Entretien

Gens du voyage : du confinement au déconfinement

Le point avec Séverine Faubeau, secrétaire exécutive de l’Association protestante des amis tziganes (APATZI).

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Publié le 25 mai 2020

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Comment se déroule le déconfinement pour les gens du voyage ?

Les conditions qui leur sont offertes de voyager à nouveau restent très contraintes, comme pour nous tous encore, par l’obligation de justifier nos déplacements. Or, qu’ils soient de moins de 100 km ou au-delà, il leur faut toujours les justifier avec une adresse qui ne correspond pas toujours à celle du stationnement qu’ils ont pu trouver pendant ces deux mois, et avec des documents qu’ils n’ont souvent pas : leur domicile, c’est la caravane qui, par définition, n’est pas fixe. C’est une grande ambiguïté, y compris pour justifier d’un impératif familial ou d’une obligation professionnelle lorsqu’ils sont artisans autoentrepreneurs.

Des recommandations, qui datent du 12 mai 2020, ont été publiées par la DIHAL, pour organiser cette nouvelle période. Les autorités y font appel au discernement des services de police et de gendarmerie ainsi qu’à celui des élus de terrain pour gérer les difficultés. Ces recommandations seront-elles suffisantes ? Pendant la semaine qui a précédé le déconfinement, des familles ont parfois cherché, pour échapper à ces conditions difficiles, à se remettre en route pour trouver un nouvel emplacement. La police et la gendarmerie, comme les préfectures qui ne pouvaient pas adoucir le dispositif, ont alors sévèrement sanctionné les déplacements et les installations illicites. L’idée même d’avoir affaire à des gens du voyage a fait encore resurgir, y compris chez certains élus, des relents nauséabonds d’anti-tziganisme et d’incitation à la haine que nous avons dénoncé comme il se doit en nous associant aux plaintes déposées.

Une autre grande difficulté actuelle est liée aux ressources. Nombreuses sont les personnes qui travaillent à l’extérieur en tant qu’indépendant ou participent durant l’été aux cueillettes chez les maraîchers par exemple. Lorsque l’on ne peut plus travailler, il devient difficile de continuer à payer sa place de stationnement. Le règlement des loyers sur les aires d’accueil sera une nouvelle difficulté : la suppression des loyers devra, comme pour les HLM, être négocié avec les gestionnaires.

L’ASNIT (association sociale tzigane) a mis en place en liaison avec la Banque alimentaire depuis la fin du mois d’avril une distribution hebdomadaire de colis de produits de première nécessité en Région parisienne auprès de 26 églises évangéliques tziganes Vie et Lumière ; l’organisation de ces distributions s’étend maintenant à la Gironde et à la région des Bouches du Rhône et du Vaucluse. J’espère qu’à cette occasion de nouveaux réseaux d’amitié vont naître en région et de nouveaux liens fédératifs protestants être noués.

Comment ces derniers ont-ils vécu le confinement ?

Avec le Covid-19, les difficultés se sont multipliées. Tous les jours, des familles nous partageaient de nouvelles inquiétudes. En tant qu’Association protestante des amis tziganes, notre but était de faire remonter ces diverses problématiques aux préfectures, aux défenseurs des droits dans les départements et au Défenseur des droits national.

A titre de rappel, en France, les gens du voyage constituent un groupe de 400 000 personnes dont environ 60 % sont évangéliques et membres de la mission Vie et lumière. On dénombre trois types principaux de stationnement : les familles peuvent être installées sur des aires d’accueil gérées par les communautés de commune, des stationnements illicites mais aussi sur des terrains privés sur lesquels généralement figure à côté de leur caravane une petite construction abritant une cuisine ou une salle de bain. En raison du confinement, toutes ces personnes ont eu l’obligation de rejoindre des aires d’accueil ou de rester confinées au sein de leur domicile c’est-à-dire leur caravane, là où elles se trouvaient, parfois heureusement sur des terrains privés mais aussi souvent sur des stationnements illicites, dans des aires industrielles et commerciales dont elles ont été évacuées durement quand l’activité a repris.

De fait, les aires de stationnement ont été rapidement surchargées et la promiscuité a engendré des problèmes sanitaires. Des familles entières sont tombées malades et ont contaminé d’autres familles et ainsi de suite. Voilà pourquoi certaines d’entre elles ont préféré rester sur des stationnements illicites tels que des parkings ou des stades. Ce qui a engendré des tensions avec les communes. Avec le soutien du Pr François Clavairoly, président de la Fédération Protestante de France, nous avons pu courant avril en faire part au président de la République ; une note a également été transmise au Premier ministre.

Et moralement ?

Certaines familles l’ont mieux accepté que d’autres qui ont été touchées par le Covid19 ou ont été victimes de discriminations. Heureusement, les réseaux familiaux sont très actifs. Les pasteurs prennent régulièrement des nouvelles des membres de leurs communautés et organisent des temps de prière par téléphone. Les grands rassemblements cultuels de printemps ont été annulés. Les « grands passages » qui permettent traditionnellement de se retrouver pendant tout l’été n’ont pas été non plus organisés : ce sont des temps de ressourcement qui vont beaucoup manquer aux familles tziganes. Heureusement, on a appris le 18 mai, que le Conseil d’Etat recommandait la réouverture des églises. Dans le cas des gens du voyage évangéliques, il faut s’imaginer des regroupements de plusieurs centaines voire de plusieurs milliers de personnes : j’ai encore du mal à l’imaginer dans les circonstances de pandémie que nous traversons.

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