Par Sophie Guillaume, médecin psychiatre

La mort est pour les enfants un élément de la réalité, en particulier à cause de l’absence qu’elle provoque, mais aussi une énigme en raison de l’inconnu et des interrogations qu’elle suscite.

Des mots adaptés à l’âge de l’enfant

Le degré de compréhension et d’intégration du phénomène de la mort est bien sûr en lien avec l’âge de l’enfant. Les premières conceptions de l’enfant correspondent à une vision magique et cyclique où l’accent est mis sur le caractère interchangeable de la vie et de la mort.

Pour les enfants de trois à cinq ans, la mort est conçue comme une autre façon de vivre. Pour ceux de six à huit ans, la mort est quelque chose d’étranger, qui vous prend et vous emporte au loin ; elle prend l’aspect d’un fantôme, d’un monstre ou d’un être invisible. On estime enfin que la conception de la mort pour l’enfant rejoint celle de l’adulte quand il comprend que la mort est la fin de la vie et devient capable de la concevoir de façon abstraite, en la comparant par exemple à de profondes ténèbres. Ce niveau de conceptualisation est atteint vers neuf ans.

La tendance à vouloir à tout prix protéger son enfant des douleurs que connaît l’adulte peut transmettre une grande peur ; le non-dit et le silence se nourrissent des fantasmes et des projections de l’enfant. Il faut trouver des mots simples, justes, concrets, adaptés à l’âge de l’enfant, en se rappelant que parler de la mort, c’est parler de la vie.

Personne n’est responsable

Le discours de la mort n’est pas opposé au désir de protéger l’enfant. En parlant de ses inquiétudes avec l’adulte, en posant des questions, l’enfant se rassure. Et, même s’il ne saisit pas toutes les subtilités des réponses apportées, il est apaisé de sentir que l’adulte est détenteur d’un discours sur lequel il va pouvoir s’appuyer.

L’important est de ne pas mentir à l’enfant ; mais dire toute la vérité est une autre chose, notamment quand le décès est traumatique. Il faut essayer de transmettre ce qu’il est en mesure de comprendre. L’enfant a souvent tendance à la culpabilité d’où l’importance de le tranquilliser – « personne n’est responsable » – de laisser s’exprimer la tristesse librement – « oui, c’est triste, la mort… » – et d’évoquer la possibilité pour chacun d’avoir des moments de haut et de bas.

Il est impossible de faire l’impasse sur les croyances et le sens religieux, car l’enfant est réceptif aux éléments de spiritualité. Ils peuvent lui apporter des réponses concrètes et souvent rassurantes si ses parents croient à une autre forme de vie après la mort. Quand il sera confronté à ceux qui ne croient pas, il apprendra aussi la tolérance et la liberté de pensée.

Si on ne peut pas attendre d’un enfant qu’il grandisse très vite et comprenne en un instant ce que la mort implique, il ne faut pas non plus la lui déguiser ou cacher. L’adulte et l’enfant cheminent différemment dans leur rapport au temps, à la mort et à la notion de finitude. Parler de la mort à son enfant revient à partager avec lui une énigme, souvent une souffrance, et quelquefois nos croyances et nos espérances. C’est offrir un matériel à son imaginaire porté par les réponses de l’adulte et sa réassurance.

Nier la mort est inutile et perturbant pour l’enfant ; la reconnaître pleinement avec les affects de douleur et de colère qui peuvent l’accompagner permet de l’inscrire dans la vie et de la rendre pensable et communicable.