états-unis

Les mystères de l’adhésion aux fables de Donald Trump

"Le discours de Donald Trump - mélange de paranoïa et de perversion - est profondément régressif. C’est pourtant cela qui séduit autant de monde et me rend perplexe". Point de vue du sociologue Frédéric de Coninck.

Un contenu proposé par Tendances, Espérance

Publié le 11 janvier 2021

Auteur : Frédéric de Coninck

Il est clair que le cas de Donald Trump relève de la maladie mentale. Plusieurs spécialistes, ayant pignon sur rue, ont tenté un diagnostic, forcément arbitraire, du fait qu’il ne repose pas sur des entretiens cliniques. A titre personnel, j’hésite entre la paranoïa (Trump croit à son discours) ou la perversion (Trump prend plaisir à jouer, en connaissance de cause, avec la loi). Les péripéties qui marquent la fin de sa présidence ont, en tout cas, porté ses symptômes à l’incandescence. Mais, au fond, l’essentiel de ma perplexité est ailleurs : qu’un homme malade déraille est assez courant, mais qu’autant de personnes le suivent, l’adorent et le soutiennent est plus perturbant.

Les charmes de la régression

Ce qui m’apparaît finalement est que le discours de Donald Trump est profondément régressif et que c’est cela qui séduit autant de monde. Si on parvient à faire abstraction du fait que les enjeux pour la démocratie sont sévères, ont se rend compte que le déni de Trump, par rapport à sa défaite, est du niveau d’une cour d’école primaire : « ils » disent que j’ai perdu, mais, en fait j’ai gagné ; « ils » ont triché ; on va recommencer la partie et je vais gagner ; etc.

Cela rejoint la difficulté de chacun de nous à faire face aux difficultés de la vie. Changer une réalité pénible d’un coup de baguette magique, cela fait envie. Il est bien confortable d’imaginer des « solutions » simples à des problèmes complexes, sans se préoccuper de les mettre en œuvre. Bref, c’est tout ce que représente être adulte qui est sans cesse sous la menace de nos pulsions pour la régression. Le discours populiste utilise, on s’en rend compte, ce ressort sans retenue. Et Trump, dans ce genre, restera un virtuose.

Parmi les suiveurs de Trump, qui se laissent aller, à sa suite, à prendre leurs désirs pour des réalités il ne faut pas croire qu’il n’y a que des personnes socialement en difficulté. Il y a aussi des individus formatés par la société de consommation, qui pensent que tout désir peut se monnayer. D’autres ont pris l’habitude d’utiliser une arme pour couper court aux discussions et aux remises en question. D’autres encore confondent Dieu avec un pourvoyeur de solutions rapides. Voilà le tableau d’une Amérique qui nous sidère, mais qui n’est pas si éloignée de tendances identifiables en Europe, également.

Et, ne le négligeons pas, la confusion entre foi et régression nous guette toujours.

La blessure infligée par Jésus à beaucoup de ses suiveurs, après la multiplication des pains

C’est là qu’une scène de l’évangile de Jean me revient en mémoire. André Neher avait déjà noté que la vie au désert, suite à la sortie d’Egypte, telle que rapportée dans la Torah, était l’occasion de multiples régressions : le peuple « murmure » contre ses leaders, mais il ne parle pas vraiment et il passe son temps à vouloir manger ou boire sans effort. Or Jean rapproche explicitement cette vie au désert, la quête de la manne et l’épisode de la multiplication des pains.

Et, voici que le jour suivant cette multiplication, la foule retrouve Jésus et que les paroles de Jésus sont plutôt réfrigérantes : « ce n’est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez, mais parce que vous avez mangé des pains à satiété » (Jn 6.26). C’est ensuite l’occasion d’un échange plutôt tendu avec une partie de la foule. Beaucoup sont déçus et s’écartent. Ils étaient prêts à faire de Jésus leur roi, mais s’il se lance dans de telles complications c’est moins séduisant. Le passage culmine, malgré tout, dans la confession de Pierre : « à qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle » (Jn 6.68). Mais précisément, cet acte de foi se construit sur autre chose qu’une satiété vite obtenue et vite consommée.

Heureusement, beaucoup de gens sont convaincus que la lucidité face à la vie et à ses difficultés, est une meilleure option que de se replier dans le cocon de ses illusions. Mais il n’en reste pas mois que des leaders comme Trump sont d’autant plus affolants qu’ils nous rappellent la part d’ombre qui sommeille toujours en nous et qui est prête, à tout moment, à se réveiller et à nous faire plonger dans les ténèbres du déni, du repli sur soi et de l’infantilisation.

Vous pourriez aimer aussi

Attaquer le Capitole pour défendre la volonté de Dieu

Lors de la tentative d’insurrection au Capitole le 6 janvier, de nombreuses pancartes aux références chrétiennes ont été brandies par les manifestants pro-Trump.

Un contenu proposé par Réformés

Les leaders évangéliques condamnent les violences au Capitole

Le Congrès valide la victoire de Joe Biden à la présidentielle américaine. Cette certification avait été interrompue par l’intrusion de partisans de Donald Trump au sein du Capitole.

Un contenu proposé par Évangeliques.info

Après les élections américaines… le « Trumpisme »

Au-delà de la confusion autour des résultats de ces élections et de la victoire de Joe Biden, c’est l’affirmation d’un mouvement populiste, anti-élite, nationaliste et conservateur qui domine.

Un contenu proposé par Campus protestant

UN CONTENU PROPOSÉ PAR

Tendances, Espérance

La société change (quelquefois pas tant que cela). Dans ce contexte mouvant, parfois déstabilisant, quelles sont les voies d’espérance ? A travers ce blog, le sociologue Frédéric de Coninck porte un regard protestant sur l’évolution de la société.

Derniers contenus du partenaire