Faire moins pour vivre mieux

Faire moins pour vivre mieux

La décroissance a fait une entrée fracassante dans le débat sur l’écologie et l’économie au début des années 2000. Pourtant, elle demeure souvent incomprise du grand public.

Un contenu proposé par Ensemble - Strasbourg

Publié le 30 mars 2015

Auteur : Martin Kopp

Martin Kopp, doctorant en théologie protestante, nous en dit plus.

La décroissance est un slogan politique. Selon la formule du politologue Paul Ariès, elle est un mot obus, utilisé pour faire exploser l’idéologie dominante, soit la pensée production-consommation-croissance qui nie le caractère fini de la planète et voit dans le toujours plus économique l’incarnation du bien. La décroissance prend son contre-pied à ces deux endroits : la croissance économique n’est ni soutenable d’un point de vue écologique, ni souhaitable d’un point de vue sociétal.

La croissance est non-soutenable parce que, n’en déplaise aux illusions dont notre modèle se nourrit, il existe des limites à la croissance. D’une part, c’est évident, du côté des ressources non-renouvelables. D’autre part, du côté des ressources renouvelables, la capacité bioproductive annuelle de la terre est elle-même plafonnée. Or, nous sommes aujourd’hui déjà au-delà de ces limites. Il faut savoir que, si chaque être humain sur terre consommait comme le Français moyen, nous aurions besoin de 2,7 planètes. À l’échelle de l’humanité, nous consommons 1,5 planète par an. Le chiffre est limpide.

La croissance est non-souhaitable d’abord parce qu’elle ne tient pas ses promesses. Lutter contre la pauvreté ? Les inégalités et le chômage explosent comme jamais. Nous mener au bien-être, sinon au bonheur ? Les indicateurs alternatifs montrent que passé un certain seuil de PIB – produit intérieur brut -, ils déclinent. C’est la trahison de l’opulence. Il y a plus. La société de croissance véhicule des visions de l’humain, de la société, de l’existence, du bonheur, colonisées par l’économie. Et que ce soit sur une base philosophique ou une base théologique, on ne saurait voir en l’humanité l’homo oeconomicus, en la société le jeu libre des intérêts privés en concurrence, en le bonheur le niveau de revenu et de consommation.

Partant, deux défis au Nord : de toute urgence, mener une phase de transition exigeant une décroissance des productions et consommations, puis inventer un modèle social en état stationnaire. La décroissance n’est donc pas une fin en soi ; elle est la rampe de lancement vers une société conviviale d’abondance frugale. Et une conviction : en en faisant moins, on peut vivre nettement mieux.

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