Le Talmud qui est la mise par écrit de l’enseignement oral des maîtres du judaïsme présente le mariage comme un progrès dans l’histoire de l’humanité : « Avant le don de la Torah, un homme rencontrait une femme sur la place publique, s’ils en étaient tous les deux d’accord, il l’introduisait dans sa demeure et cohabitait avec elle ; elle devenait ainsi son épouse sans autre forme de procès. Depuis la promulgation de la Loi, si un homme souhaite épouser une femme, il l’acquiert d’abord devant témoins et, après seulement, elle est à lui comme épouse. » Le sociologue Émile Durkheim allait dans le même sens lorsqu’il disait que le mariage correspondait à un progrès dans le développement des sociétés, car il introduisait de la loi dans les relations intimes.

De nos jours, le nombre des mariages est en baisse régulière, car il correspond de moins en moins à l’entrée dans la conjugalité. On n’a plus besoin de vivre ensemble pour avoir une sexualité active et on n’a plus besoin d’être marié pour vivre ensemble. Avec le Talmud et Durkheim, on peut se demander si cette régression qui porte la marque de l’individualisation de la modernité n’est pas une fragilisation, car nous le savons, en cas de conflit, la loi protège les faibles.


Définition du mariage

Dans les sociétés traditionnelles, le mariage avait peu à avoir avec l’amour, sa première fonction était d’assurer l’éducation des enfants et d’organiser la transmission du patrimoine. La grande évolution de la modernité est l’émergence du mariage d’amour, ce qui le rend plus beau, plus agréable, mais aussi plus fragile.

Le mariage est la conjugaison du verbe aimer au futur. L’amoureux dit : « je t’aime et je veux vivre avec toi tant que l’amour durera. Quand le temps de l’amour sera passé, alors nous nous quitterons ! » Le marié dit « je t’aime et je t’aimerai ; je t’aime et je promets de faire tout mon possible pour que notre amour dure toute notre vie. » Souvent cette promesse est liée à un désir d’enfants. Les parents savent bien qu’un enfant a besoin d’un cadre affectif stable pour pouvoir s’épanouir. Symboliquement, il est bon de lui dire que le couple de ses parents le précède et qu’il est le fruit d’un désir et d’une attente.

Pour donner du poids à sa parole, le marié ne fait pas que susurrer son engagement à l’oreille de son conjoint, il le proclame publiquement : « Ce que je te dis dans l’intimité, je suis prêt à le crier sur les toits, à l’afficher sur les murs de la mairie et à le parapher au bas d’un document qui le formalise. »

Pour célébrer cet engagement, les mariés invitent leurs amis pour se réjouir avec eux. Ils se rendent à la mairie pour officialiser leur démarche et s’ils sont un peu croyants ils participent à une cérémonie religieuse pour demander à Dieu de les accompagner dans le chemin sur lequel ils s’engagent afin de les aider à tenir leur engagement.


Les conjugaisons du mariage

Dans l’évangile, nous trouvons deux déclinaisons du verbe aimer. Il est d’abord conjugué à l’impératif : « Aimez-vous les uns les autres. » Cette conjugaison est redoutable, car l’amour peut-il se commander ? Autrement dit, peut-on être maître de ses sentiments ? Et si justement cette conjugaison nous appelait à avoir une autre compréhension de l’amour ?

Dans la Bible, l’amour est défini par le verset qui dit qu’il n’y a pas de plus grand amour que de se dessaisir de sa vie  pour celui qu’on aime (Jn 15.13). Dans ce verset, l’amour n’est pas de l’ordre du sentiment, mais de l’œuvre qu’on entreprend pour permettre à une personne de grandir dans toutes les dimensions de sa personne.

Le philosophe Alain a dit à juste titre qu’il était plus facile d’aimer tous les Chinois que son voisin de palier. Si l’amour est un engagement concret de ma personne pour rechercher l’épanouissement de mon prochain, mon amour est limité par mes forces et ma disponibilité. Je peux éprouver de la sympathie pour l’humanité en général, car cela ne me coûte pas grand-chose, en revanche je ne peux aimer tous les hommes, car l’amour est un travail et mes capacités de travail sont limitées. La vertu qui accompagne l’amour est le courage, car il faut du courage pour permettre au prochain de s’épanouir. Et le contraire de l’amour n’est pas la haine, mais la paresse ou l’indifférence.

L’autre conjugaison du verbe aimer est le futur : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Elle comprend l’amour comme une construction qui se fait jour après jour et qui grandit avec le temps. L’entrée dans le mariage ne fait que poser les bases. Il est important d’avoir de bonnes bases, mais ce ne sont que des fondations, c’est avec le temps que l’amour se construit : Tu aimeras.

Conjugué au futur, l’amour est toujours devant, il est une promesse, un à-venir. C’est au nom de cette promesse qu’on peut se marier et se délecter à la perspective que le meilleur n’est pas derrière, dans le temps des fiançailles, mais devant, dans le chemin à partager.


La sacramentalité du mariage

Le mariage a une dimension sacramentelle, en ce qu’il présente des analogies avec le cœur de la foi chrétienne. La relation conjugale comme la relation de foi proposent de laisser entrer en résonance l’amour, la confiance, la fidélité. Les prophètes du Premier Testament comme les épîtres de Paul déclinent cette analogie.

Mais pour le protestantisme le mariage n’est pas un sacrement en ce qu’il n’est pas spécifiquement chrétien. Nous connaissons tous des chrétiens dont la foi est sincère et qui ont échoué dans leur couple et des païens qui ont fait des mariages authentiques. En termes théologiques, on dit que le mariage relève de l’économie de la création (il concerne tous les humains) et non de celle du salut. On peut dire à un incroyant que ça a du sens qu’il se marie, ça n’en aurait aucun qu’il se fasse baptiser !

Dans cette perspective, la célébration religieuse ne fait pas le mariage, elle est une demande adressée à l’Église d’accompagner un couple et son histoire par sa parole et sa prière. La cérémonie appelle la bénédiction de Dieu sur un chemin de vie et promet sa présence dans ses joies et ses combats.


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