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Justice

Procès des attentats du 13-Novembre : l’incompréhension des proches de terroristes

La semaine dernière, les pères de deux terroristes du Bataclan ont témoigné devant la cour d’assises spéciale de Paris

Un contenu proposé par Le blog de Camille Verdi

Publié le 14 décembre 2021

Auteur : Camille Verdi

N’ont-ils pas volontairement tout dit ? Ne savaient-ils vraiment pas tout ? La semaine dernière, trois proches de Samy Amimour et d’Omar Mostefai, deux des terroristes du Bataclan ont témoigné devant la cour d’assises spéciale de Paris où le procès des attentats du 13-Novembre se poursuit. Mais, comme le soulignent France Inter et d’autres médias, leur récit a généré de la frustration. C’est à eux qu’est revenue la lourde tâche d’expliquer ce qui a conduit deux jeunes Français à se radicaliser et à participer à une tuerie.

Azdyne Amimour, 74 ans, est le père de Samy Amimour. Devant les juges, il évoque son unique fils, cadet d’une fratrie de trois enfants, au parcours scolaire sans faute”. “Il a eu son bac du premier coup, s’est inscrit pour faire une licence en droit.” Il raconte aussi sa radicalisation “à une vitesse vertigineuse”, après avoir commencé à se rendre à la mosquée. “Au départ, je me disais : ‘Il est sur la bonne voie en pratiquant la religion, je préfère ça qu’être dealer ou autre’”, explique Azdyne Amimour. Samy Amimour se rend quotidiennement à la mosquée, adopte le qamis, le vêtement traditionnel musulman apprécié par les salafistes et quitte son poste de chauffeur de bus à la RATP, précise la radio. “Mais moi, je n’ai su que beaucoup plus tard qu’il avait démissionné. Parce qu’il partait, il faisait sa journée”, détaille sa sœur Maya Amimour. Fin 2013, il annonce son départ “pour le sud de la France”. “Ma mère trouvait ça étonnant, mais elle s’est dit que ça lui ferait du bien”, ajoute la jeune femme. “Et puis, il a appelé sa mère pour lui dire ‘pas la peine de me chercher, je suis en Syrie’, ajoute Azdyne Amimour.

“Une tenue militaire et des béquilles”

Dans le but de ramener son fils en France, ce dernier part l’été suivant en Turquie et l’appelle. Le lendemain, aidé par des passeurs, Azdyne Amimour rejoint l’État islamique et retrouve son fils. “Il avait une tenue militaire et des béquilles. Il m’a fait un sourire. On a pris la voiture, j’essayais de lui parler, mais il n’y avait pas vraiment de communication”, relate Azdyne Amimour. Mais, de manière générale, la communication est rare au sein de la famille Amimour. “Il y a un manque de communication chez moi qui a toujours été présent. Chaque sujet est tabou”, souligne la plus jeune des filles. Pas plus de dix phrases auraient été échangées entre le père et le fils.

“Vous passez quatre jours, votre fils ne veut pas communiquer quoi que ce soit”, demande le président. “Moi-même, j’essayais de comprendre. Mais il a été complètement lobotomisé. J’ai essayé de l’égayer avec le foot, ça n’a pas marché (…) J’avais espoir qu’il revienne, mais je pense qu’ils l’ont tellement impliqué qu’il ne pouvait plus faire marche arrière”, répond Azdyne Amimour. Une lettre écrite par sa mère n’y fera rien. Maya Amimour, elle, restera en contact avec son frère pendant encore quelques mois. Se disant attendrie, elle participera même aux préparatifs du départ de Kahina, une jeune femme de 17 ans, partie en Syrie pour épouser Samy Amimour. Des faits qui font l’objet d’une procédure judiciaire toujours en cours. Mais désormais, “je me sens honteuse d’avoir le même nom”, lâche-t-elle avant de sortir de la salle d’audience.

Un “garçon normal”

Mohamed Mostefai, le père d’Omar Mostefai, autre terroriste du Bataclan, a également témoigné, la semaine dernière. Mais lui non plus ne parviendra pas à expliquer comment son fils s’est radicalisé. Mais dans son cas, France Inter, parle de possible mauvaise foi. Il dresse le portrait d’un “garçon normal (…) correct, juste, travailleur. Il était chef boulanger chez Paul. Et on n’a rien vu de mal chez lui, que du bien.” “Vous n’aviez pas remarqué de changement dans son attitude ?”, l’interroge le président. “Non, pas du tout. Il était pratiquant, normal. Comme tous les musulmans pratiquants”, répond le père. De quoi laisser sceptique le président, au vu des éléments du dossier. Le père ne pouvait pas ignorer le côté “rigoriste” de la mosquée de Beaulieu, qu’il fréquentait aussi. “Comment expliquez-vous que votre fils que vous décrivez comme gentil, se retrouve à décapiter quelqu’un avec un couteau, puis à tirer sur des jeunes de son âge à la kalachnikov ?”, tente le président. Mais le père assure ne pas avoir observé de changements. D’ailleurs, il n’a pas jugé bon de prévenir la police lors de son départ en Syrie. Pas plus quand sa belle-fille et leurs deux enfants l’ont rejoint au sein de l’État islamique.

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