Laurent Saez, psychopraticien
Ancien pompier professionnel, thérapeute et fondateur du Secours Protestant, Laurent Saez a passé sa vie à côtoyer la détresse. Pendant près de vingt-cinq ans, en région parisienne puis en Savoie, il a exercé le métier de pompier. Mais sous l’uniforme se posait une question plus large: comment aider l’être humain dans toutes ses dimensions, corps, âme et esprit? Car s’il pouvait voler au secours du corps, il sentait les limites du métier dans les autres facettes de l’être humain.
C’est le point de départ, en 2003, de la vision du Secours Protestant. «C’était une vision en gestation, celle d’un bon Samaritain des temps modernes», explique-t-il. En 2010, cette vision s’incarne lors du séisme dévastateur en Haïti. Appelé à intervenir aux côtés d’équipes américaines, il découvre l’ampleur des besoins laissés sans réponse: aux blessés physiques s’ajoutent des foules de personnes traumatisées, endeuillées et psychiquement brisées.
Une vie motivée par l’amour
«J’ai toujours été sensible à la douleur humaine», confie-t-il. Issu d’une famille dysfonctionnelle, il cherche longtemps un sens à sa propre souffrance. Après un cheminement spirituel marqué par les philosophies orientales puis l’islam, c’est la lecture de l’Evangile de Jean qui bouleverse sa vie. Il y découvre un Christ qui agit avant de parler et une foi qui se vit d’abord dans l’action. Très tôt, il s’engage auprès des sans-abri du métro parisien, avant de faire du secours son métier.
Aujourd’hui, il dirige le Secours Protestant, une association qui assume l’articulation entre aide matérielle, soutien psychologique et accompagnement spirituel. Pour accomplir cette mission, Laurent Saez se forme: soutien psychologique, victimologie, puis deux masters en psychothérapie intégrative et en management relationnel.
Une souffrance constructive?
Depuis, les terrains d’intervention se succèdent: à Marseille, durant la pandémie, les bénévoles ont contribué à nourrir un arrondissement entier. A Calais, auprès des migrants transis de froid sous les tentes. En Ukraine, auprès des familles déchirées. «Dans ces moments-là, ce ne sont pas les sacs de riz dont les gens se souviennent, mais de la main qui s’est tendue.»
Pour Laurent Saez, il s’agit d’accueillir la souffrance pour qu’elle devienne source de vie. Une conviction qui s’enracine dans sa foi chrétienne: «La mort de Jésus sur la Croix, qui semblait être un mal, a été un bien pour l’humanité.» Lui-même s’y associe en évoquant son parcours: «Je pense que je n’aurais pas eu cette compassion ni cette volonté d’avancer dans la connaissance de l’être humain, corps, âme, esprit, si j’avais pas souffert quand j’étais jeune.» ▪
Nadège Villard, humanitaire
En Ukraine, à quelques kilomètres de la ligne de front, Nadège Villard est conseillère en eau, assainissement et hygiène pour l’ONG suisse d’aide […]
