Propos recueillis par Françoise Marti
Bonjour Jean-Marie, je vous ai rencontré dans une de nos églises de la Métropole, et vous m’avez dit que vous étiez étudiant en théologie. Mais vous n’avez pas toujours été protestant : d’où vous est venue cette vocation, on peut dire « sur le tard », pour la théologie ?
À vrai dire, je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé ! J’avais derrière moi une carrière dans le théâtre et le monde de la culture. J’avais vécu dix ans à l’étranger, en Irlande, où je dirigeais un théâtre de jeunesse. C’était parti pour durer et je me voyais vraiment finir mes jours là-bas. Mais à cause d’un deuil familial, j’ai eu besoin de revenir en France. Et c’est à peu près dans ces eaux-là que j’ai trouvé la foi… ou plutôt qu’elle m’a retrouvé.
Parce qu’avant, vous n’aviez pas eu de contact avec la religion ?
Plus ou moins. En fait, je viens d’une famille multiculturelle. Du côté de ma mère, c’est le Maroc et l’Islam – avec même des ancêtres juifs qui se sont réfugiés à Fès après leur expulsion d’Espagne en 1492 ! Du côté de mon père agnostique, c’est un mix de Limousin et de Piémont italien, bien imprégnés de traditions catholiques. Mais nous, les trois enfants, n’avons pas vraiment reçu d’éducation religieuse. Même si ma mère nous a transmis un sens du divin, un sens de la spiritualité… D’ailleurs, pendant toute une période, je me disais musulman. J’ai même rejoint une communauté soufie sénégalaise à un moment.
Et Jésus dans tout ça ?
Pour moi, Jésus était une figure de sagesse que je mettais sur le même plan que Socrate ou Bouddha. Il a fallu que je touche le fond pour le voir autrement… Le deuil de mon père m’a fait perdre tous mes repères. Non seulement par rapport à mon identité, mais aussi par rapport à la vie. D’accompagner mon père dans la maladie, de lui faire la toilette alors qu’il ne devait peser plus que cinquante kilos – lui autrefois si beau et si charismatique – ça avait définitivement brisé quelque chose en moi… C’est alors qu’est arrivé cet événement improbable. J’étais hébergé chez des amis en Moravie, en République tchèque. Et un jour que je promenais leur chien dans les champs, j’ai levé la tête vers le ciel et je me suis adressé au […]
