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Didier Sicard : « le déconfinement n’est pas une libération »

L’ancien président du Comité consultatif national d’éthique (1999-2008), spécialiste des maladies infectieuses, ne croit pas à l’éventualité d’une deuxième vague mais se veut prudent.

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Publié le 12 mai 2020

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Depuis le lundi 11 mai, la France se déconfine en douceur. Etes-vous confiant ?

En cette période de déconfinement, je crois que la maladie na va pas repartir de plus belle. Bien que les Français soient de nouveau dehors, je ne crois pas à l’arrivée d’une deuxième vague de contamination. Au cours du mois de juin, il se peut que nous connaissions un petit rebond susceptible de durer deux ou trois semaines. Mais rien de dramatique. Certains d’entre nous risquent encore de nous rappeler à l’esprit la grippe espagnole et son nombre impressionnant de morts. Mais cette tragédie n’a rien à voir. C’est comme la diphtérie et le tétanos. Rien ne sert de comparer sans cesse une situation morbide à une autre. Nous demeurons néanmoins dans le doute. Un vaccin va-t-il voir le jour ? Nous ne savons pas. Quand la maladie va-t-elle s’arrêter ? Nous ne savons pas. Personnellement, j’ai le sentiment que nous arrivons à la fin d’une histoire. Mais il arrive que des personnes qui déclarent « j’ai le sentiment » se trompent.

Les gestes barrières préconisés par le gouvernement vous paraissent-ils suffisants ?

Ces préconisations sont raisonnables. Maintenir des distances de sécurité nous permet de nous protéger les uns des autres. Quand au port du masque, certes il ne réduit pas le risque à zéro mais le rend extrêmement faible. Personnellement, je suis favorable à une reprise progressive d’un grand nombre d’activités. Mais il est nécessaire que les habitudes prises pendant le confinement se poursuivent et que chacun s’habitue à penser qu’il est porteur d’un risque pour les autres. Le respect de la vie en société suppose de porter un masque et de ne pas avoir des attitudes désinvoltes. Ce n’est pas parce que la France se déconfine qu’il faut faire la fête en invitant une trentaine de voisins ou partir en weekend à l’autre bout du pays… Le déconfinement n’est pas une libération.

Au cours de différents entretiens, au début de la crise, vous avez déclaré être frappé par « l’indifférence au point de départ », le manque d’enquête sur l’origine de la pandémie . Est-ce toujours le cas ?

Oui. Plus encore aujourd’hui. Car je m’aperçois que le conflit entre les Etats-Unis et la Chine occupe maintenant davantage les esprits que l’origine animale. Certains préfèrent penser que le virus sort tout droit d’un laboratoire à Wuhan car il est peu probable que cet accident scientifique inédit se répète. L’origine animale est plus embêtante car elle peut se reproduire à l’avenir. Il est certain que la chauve-souris est à l’origine du problème. Cet animal est sur terre depuis plus longtemps que l’homme et est porteur du virus depuis plus longtemps que l’homme. La question aujourd’hui est : comment le virus nous a-t-il été transmis ? Par quels mécanismes ? Les réponses sont à rechercher du côté des conditions extérieures des chauves-souris telles que les modifications écologiques de leur habitat. Mais ce type de recherches sont longues et coûteuses. Il faut se rendre sur le terrain, interroger des experts… Et les résultats ne sont pas immédiats et n’aboutissent qu’au bout de trois ans, voire cinq ans. De même, la recherche fondamentale n’intéresse pas les laboratoires qui préfèrent investir dans d’autres domaines plus rémunérateurs. Or ces recherches sont essentielles pour le futur car elles permettent de préparer les prochaines pandémies en repérant d’emblée quelles sont les conditions qui ont prévalu à la contamination. Pour autant, en pleine crise, ce n’est pas le moment de travailler sur les chauves-souris..

« Nous sommes à la recherche d’un médicament tout puissant »

Quelle est l’urgence ?

En période d’épidémie, il est nécessaire de réaliser des recherches légères, rapides et qui incluent un très grand nombre de patients. Celles-ci ne doivent pas être réservées aux services de réanimation qui sauvent les gens et ne sont pas faits pour entreprendre des recherches thérapeutiques. Aujourd’hui, les études menées sont réalisées dans de mauvaises conditions épidémiologiques et avec des méthodologies bien trop lourdes, lentes et coûteuses. Elles ne permettent pas d’affirmer que tel médicament est meilleur qu’un autre et sont incapables de prendre en compte la différence d’action d’un médicament selon le nombre de jour de traitement. Nous sommes à la recherche d’un médicament tout puissant, d’une sorte de pénicilline qui agit de la même manière durant toutes les phases de la maladie. Dernièrement, j’ai appris que l’essai Discovery testant différents traitements contre le coronavirus coûtait 5000 euros par malade car la méthodologie était bien trop lourde. Nous faisons de la recherche qui se veut rationnelle mais qui est irrationnelle. Pasteur n’aurait jamais travaillé de cette façon.

Au cours d’un entretien ces dernières semaines sur France culture, vous préconisiez la création d’une sorte de tribunal sanitaire international…

En effet. Les épidémies actuelles se passent dans l’impunité absolue. L’OMS n’a aucun caractère policier et ne peut rien faire. Si nous disposons d’un tribunal international pour juger les crimes de guerre, nous n’avons aucun organe contre les crimes sanitaires. Il faudrait inventer une structure au niveau international qui permette immédiatement de reprocher à un pays de ne pas avoir fait ce qu’il fallait en terme de déclaration. Je ne suis pas juriste et ce n’est pas à moi de dire à quoi cet organe pourrait ressembler. Mais ce que je peux dire c’est qu’il manque cruellement.

Un mot à rajouter pour nos lecteurs protestants ?

C’est une hypothèse peut-être hasardeuse… Mais au fond, les pays marqués par la Réforme comme l’Allemagne se sont plus sentis responsables individuellement que les pays catholiques qui attendaient tout de l’État durant la crise. La culture catholique se caractérise par la place accordée à l’ autorité alors qu’au sein du protestantisme, chacun doit réfléchir à sa propre responsabilité.

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