Face à une inflation alimentaire galopante, les Français se sentent démunis. Lorsque remplir son panier du quotidien est devenu un véritable défi économique, comment concilier qualité nutritionnelle, éthique de consommation et budget serré ? Grégory Caret, Directeur de l’Observatoire de la Consommation à l’UFC-Que Choisir, nouvellement nommé Que Choisir Ensemble, apporte son éclairage sur cette problématique complexe, confirmant un ressenti partagé par la majorité des consommateurs : la hausse des prix alimentaires est une réalité tangible, bousculant les habitudes et les budgets.
Grégory Caret souligne une période « exceptionnelle » d’inflation des prix alimentaires depuis 2022, une situation inédite depuis les années 1980 en France. Cette hausse brutale n’ayant pas été accompagnée par une augmentation proportionnelle des salaires, les ménages constatent une part croissante de l’alimentaire dans leurs dépenses. « Si les gens regardent leur propre gestion de portefeuille sur plusieurs années, ils se disent : l’alimentaire me coûte plus dans mes dépenses qu’il n’a jamais coûté. Et c’est vrai. »
Toutefois, une dissonance apparaît avec le discours des autorités, qui se réfèrent souvent à des évolutions sur des périodes plus courtes. « Si, comme les autorités, vous regardez l’évolution sur un mois, deux mois, douze mois, vous dites : mais non, l’inflation est nulle », illustrant un décalage avec l’expérience quotidienne des consommateurs.
Le prix final d’un produit alimentaire est le résultat d’une chaîne complexe. Grégory Caret en décompose les étapes clés : « La première étape va être d’acquérir des matières premières agricoles en France ou à l’étranger. » Les agriculteurs, pour faire tourner leur activité, dépendent de facteurs externes comme les dérivés du pétrole, impactés par les crises géopolitiques. « La deuxième étape est les industriels, ceux qui vont transformer cette matière première agricole en produits finis. » Eux aussi sont tributaires des coûts de l’énergie (transport, transformation) et de l’acquisition des matières premières. « Après, vous avez la dernière étape, l’étape de la distribution, donc les grandes surfaces alimentaires, qui représentent à peu près 80% des débouchés pour les produits alimentaires. »
L’appel à une « alimentation raisonnable » ou « consommation responsable » se fait entendre de plus en plus fort. Pour l’UFC-Que Choisir, cela signifie « une consommation pour laquelle on va essayer de limiter notre impact sur la nature et sur l’environnement. » Au-delà de l’aspect écologique, la transformation des aliments est également mise en question : « on a tendance peut-être à nous faire manger des choses qui ne sont pas idéales par rapport à notre métabolisme. » La consommation responsable implique donc aussi la modération des aliments « trop gras, trop sucrés ».
Mais est-ce compatible avec les contraintes budgétaires actuelles ? Pour ajuster le budget alimentaire sans sacrifier la qualité, Grégory Caret propose plusieurs pistes, à commencer par réduire les produits transformés : « Évitez quand même tous ces aliments, c’est cher et c’est pas très bon pour notre santé. » Les blockbusters de l’alimentaire sont souvent des produits « très transformés, très déséquilibrés et pas très utiles d’un point de vue nutritionnel, trop sucrés, trop gras. » Privilégier ensuite des protéines abordables : « Par exemple, l’œuf est une protéine très bon marché qui a pas mal d’avantages. » Après des années de mauvaise presse, les études scientifiques réhabilitent l’œuf. Opter également pour les marques de distributeurs, « parce que c’est vrai que les marques de distributeurs sont souvent un petit peu moins chères que les marques nationales. » Enfin, cuisiner davantage : Bien que chronophage, cuisiner permet de « maîtriser les aliments que vous mettez dans vos plats, avec moins d’intrants indésirables et vous allez au final faire des économies. » Ne pas négliger les fruits et légumes : Même si leur coût peut être élevé, « on a besoin de fruits et légumes. »
Face à la profusion d’offres en magasin, lire et comprendre les étiquettes est essentiel. « Il y a un outil pour lequel nous, on se dit très favorable depuis très longtemps, c’est le Nutri-Score », affirme Grégory Caret. Bien qu’il ne soit pas encore obligatoire pour tous les produits, il constitue « un bon indice ». Un aliment classé « E » doit inciter à la vigilance, car il « coûte cher, ce n’est pas très utile d’un point de vue nutritionnel et c’est même dommageable pour la santé. »
Une émission de Phare FM.
