Peut-on prévenir la violence faite aux enfants sans référence religieuse tout en reconnaissant la dimension spirituelle de l’existence humaine? C’est la question au coeur du travail de doctorat mené par Sabine Rakotomalala à l’Université d’Utrecht, aux Pays-Bas.

A travers une vaste revue de littérature internationale, la chercheuse analyse comment la «spiritualité positive» peut contribuer à prévenir la maltraitance infantile. Intitulée «The Role of PositiveSpirituality in Preventing Child Maltreatment», cette synthèse interdisciplinaire examine les liens entre spiritualité, résilience, santé mentale et prévention de la violence envers les enfants.

La spiritualité positive occupe un espace intermédiaire entre le religieux et le strictement laïque. «Elle ne se confond ni avec la pratique religieuse institutionnelle ni avec une vision purement séculière du monde», explique Sabine Rakotomalala. Elle renvoie à des valeurs universelles : donner du sens à sa vie, cultiver l’espoir,développer des liens de qualité avec les autres, prendre soin de son bien-être intérieur. Autant de dimensions que l’on retrouve aussi bien dans les traditions religieuses que chez des personnes se déclarant non croyantes.

Selon les études analysées, cette spiritualité vécue agit comme un facteur de protection face à la violence. Elle repose sur cinq compétences clés: la conscience de soi, la gestion des émotions, la conscience sociale et l’empathie, la prise de décision responsable et les compétences relationnelles. Leur développement contribue à réduire les comportements violents envers les autres, tant chez les adultes que chez les enfants, en renforçant l’autorégulation, le discernement et la capacité à entrer en relation sans domination.

L’école apparaît comme un lieu stratégique pour cultiver ces compétences, sans tomber dans le prosélytisme. Programmes socio-émotionnels, discussions autour des choix responsables, activités de solidarité, espaces de parole ou pratiques de pleine conscience: autant de dispositifs qui permettent de travailler ces dimensions de manière transversale. Mais l’impact reste limité si les familles ne s’en emparent pas. «Il est difficile d’imaginer que ces valeurs s’enracinent durablement si elles ne sont pas vécues au quotidien à la maison», souligne Sabine Rakotomalala.

A l’échelle des politiques publiques, certains pays montrent la voie. La Malaisie intègre explicitement des considérations morales et spirituelles dans sa politique de protection de l’enfance. Le Bhoutan, avec son indice de bonheur national brut, place le bien-être spirituel au cœur de l’action publique. D’autres États, d’Afrique ou d’Amérique latine, ont introduit ces dimensions dans les programmes scolaires de la petite enfance.

Les communautés religieuses disposent, elles aussi, d’un fort potentiel d’influence. À condition de mettre l’accent non sur la doctrine, mais sur des […]