Propos recueillis par Françoise Marti
Bonjour Madame Seyboldt, vous êtes arrivée à Fives en septembre dernier, en venant de la présidence nationale de l’EPUdF. D’après ce que je sais, vous avez exprimé le souhait de revenir à un poste en paroisse. Cela doit faire un grand changement de passer d’une responsabilité nationale, d’une vie à Paris, à une petite paroisse de province qui a un passé assez typé comme de Fives ?
Le lot d’un mandat électif, c’est d’avoir une fin : c’est limité dans le temps– et heureusement !– je n’ai d’ailleurs pas souhaité faire un troisième mandat, car c’est un poste assez lourd, et pour moi, le ministère en paroisse, c’est mon ministère : je n’ai jamais imaginé que je serais un jour Présidente du Conseil national, ça m’est tombé dessus sans que je l’attende, et j’espérais très vivement retrouver un poste de pasteur de paroisse, ce qui est ma vocation.
Bien sûr, cela doit faire un énorme changement ; même si c’est un allègement, vous avez d’autres choses à mettre en place, et d’autres préoccupations.
Certes, c’est un changement de quotidien très important, mais c’est aussi la possibilité de respirer de nouveau, de retrouver un rythme de vie un peu plus raisonnable, de retrouver la quotidienneté d’une vie communautaire, et après 8 ans de voyages un peu partout, en France mais aussi en Europe (il y a des obligations de rencontres internationales qui ont été extrêmement enrichissantes pour moi), c’est bien de retrouver un rythme de vie un peu plus humain.
Mais je suppose que cette expérience a changé votre regard sur le travail de paroisse ; car vous aviez eu des postes en paroisse auparavant, dans d’autres régions ?
Oui, j’ai commencé en Centre Alpes Rhône, en Ardèche, mon deuxième poste était dans l’Ouest, à Châtellerault, le troisième était en région PACCA, au journal régional frère de Liens protestants (Échanges) et le quatrième en région Est : un petit tour de France… Alors c’est vrai que le fait d’avoir vu les choses aux niveaux national et international, au retour en paroisse, on garde un regard d’ensemble, un regard un peu plus à distance, et on voit bien comment les enjeux locaux, ou les enjeux de quartier sont les mêmes que des enjeux qu’on a partagés aux niveaux national ou international. Et finalement, ce qu’on a pu réfléchir de manière théologique, distanciée, avec des acteurs d’un peu partout, on se retrouve à devoir le mettre en œuvre au niveau local. En fait, il y a une différence d’échelle, mais il n’y a pas de différence de contenu.
Vraiment ? Quand on voit les hommes politiques qu’on accuse d’être « hors sol », qui sont à Paris, qui ne se rendent pas compte de la vie des « vrais gens », ce décalage n’existe pas dans l’Église ?
Moi je ne l’ai pas ressenti. Tous les responsables nationaux sont d’abord des membres d’Église et des pasteurs. Et grâce à la limitation des mandats, le temps consacré dans les instances est forcément limité. Par ailleurs, nous sommes régulièrement en visite dans les paroisses : j’étais venue à Roubaix, à Compiègne, à Rouen, à Reims, durant mon temps au Conseil national. Nous ne sommes pas déconnectés.
J’ai lu quelque part que vous vous définissiez comme « évangélique libérale » ?
J’aime bien dire cela parce que c’est une manière de botter en touche ; je trouve que les étiquettes sont très restrictives. J’ai toujours résisté à ce besoin de qualifier des personnes, et de me qualifier moi-même. Je suis très heureuse de découvrir la vie de la paroisse de Fives, de découvrir ses particularités, je suis très heureuse de la manière dont le culte est célébré à la fois dans une tradition réformée et une ouverture à la parole de l’assemblée, par les chants mais aussi par la prière libre : je trouve cela très intéressant d’arriver à tenir les deux ensemble.
Mais justement, alors que notre société voit fleurir les affirmations identitaires, est-ce que la grande diversité de notre EPUdF n’est pas un antidote à cette tendance ?
Je pense que l’Église tout entière peut être un antidote à ce jeu d’identités, parce que finalement, c’est le Christ qui nous donne notre identité. Nous n’avons pas besoin de la défendre. Aujourd’hui, il est courant d’entendre qu’il faudrait préserver, protéger « notre identité » parce qu’elle serait en danger, mais tout ça n’a rien à voir avec l’Évangile. Nous recevons notre identité de Jésus-Christ et l’Église reçoit sa mission du Christ ; elle est là pour rassembler celles et ceux qui veulent se mettre à l’écoute de sa Parole et elle rassemble des gens très différents, qui ont des parcours spirituels, ecclésiaux, sociaux très divers, et c’est une très grande chance. Il faut essayer de préserver cette diversité par une écoute et une communauté qui soit la plus ouverte possible.
En même temps, l’Église vit dans un monde où les innovations sociétales sont nombreuses. Entre tradition et innovations, ne faut-il pas trouver un équilibre ?
Je ne sais pas si les choses se posent dans ces termes-là. Ce n’est pas qu’il « faut » trouver un équilibre. Les personnes viennent, elles posent des questions, elles interpellent l’Église. Qu’est-ce que ces questions-là font à l’Église ? J’espère que la seule question qui anime les Conseils presbytéraux, c’est : […]
