Justice - attentats du 13-Novembre
Justice

Procès des attentats du 13-Novembre : la lutte contre le terrorisme, un dilemme démocratique

L’ancien patron de la DGSI a été auditionné par la cour d’assises spéciale de Paris, vendredi 17 décembre. Avec lui, il a été question de l’équilibre délicat entre la préservation des libertés et la sécurité dans un État démocratique en lutte contre le terrorisme.

Un contenu proposé par Le blog de Camille Verdi

Publié le 21 décembre 2021

Auteur : Camille Verdi

Avant de marquer une pause jusqu’au 4 janvier, le procès des attentats du 13-Novembre a été marqué par l’audition de Patrick Calvar. L’ex-patron de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a mis en avant le dilemme démocratique que représente la lutte contre le terrorisme dans une société démocratique, rapporte Le Monde. Devant la cour d’assises spéciale, il a aussi estimé que les contrôles aux frontières de l’Union européenne étaient faibles. Une intervention très politique puisqu’elle pose la question suivante : “Voulons-nous plus de liberté ou plus de sécurité ?”

“Tout attentat est un échec”, a admis sans tergiverser Patrick Calvar. Mais il a aussi listé les freins légaux, humains et techniques qui existent dans une société démocratique. Ils compliquent la lutte contre le terrorisme. “Aucun texte ne permet à un informateur d’infiltrer un réseau sans engager sa responsabilité pénale s’il venait à participer à une association de malfaiteurs. Quelqu’un qui travaille pour vous prend donc des risques physiques, mais aussi celui de se retrouver en prison, ça fait beaucoup…”, a-t-il souligné.

Une menace qui venait de partout

Il existe également des obstacles techniques. “Le chiffrement des communications : c’est un problème majeur, qui n’est toujours pas réglé et auquel sont aussi confrontés la CIA ou le FBI. Et le big data : avec la multiplication des moyens de communication, nous étions inondés de données qu’il nous fallait trier”, a-t-il ajouté. En 2015, la DGSI était dans “un état apocalyptique”. Ces 3 300 employés (des policiers, des agents administratifs mais aussi des analystes et des techniciens) étaient submergés d’informations à traiter en raison du grand nombre de “cibles” à avoir à l’œil.

La DGSI était alors confrontée à l’ampleur inédite de la menace émanant de l’État islamique. Le 13 novembre 2015, jour des attentats, entre les Français présents en zone irako-syrienne, ceux désireux de les rejoindre et ceux de retour sur le sol français, quelque “1 760 individus” étaient identifiés par le service. Et sur les 9 000 “fiches S” enregistrées, onze concernaient des acteurs du dossier jugé depuis le 8 septembre 2021 par la cour d’assises spéciale. “Il y avait un tel niveau de menace, on croulait dessous. Elle venait de partout, de l’intérieur, de l’extérieur…”, a décrit Patrick Calvar.

Des frontières poreuses

Pourtant, celui-ci estime que si ces attentats n’ont pas été déjoués, c’est en grande partie en raison de la porosité des frontières de l’Union européenne. Pas moins de 15 acteurs du dossier, dont huit kamikazes du 13-Novembre, sont entrés dans l’espace Schengen depuis la Syrie en se faisant passer pour des réfugiés, relate le quotidien. Pour ce faire, ils ont profité de la crise migratoire de l’été 2015. Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur des attentats, était parmi eux. Il faisait pourtant l’objet d’un mandat d’arrêt européen. Après avoir débarqué sur une île grecque, il a réussi à rallier la Belgique.

Au-delà du fait qu’il est impossible de “contrôler 1,5 million de personnes”, Patrick Calvar a pointé du doigt l’absence de données biométriques des passeports irakiens ou syriens utilisés par les terroristes et, surtout, l’absence d’interconnexion entre le fichier Schengen, sur lequel figurent les personnes recherchées au sein de l’espace de libre circulation de l’Union européenne, et les fichiers nationaux. “Si Abaaoud avait fait l’objet en Grèce d’un contrôle biométrique avec interconnexion des fichiers, il aurait été interpellé”, illustre l’ancien policier.

Un choix toujours d’actualité

Au-delà de l’échec, les attentats posent la question des choix politiques réalisés rappelle Le Monde. “C’est un débat de société : voulons-nous une société de plus grande surveillance ? Les technologies existent. Mais est-ce que nous voulons un peu moins de liberté ?” a demandé celui qui n’hésite pas à rappeler que “quand tout va bien, on vous dit que vous êtes liberticide. Quand tout va mal, on vous traite d’incompétent”. “Si c’est plus de sécurité, il va falloir entrer plus de technologie. C’est possible, mais il faut qu’on accepte plus de restrictions de nos libertés individuelles.” Un choix toujours d’actualité puisque, selon Patrick Calvar, des attentats comparables à ceux du 13-Novembre pourraient très bien de nouveau avoir lieu.

 

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