Pour le Syndicat des Indépendants et des TPE (SDI), le décalage entre les discussions publiques et la réalité économique du terrain est de plus en plus flagrant, générant incertitude juridique et pertes d’activité.

Marc Sanchez, secrétaire général du SDI, alerte sur les conséquences concrètes de cette situation pour des milliers d’entrepreneurs, confrontés à un environnement économique déjà tendu.

Le 1er mai : l’exemple d’une incertitude coûteuse

La récente controverse autour du 1er mai est emblématique de cette incertitude grandissante. « On a eu des déclarations du Premier ministre qui, effectivement, avaient mis en avant la possibilité pour les indépendants d’ouvrir ce jour chômé », rappelle Marc Sanchez. Le 1er mai étant un jour férié et chômé par définition légale, il est normalement interdit aux salariés de travailler. Pourtant, des filières comme la boulangerie et les fleuristes, qui réalisent une part significative de leur chiffre d’affaires ce jour-là, se sont vues “autorisées” à ouvrir, avec la promesse d’une certaine “mansuétude” de la part des inspecteurs du travail.

Cette situation a placé de nombreux indépendants face à un choix cornélien : ouvrir en prenant un risque juridique ou fermer en subissant une perte d’activité immédiate. « Un choix impossible » selon le SDI, qui dénonce le manque de clarté et de sécurité juridique.

Le 8 mars : un nouveau jour férié, un décalage des priorités ?

Dans ce contexte, la proposition de créer un jour férié supplémentaire pour le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, est perçue par le SDI comme révélatrice d’un « déphasage total avec la réalité de nos entreprises ». Marc Sanchez souligne : « Le discours ambiant est un petit peu effectivement de déphasage total avec la réalité de nos entreprises et avec aussi la réalité des salariés de nos entreprises qui aimeraient effectivement, parce qu’ils ont des baisses de pouvoir d’achat, avoir la capacité de travailler beaucoup plus que ce qu’ils le font maintenant, y compris d’ailleurs les jours fériés. »

Le syndicat se montre pragmatique : « On aimerait bien avoir plusieurs jours fériés, nous aussi en tant que travailleurs indépendants, mais effectivement la réalité économique et les factures que nous avons à payer et les charges que nous avons à payer nous rattrapent au quotidien. »

Travailler plus, un besoin ignoré

Marc Sanchez insiste sur un message souvent inaudible : les indépendants demandent la possibilité de travailler, et non de s’arrêter davantage. Il s’interroge sur les raisons de cette incompréhension : « Il y a tout le raisonnement idéologique sur le fait qu’à partir du moment où on travaille moins, on va générer beaucoup plus de capacités à créer plus d’emplois. » Une logique qui, selon lui, n’a pas prouvé son efficacité, à l’instar des 35 heures qui ont « posé beaucoup plus de problèmes » dans les TPE.

Le contexte économique actuel, marqué par une situation géopolitique incertaine, une hausse des charges, de la pression fiscale et du coût des matières premières, rend toute perte d’activité encore plus critique. « La stagnation aussi du pouvoir d’achat de nos salariés qui est le corrélatif au final, effectivement, de cette situation », ajoute Marc Sanchez.

Les femmes entrepreneures, victimes collatérales

Ce débat sur les jours fériés occulterait également la réalité quotidienne des femmes entrepreneures. Marc Sanchez illustre : « Le fait de ne pas avoir la possibilité pour les femmes, par exemple, qui sont célibataires avec des enfants, de bénéficier dans le cadre d’un volontariat d’une journée qui pourrait être doublée en termes de rémunération peut poser problème. » Il estime qu’une approche trop idéologique peut, sous prétexte de défendre la Journée de la femme, « les stigmatiser ou empêcher qu’elles puissent mieux gagner leur vie ».

Des conséquences économiques alarmantes

L’instabilité et le manque de clarté ont des répercussions directes et graves sur les TPE. « On a à peu près 19 000 faillites supplémentaires entre le trimestre de l’année dernière et celui de cette année », alerte Marc Sanchez, citant les baromètres du SDI et les enquêtes de Bpifrance ou de Rexecode. De nombreuses cessations volontaires d’activité sont également observées, liées à des entrepreneurs « désorientés, désabusés » qui se demandent « à quoi ça sert que je puisse continuer mon activité si au final je ne sais pas dans quelle situation je serai dans trois mois, dans quatre mois, dans six mois ou dans un an. »

Pour les indépendants et les TPE, la question n’est pas idéologique mais profondément pragmatique. Ils réclament des « règles claires, applicables et juridiquement sécurisées pour pouvoir travailler » afin de préserver leur activité et leur capacité à se projeter dans l’avenir.

Une émission de Phare FM.