre : saurons-nous nous convertir ? Et imaginer ensemble non pas forcément un retour au Tout-Etat Providence cher à nos pères socialistes, mais vers un monde moins injuste que celui que nous proposent les ultra-riches et les diktats de la société de consommation, ou de la Technique toute-puissante…

La volonté de Dieu, c’est notre destin ! C’est le scandale originel de la Création, qui nous a fait tels que nous sommes, mortels et non immortels, et limités : car sinon nous serions des dieux, et ce serait sûrement bien plus compliqué !

Sommes-nous donc égaux face à la maladie ?

Bien sûr, il y a la qualité des soins reçus durant sa vie, qui fait que statistiquement les riches risquent moins de mourir d’une maladie que les pauvres. Il y a l’hygiène de vie, que l’on dit plus ou moins saine, et sur laquelle on n’en finit plus de culpabiliser les jeunes générations. Mais chacun d’entre nous connaît des centenaires qui ont bu toute leur vie de la piquette, fumé comme des sapeurs et mené une vie de patachon. « Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ? » dit ailleurs l’Evangile… Notre destin, qu’il faut accepter comme tel, c’est qu’il nous faut bien mourir un jour : Dieu l’a voulu, comme pour toutes choses sous le soleil.

Enfin, même si notre destin nous attend, avec Jésus, il faut se battre contre toute tentation de déterminisme ou de fatalisme.

  • Le déterminisme, c’est en particulier ce qui a fait dire à tant de « bons » chrétiens, au début de l’épidémie, que le Sida a été envoyé comme un fléau de Dieu, à l’image de l’une des dix plaies d’Egypte reprise par l’Apocalypse, pour éradiquer les homosexuels de la terre ! C’est dire que tout est déterminé d’avance, par un « plan de Dieu » qui serait élaboré dans tous ses détails, et contre lequel l’homme ne peut rien. A l’heure actuelle, je m’inscris en faux contre cette idée. Je pense au contraire que Dieu est en dialogue avec sa Création, avec chaque personne, comme le montre une discussion de marchands de tapis entre Abraham et Dieu sur le sort de Sodome. Et donc que la prière n’est pas vaine, qui permet de se plaindre auprès de Dieu, de lui demander justice et bonheur. « Toutefois, non pas comme je veux, mais comme tu veux…!» Dieu décide en dernier recours, et même si sa décision n’a souvent rien à voir avec notre demande, mais il la prend en connaissance de cause et nous devons lui faire confiance pour penser que ce sera la meilleure pour nous.
  • Le fatalisme écrase l’homme sous la volonté de Dieu et lui enlève tout ressort dans la conduite de sa vie, sans aucun libre arbitre ni volonté. Il ne faut pas le confondre avec notre destin. Le risque est de ne plus continuer à réfléchir ou à agir, de se laisser entraîner par un gourou ou un ayatollah quelconque sous prétexte d’obéissance.

Vous savez comme les foules sont aveugles ! Jésus les exhorte, nous exhorte, à prendre leur vie en mains, à être actifs. Et même si le résultat n’est pas là, alors nous aurons essayé. Il en est de même pour nous aujourd’hui : nous savons bien que les mesures prises n’empêcheront pas le fléau de se propager. Au moins ne touchera-t-il que peu de monde. Et comme dans l’Apocalypse, à chaque fléau qui s’abat sur la terre, une fraction seulement de l’humanité périt ! Heureux celui qui survivra, mais surtout aussi heureux celui qui attend la résurrection face à la Mort.

Résurrection

Car nous savons que tout cela n’aura qu’un temps, comme tous les fléaux, comme toutes les guerres. Justement parce que nous sommes des êtres limités. Mais nous savons aussi qu’avec la Résurrection, même si nous sommes bien pleinement responsables de notre péché aux yeux de Dieu, c’est lui qui par sa mort nous a délivré de notre culpabilité à tout jamais. Pour que même devant les virus, les épreuves, les accidents et la mort, le scandaleux et l’incompréhensible, nous continuions à vivre !

Dans la solidarité, le service des autres et l’espérance d’une vie nouvelle.

C’est ce que je crois. Et que cette épreuve va éprouver non seulement mon corps, mais également ma foi.

Mon frère, ma sœur, que Dieu t’épargne l’épreuve la plus dure !

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