Peut-on arrêter de penser ?

Peut-on arrêter de penser ?

Inquiétudes, ruminations, pensées incessantes… Nous aimerions souvent débrancher la « machine à penser ». Mais est-ce possible ?

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Publié le 8 décembre 2017

Auteur : Laurence Roux-Fouillet

Qui ne s’est jamais retrouvé, à 3 heures du matin, les yeux grands ouverts en train de gamberger ? Souci du moment, contrariété du jour ou anxiété du lendemain…tout y passe et nous voyons défiler les minutes et les heures en maudissant nos pensées. Je me suis souvent demandé où était la prise…
Arrêtons de chercher : le cerveau ne sait pas débrancher. Il ne le peut tout simplement pas. L’espèce humaine, conditionnée par l’instinct de survie, a une tendance naturelle à anticiper, c’est-à-dire à se projeter sur (un peu) plus tard. L’Homme veut avoir un coup d’avance. Arrêter de penser totalement – comme une sorte de « blanc mental » – serait donc pour notre cerveau synonyme de danger, voire de mort. Impossible ! Donc la boîte à réfléchir tourne parfaitement bien. Et, curieusement, encore mieux quand justement nous aimerions nous détendre. Dans ces moments de relâchement où nous aimerions nous laisser aller, les pensées nous envahissent. Normal : elles ont de la place.
Tout au long de la journée, au cours de nos activités courantes, les pensées sont alignées sur ce que nous sommes en train de faire – principalement notre travail. Nous sommes absorbés, concentrés et fixés sur les actions que nous menons. Mais dès que nous sommes plus ou moins immobiles et tranquilles, dès lors que le cerveau a une possibilité de relâchement – l’attention est moins soutenue – il va se mettre à gambader. Et là, tout lui sert !

Trois types de pensées nous occupent :
– les ruminations
Ce sont souvent des pensées liées à des événements passés plus ou moins récents. Nous « refaisons le match » : échange vif avec un collègue, réunion décevante, mauvaise nouvelle, contrariété… Nous reconstituons les dialogues dans notre tête, qui plus est en les commentant – ou en changeant vainement l’issue. Ou bien encore nous nous taraudons de questions, en nous demandant pourquoi nous n’avons pas agi autrement – ou pourquoi le sort nous a ainsi traité.
Inutile puisque le passé est le passé, et il ne peut être revécu, ni modifié. Eh oui, notre cerveau conserve de notre enfance une part de pensée magique…
– les anticipations
Ce sont des pensées provoquées par un futur plus ou moins proche : un examen, un entretien, une rencontre ou n’importe quel événement à venir. A l’avance, nous doutons, nous nous inquiétons, nous nous interrogeons… Or, l’anticipation, c’est de la science-fiction. Aussi négative soient nos pensées (vous avez remarqué, elles sont rarement encourageantes…) elles ne disent rien sur l’issue d’un événement. Ma grand-mère disait que la peur n’évite pas le danger. Elle evait raison. Et j’ajouterai : pas plus qu’elle ne crée les événements à venir, en bien ou en mal. En revanche, l’anticipation négative à un inconvénient : elle nous met dans un état d’esprit incertain, instable, qui ne nous permet pas le moment venu de mobiliser toutes nos ressources. L’échec est potentiellement dans notre attitude – pas dans nos pensées.
– les interprétations
Ce sont des pensées générées par un présent que nous décodons de manière biaisée et négative : une remarque que nous ne comprenons pas, une attitude qui nous interpelle, un comportement qui nous dérange… L’interprétation est une lecture faussée de la réalité, souvent influencée par nos propres peurs – notamment celle du regard et du jugement des autres. La plupart du temps, les interprétations sont erronées, mais elles nous ont bel et bien perturbé.

Tenter de nous raisonner ne sert à rien, car on a l’impression que les pensées sont plus puissantes que nous. Alors comment peut-on faire face à ce flot de pensées puisqu’on ne peut les empêcher ?
Plusieurs techniques fonctionnent – et d’autant plus si on prend l’habitude de les appliquer, comme une forme de rituel, ou de conditionnement.

  • Relativiser
    Se demander quelle sera l’importance de l’événement ou de la situation dans un an. Comparer avec d’autres expériences similaires et réussies. Revenir à la réalité plutôt que se laisser gagner par l’anxiété ou la colère : quelles sont les informations dont je dispose. Il peut être bon aussi de se répéter, comme un leitmotiv : « Jusqu’ici, tout va bien… ».
  • Considérer les pensées comme des nuages.
    C’est ce que font les méditants. Ils ne s’obstinent pas à retenir les pensées. Ils savent qu’elles sont là mais ils les laissent glisser sans les suivre.
  • Se focaliser sur autre chose
    Impliquer les sens aide à déconnecter le mental. Plus on réussit à se mettre dans la conscience du corps et moins on est dans le galop du mental. C’est ce que l’on appelle la pleine conscience : une attention paisible. On peut, par exemple : sentir la présence ou la chaleur de son corps, écouter le bruit de sa respiration, serrer les poings puis les relâcher, respirer un parfum…
  • Souffler les pensées.
    Une technique facile de mise à distance des pensées (qu’on ne peut pas arrêter) : prêter attention à sa respiration pendant quelques secondes puis imaginer, à chaque expiration, que l’on souffle les pensées vers l’extérieur, comme de la vapeur ou une fumée. Efficace sur une dizaine de respirations.
  • Répéter un mot mantra.
    Trouver un mot qui nous plait, tant par son sens que par sa sonorité (paix, silence, équilibre, sérénité, confiance, calme…) et se le répéter intérieurement sur chaque expiration. Comme si on laissait ce mot « glisser sur le souffle ». Compter une douzaine de respiration pour que le mental s’apaise.
  • Visualiser positivement
    Plutôt que de se fixer sur les pensées négatives, on mobilise des images qui nous font du bien : un lieu, une personne aimée, une situation apaisante, un doux souvenir…

Nous avons en moyenne 60 000 pensées par jour, autant apprendre à les distancer.

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