À l’approche des examens, une nouvelle étude de Nomad Education met en lumière un problème majeur : le manque de méthode des élèves français, soulignant un décalage entre la quantité de travail fournie et son efficacité. Loin d’une simple question de motivation, c’est l’absence d’apprentissage des techniques de révision qui freine la réussite scolaire.
Contrairement aux idées reçues, la principale difficulté des collégiens et lycéens français ne réside pas dans un manque de travail, mais dans une lacune méthodologique criante. Une étude récente menée par Nomad Education révèle des chiffres éloquents : 72 % des élèves révisent à la dernière minute, 42 % n’ont jamais été formés à l’organisation de leurs révisions, et seulement 12 % planifient systématiquement leur travail.
Une génération en mal de concentration
Caroline Maitrot, fondatrice de Nomad Education, invitée sur PHARE FM, explique ce phénomène :
« Je pense qu’on est sur une génération qui est de plus en plus en mal de concentration. Je ne pense pas qu’ils travaillent moins qu’on ne travaillait. Au contraire, on est dans un pays où il y a beaucoup de devoirs. Mais en revanche, ils n’en tirent pas toujours les fruits. »
Ce décalage s’explique par un manque de méthodologie :
« On se donne l’impression de travailler, on regarde son téléphone, on fait autre chose et on a du mal à se structurer, à savoir ce qu’on sait vraiment. »
Un système éducatif qui néglige la méthodologie
La statistique la plus frappante de l’étude est sans doute que 42 % des élèves n’ont jamais appris à organiser leurs révisions. Caroline Maitrot déplore l’absence de cet enseignement fondamental dans le système éducatif :
« C’est vrai qu’en classe, on ne vous apprend pas à travailler, on ne vous apprend pas à faire une fiche de synthèse, on ne vous apprend pas ce qu’il est nécessaire d’apprendre par cœur ou ce qu’il n’est pas nécessaire. On ne vous apprend pas à organiser votre temps de travail le soir. »
Elle insiste sur la nécessité d’apporter des méthodes de travail pour un apprentissage plus efficace.
L’immédiateté, ennemi de la planification
Le faible taux d’élèves planifiant systématiquement leur travail (12 %) s’explique en partie par l’influence de la « génération de l’immédiateté ».
« C’est vraiment la génération de l’immédiateté qui est liée à tout, aussi aux réseaux sociaux, etc. qui fait qu’on structure moins notre emploi du temps »
Une analyse de Caroline Maitrot. Ce manque de planification conduit souvent à des situations de stress intense et peut générer du décrochage scolaire.
Motivation ou cadre : un débat nuancé
L’étude révèle également que 38 % des élèves évoquent un manque de motivation. Pour Caroline Maitrot, la réalité est plus complexe :
« Je pense qu’il peut y avoir des deux. »
Si elle reconnaît qu’un « sens de l’effort » peut parfois faire défaut, elle souligne l’importance d’un cadre et de repères pour canaliser cet effort :
« Pour obtenir souvent des bons résultats, il faut aussi de la méthodologie. Les bons élèves, à quelques exceptions près, parce qu’on peut être plus ou moins doués, sont quand même souvent des élèves qui ont des méthodes d’apprentissage et qui révisent ultra régulièrement. »
Éviter les pièges des révisions
Le piège le plus courant est de croire que travailler longtemps suffit, alors que l’enjeu est de travailler efficacement.
« Non, il faut vraiment fixer des objectifs »
Insiste la fondatrice de Nomad Education pour qui l’organisation est primordiale pour éviter la panique face à des évaluations multiples. Caroline Maitrot préconise l’utilisation d’un « rétro-planning » pour anticiper les révisions et gagner en sérénité.
Une méthodologie personnalisée et ciblée
Concernant la « meilleure méthode de révision », Caroline Maitrot récuse l’idée d’une solution unique :
« Il y a deux choses. Se structurer et réviser ce qu’on maîtrise le moins. »
Elle suggère de se concentrer sur les lacunes identifiées grâce à des quiz ou l’analyse des évaluations. Les élèves ont trop souvent tendance à réviser tout de manière superficielle ou à faire l’impasse sur les matières qu’ils n’aiment pas, une stratégie risquée qui peut se solder par de mauvaises notes aux examens.
L’apprentissage à long terme : autonomie et confiance
Au-delà de la réussite scolaire immédiate, l’objectif est d’inculquer des compétences durables.
« Apprendre à travailler, c’est apprendre à travailler tout au long de sa vie »
Une affirmation de Caroline Maitrot. À l’ère de l’intelligence artificielle, la capacité à structurer son travail et son cerveau devient capitale.
« Apprendre à apprendre, c’est donner aux élèves bien plus qu’une meilleure note, c’est leur offrir de l’autonomie, de la confiance et une méthode de travail qu’ils garderont toute leur vie. »
L’étude de Nomad Education lance un appel pressant à repenser l’approche de l’apprentissage en France, en plaçant la méthodologie au cœur des préoccupations pour former des élèves plus autonomes et mieux équipés face aux défis futurs.
Une émission de Phare FM.
