Enfants : leur apprendre l'attente

Enfants : leur apprendre l’attente

L’Avent, c’est une période faite d’impatience et de rituels comme la fenêtre à ouvrir chaque jour dans le calendrier. Mais aujourd’hui, nos enfants savent de moins en moins attendre...

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Publié le 21 décembre 2016

Auteur : Laurence Roux-Fouillet

Élevés dans un mode de technologies où tout va de plus en plus vite, où tout est accessible en un clic, ils fonctionnent désormais à l’immédiateté.

Qui a connu la période où un exposé se préparait dans l’étude d’un dictionnaire – ou d’une encyclopédie pour les plus chanceux – ou bien encore en une après-midi studieuse passée à la bibliothèque ? Pour les écoliers d’aujourd’hui, il suffit d’un mot-clef tapé dans le moteur de recherche de Wikipédia, et de quelques copiés-collés maladroits pour arriver à une compilation de généralités, sans la moindre réflexion. L’exposé, voilà bien un exercice dont il est aisé de se débarrasser rapidement de nos jours ! Il devient de plus en plus difficile pour un enfant de maintenir son attention très longtemps et le temps passé à une activité – surtout si elle est fastidieuse – apparaît souvent comme du temps perdu.

Pourtant quel plaisir que l’attente ! Le nombre de jours décomptés avant un événement (anniversaire, voyage…) fait croître un plaisir délicieux, une joie sincère, qui rend ce moment encore plus important à nos yeux – ou ce cadeau désiré et tant « attendu » encore plus précieux… Les adultes que nous sommes n’aiment pas frustrer leurs petits et pensent qu’en les comblant tout de suite, nous les satisfaisons pleinement.  Or que de déception au moment de l’ouverture d’un cadeau chez un enfant blasé…

D’un autre côté, nous valorisons aussi volontiers la rapidité, associée à l’efficacité et la performance. Nos enfants font de même et ne savent plus ne rien faire. L’ennui est leur pire ennemi et ils « remplissent » leur temps dès qu’ils le peuvent, avec cette tendance à faire même plusieurs choses en même temps. Pourtant, ils ont absolument besoin de temps de « vide », tant pour l’équilibre de leurs fonctions cognitives que pour leur équilibre émotionnel.

De l’utilité de l’ennui

Les petits écoliers du XXI° siècle sont non seulement formatés sur un emploi du temps scolaire structuré, mais aussi partagés entre différentes activités extérieures – toutes plus productives les unes que les autres. La plupart des enfants n’ont aucun temps de répit. Ils vont (quand ils ne courent pas) d’un cours à un entraînement, d’une répétition à une leçon. Certaines mères de famille tiennent fièrement l’agenda surbooké de leurs chères petites têtes blondes. Elles les préparent tout aussi sûrement à une existence survoltée – et sous-tendue par un stress permanent.

Or les temps de vide, de repos sont d’abord nécessaires pour récupérer et pour permettre de passer avec facilité d’une activité à l’autre. Ce temps de récupération (comme celui du goûter après l’école, pris dans la cuisine familiale) est un temps-soupape, qui permet d’évacuer la fatigue mais aussi la pression et le stress de la journée. L’enfant doit se reposer pour « souffler ». Dans le cas inverse, il entretient un niveau relativement élevé d’agitation, qui peut se traduire par de l’anxiété ou des troubles de l’attention ou du sommeil.

Mais tout enfant a aussi -et absolument – besoin de rêver. Il laisse ainsi libre cours à ses pensées, sans aucune retenue. Il est dans un temps où il ne doit obtenir aucun résultat, mais juste vivre le plaisir de l’instant.
Quelle joie de gribouiller sur une feuille, de se balancer sur une chaise en suçant un bouchon de stylo, de regarder défiler les nuages, de s’allonger par terre en comptant les lézardes au plafond ou ses doigts de pieds ! Toutes choses qui lui sont refusées dans la journée – et dont le champ des possibles se réduira avec l’âge. Pendant ces instants improductifs, l’enfant exerce aussi librement sa réflexion et intègre inconsciemment ses expériences récentes car il active le réseau cérébral dit « par défaut ».

On a longtemps cru que lorsque nous étions au repos, notre cerveau avait une activité réduite. Dans les années 1990, des chercheurs ont découvert que le cerveau conservait paradoxalement une activité relativement intense alors même que nous ne faisions rien, et que celle-ci était absolument nécessaire à notre équilibre. Cette observation est d’ailleurs valable pour les enfants comme pour les adultes. Lorsque nous sommes éveillés et que nous ne faisons rien de précis, quand nous rêvassons, des zones de notre cerveau se mettent en action : c’est le réseau cérébral du mode par défaut. Étonnamment, ces zones cérébrales sont parfois très éloignées les unes des autres mais elles entrent en connexion entre elles pour nous aider à récupérer.
Bien que l’on ne connaisse pas encore toutes ses possibilités, le mode par défaut aurait plusieurs vertus :
– faciliter les apprentissages et consolider la mémoire,
– développer la créativité,
– favoriser l’introspection et la conscience de soi.

Les artistes et les chercheurs en font souvent l’expérience : les grandes idées jaillissent quand on est perdu dans ses pensées, lorsqu’on ne « fait rien ». On prétend qu’Albert Einstein lui-même passait des heures les yeux fixés au plafond de son bureau à Princeton. Une image bien éloignée de celle d’un savant que l’on imagine perpétuellement plongé dans ses calculs. Toutefois le cerveau a la capacité d’entrer et mais aussi de sortir rapidement du mode par défaut – et la moindre activité consciente nous en chasse. Jouer à Candy Crush en attendant le bus n’est pas une activité qui met le cerveau en mode par défaut. En revanche cet état est possible si l’on s’assoit sur le banc du même abribus et que l’on contemple les reflets du soleil dans une flaque d’eau.

Comment les aider à se vivre l’attente ?

Je vous suggère vivement de répondre le moins possible à l’antienne favorite des enfants : « Je m’ennuie, qu’est ce que je pourrais faire ? ». D’abord parce que ce n’est pas à vous mais à votre petit de trouver ce qui lui convient, ce dont il a envie. Et ensuite parce que c’est à force d’être confronté à cet ennui qu’il trouvera la force ou l’imagination pour le dépasser. Tout seul. A première vue, les enfants détestent s’ennuyer. L’ennui les renvoie à la solitude, à l’inactivité – encore plus durement considérée quand ils sont hyperactifs. Il peut être intéressant de laisser se mesurer à l’ennui diurne les enfants qui peinent à s’endormir.
Le voyage au bout de l’ennui débouche généralement sur des trésors d’inventivité, des ressources inépuisables d’imagination, des heures de jeu… Un degré de dépassement que l’enfant n’aurait pas pu atteindre s’il avait été immédiatement comblé avec une activité « toute prête »que vous lui auriez proposée. L’enfant remplace l’ennui de l’attente par la découverte d’un espace-temps qu’il occupe vraiment.
Les temps de vide peuvent ainsi être mis à profit pour découvrir et explorer – en prenant son temps – les possibilités pour se relaxer, vider son esprit, détendre son corps, évacuer ses tensions, exercer sa créativité (bricolage, expériences, dessin, modelage…). Encouragez-les dans ces activités « non productives ».

Dans ce domaine, soyez également un modèle : montrez que vous-même, en tant que parent, prenez le temps de vous reposer, de prendre des vacances, de ne rien faire…

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