« Une marge de manœuvre qui se réduit pour une action décisive en matière de santé. » Ainsi s’intitule le rapport 2026 de la branche européenne de l’initiative internationale Lancet Countdown, publié mercredi 22 avril, qui suit et analyse les liens entre changement climatique et santé humaine. Il s’agit là de la troisième édition de ce rapport depuis son lancement en 2021, aucune n’ayant été produite en 2023 et 2025. C’est la revue scientifique médicale britannique The Lancet qui est à l’origine de l’initiative démarrée en 2015 pour la version mondiale.
Alors que ce rapport global en est quant à lui à sa neuvième édition, il est devenu plus qu’utile d’affiner l’analyse pour comprendre les enjeux à la seule échelle continentale, d’où cette nouvelle version focalisée sur l’Europe. Ce ne sont pas moins de soixante-cinq chercheurs qui ont participé à sa réalisation, dont les conclusions sont on ne peut plus alarmantes, en témoigne d’ailleurs son titre.
Des maladies auxquelles l’Europe n’est pas habituée
Selon le rapport, la hausse des températures provoquée par le changement climatique a notamment causé une rapide émergence et réémergence de certaines maladies infectieuses sur le continent européen. Ce qui se traduit par « une extension géographique de certains vecteurs de maladies, accompagnée d’épidémies plus fréquentes en Europe ». Sont concernées par exemple la dengue, le chikungunya et le virus Zika, tous trois transmis par les moustiques.
À noter que l’évolution des conditions climatiques a par exemple permis l’arrivée en France des moustiques-tigres au cours de la dernière décennie, explique Reporterre, qui cite le codirecteur de la branche européenne du Lancet Countdown, Joacim Rocklöv. Cette espèce se plairait de plus en plus en Europe « du fait des températures qui augmentent, alors qu’il est originaire des forêts tropicales asiatiques ». Dans le cas des trois maladies précitées, la soixantaine d’experts à l’origine du rapport relève une augmentation de la fréquence des épidémies locales en France, multipliées en moyenne par 1,24 chaque année.
Les effets directs de la chaleur sur la santé humaine
En 2024, plus de 60 000 personnes sont mortes en raison de l’exposition à la chaleur en Europe, avec des projections indiquant « une forte augmentation de ces décès d’ici 2050 et 2100, dépassant la réduction des décès liés au froid ». Sur la période 2015-2024, la mortalité liée à la chaleur aurait même augmenté dans 820 des 823 régions surveillées pour les besoins de l’étude. L’augmentation globale s’élèverait à 52 décès annuels supplémentaires par million d’habitants, en comparaison avec les années de 1991 à 2000.
En conclusion, le Lancet Countdown retient une « nette tendance à la hausse des risques sanitaires et des impacts liés au changement climatique ». Et ce qu’il s’agisse des effets directs ou indirects que nous avons évoqués. Il y a donc une urgence à agir, même si les chercheurs ajoutent avoir observé « certaines tendances positives en matière de mesures d’adaptation et d’atténuation », une remarque légèrement encourageante.

