Charline Delapierre, animatrice et formatrice en langue des signes française (LSF), nous éclaire sur l’importance fondamentale de cette langue et ses implications profondes.

Elle rompt avec les idées reçues, soulignant le statut de la LSF comme une langue structurée, porteuse de culture et d’émotions, tout en interrogeant notre rapport à la communication et à l’inclusion dans l’espace public.

« La première utilisation de la LSF, c’est une langue, vraiment une langue à part entière », insiste Charline Delapierre. Reconnue officiellement depuis 2005, la LSF fait pourtant encore l’objet de combats pour sa pleine reconnaissance et sa diffusion. Contrairement à une idée reçue tenace, tous les sourds ne pratiquent pas la LSF ; elle est la langue maternelle des sourds-signants.

La LSF se distingue radicalement du français oral ou écrit. « Elle a sa propre syntaxe. C’est une langue qui est difficile et longue à apprendre », précise la formatrice. Loin du mime, la LSF est un système linguistique complet, intégrant des éléments gestuels, théâtraux et des expressions corporelles qui lui confèrent toute sa richesse.

Dans le secteur médico-social, la maîtrise de la LSF ne se limite pas à une simple compétence technique. Il s’agit avant tout d’une démarche de respect et d’accessibilité. « On fait attention à présenter la langue des signes et la culture qui l’entoure », explique Charline Delapierre. La LSF est présentée comme un « outil à utiliser pour accompagner au mieux les personnes que nous avons en face de nous », permettant ainsi une relation d’accompagnement et de soins plus profonde et plus humaine.

L’apprentissage de la LSF est une rencontre avec une autre manière de communiquer et de penser. Au-delà des techniques, il requiert une curiosité envers la communauté et la culture sourdes. « Il faut être curieux de ce qui se passe autour de cette langue », souligne l’animatrice.

Malgré les avancées législatives, la LSF reste « victime d’une vision erronée », souvent perçue comme marginale. La loi de février 2005, bien qu’importante, n’a pas suffi à garantir une pleine accessibilité. Charline Delapierre déplore le faible nombre d’écoles bilingues et le manque d’accessibilité pour les jeunes sourds dans le parcours scolaire, soulignant que « c’est encore un combat ».

La question de l’accès à la foi et à l’évangélisation des personnes sourdes représente également un enjeu majeur. Chaque pays ayant sa propre langue des signes, des efforts considérables sont nécessaires pour traduire les textes religieux en LSF. Charline Delapierre s’investit au sein de l’association Ariel’s, fondée en 2000 à Montpellier, qui « travaille ardemment sur l’évangélisation, l’accessibilité aux personnes sourdes de la Bible. »

La reconnaissance croissante de la LSF est porteuse d’espoir pour un changement des mentalités. « On essaye de changer des façons de penser, on essaye de partager au maximum sur la langue des signes, sur cette communauté sourde, sur le respect à avoir », affirme Charline Delapierre. Professionnels, associations, sourds comme entendants, tous partagent la même vision : communiquer sur l’importance de la LSF pour tous et œuvrer pour un partage inclusif de la foi.

En définitive, la LSF transcende sa fonction première de communication pour devenir « un pont entre les personnes, les cultures et les mondes », un vecteur essentiel d’inclusion et de lien social.

Une émission de Phare FM.