Après Roch Hachana et Kippour, Souccot est la troisième fête juive du mois de Tichri qui est le premier mois de l’année pour le judaïsme. Elle parfois appelée fête des Tentes ou des Huttes. Pendant la semaine de Souccot les Juifs sont invités à se fabriquer une cabane et à y séjourner un temps afin de cultiver une éthique de sobriété en mémoire de la période du désert[1].

J’ai participé à un débat avec le rabbin Olivier Kaufmann – directeur du séminaire israélite de France – dans le cadre d’une série d’émissions en collaboration entre Akadem et Campus protestant sur la signification de la fête pour les juifs et les protestants. Cela m’a conduit à faire deux remarques.

Dans nos calendriers liturgiques, le moment où nous essayons de cultiver une certaine sobriété est le carême. L’évangile proposé à notre méditation le premier dimanche du carême est la tentation de Jésus qui pointe trois défis qui sont posés à notre existence.

La première tentation est la tentation de la richesse. Le diable propose à Jésus de transformer les pierres en pain. La deuxième est la tentation du pouvoir lorsque le diable conduit Jésus sur une haute montagne et qu’il lui offre le pouvoir sur toutes les nations. La troisième est la tentation de la séduction lorsque le diable fait monter Jésus en haut du temple afin qu’il se jette dans le vide et que des anges le secourent. Il ne manquerait pas alors d’être admiré. Ces trois tentations sont de tous les temps : pour de l’argent, du pouvoir ou de la séduction, nous avons vu des hommes renoncer à ce qui leur était cher. En étant invité à un chemin de sobriété pendant le carême, le fidèle est interrogé sur ces trois tentations : où en es-tu avec l’argent, avec le pouvoir et avec la séduction ?

La seconde remarque est qu’une des richesses du judaïsme tient à sa façon de théâtraliser les grands points de la foi. Les juifs ne font pas que méditer sur la précarité de la vie, ils l’interprètent en vivant dans une cabane. Cela nous rappelle qu’en français c’est le même mot qui évoque notre perception des choses et leur signification, je veux dire que c’est ce que nous percevons avec nos sens qui fait sens pour nous. Souccot est un rite au sens le plus noble du terme, une façon de donner du sens à un événement à l’aide d’un support matériel, à habiter ce qu’il croit au sens premier du terme.

Le protestantisme se méfie du rite qui est soupçonné de devenir un formalisme sans contenu. Sur ce point il a raison, mais d’un autre côté le rite est facteur de transmission, car c’est la répétition qui crée l’identité. On peut même se demander si la méfiance vis-à-vis du rite n’est pas une des causes de la difficulté des protestants à transmettre leur foi à leurs enfants.

[1] Cette année 2019, elle va du 10 au 19 octobre.