Face à cette situation complexe, la reconversion et l’adaptation des compétences deviennent des enjeux majeurs, incitant les Français à repenser leur carrière.
En 2026, la France fait face à un marché du travail paradoxal. Si le taux de chômage, approchant les 8% de la population active, représente 3,3 millions de personnes et enregistre une baisse en ce début d’année, les tensions et incertitudes persistent. Ludovic de Gromard, cofondateur de Chance.co, spécialiste de l’orientation professionnelle des adultes, met en lumière des défis qui vont au-delà des chiffres.
Une crise émotionnelle du travail
Au-delà des indicateurs économiques, le baromètre de Chance.co révèle une crise plus profonde, d’ordre émotionnel. « Ce qu’on pensait être un désamour passager et conjoncturel des Françaises et des Français avec leur travail, a posteriori du Covid, n’était en fait pas du tout conjoncturel mais structurel », explique Ludovic de Gromard. « La norme aujourd’hui n’est plus d’aimer son travail, elle est de le subir ».
Cette situation pousse un tiers des Français à envisager une reconversion professionnelle, révélant un changement systémique dans la relation au travail. « Désormais, les gens n’acceptent plus passivement une situation et se questionne davantage sur ce qui a du sens pour eux ».
La reconversion, une nouvelle normalité
Face à ce constat, la reconversion professionnelle n’est plus une exception et devient une trajectoire courante. Ludovic de Gromard insiste sur l’importance de ne pas avoir peur de ce terme et de « se mettre en action avec un premier petit pas ». Loin de l’image de l’abandon total pour « élever des chèvres dans le Larzas », la reconversion prend diverses formes.
Il distingue trois types de changements. Pour 50 % des personnes accompagnées, il s’agit de changer de métier. 30 % des individus gardent le même métier, mais changent d’entreprise. Et les 20 % restants font évoluer leurs missions au sein de la même entreprise, cherchant à redéfinir leur bien-être professionnel en cherchant un nouvel équilibre.
« Il y a autant de changements que de personnes », conclut-il, insistant sur la nécessité d’une approche méthodique pour identifier ses aspirations et les compétences à développer.
Accompagnement et financements : des leviers essentiels
La France offre un large éventail de dispositifs pour sécuriser les parcours de reconversion. Ludovic de Gromard mentionne principalement deux ressources : le CEP (conseil en évolution professionnelle), service gratuit offrant une pré-orientation à tous les Français et le bilan de compétences. Eligible au Compte Personnel de Formation (CPF), il permet d’utiliser les 500 à 800 euros accumulés annuellement pour financer cette démarche.
Les métiers d’avenir
En 2026, certains secteurs se distinguent par leur dynamisme. Les métiers d’aide à la personne et, plus largement, les métiers de service à la personne connaissent une forte croissance.
Cependant, la grande tendance est le bouleversement généré par l’intelligence artificielle dans le monde du travail. « On anticipe 5 millions de jobs qui disparaissent ou changent radicalement en France d’ici 2030. » Cette évolution majeure nécessitera une réflexion proactive sur l’adaptation des compétences. « Il est fondamental de se poser des questions : qui sera le Moi futur dans ce monde dans lequel l’intelligence artificielle sera rentrée partout ? » Ludovic de Gromard invite à une approche méthodique pour anticiper ces transformations.
L’enjeu pour les actifs sera de s’adapter à ces changements, en s’appuyant sur les dispositifs d’accompagnement et en cultivant une vision éclairée de leur « moi futur » dans un monde professionnel en perpétuelle mutation.
Une émission de Phare FM.