La mosaïque protestante aujourd’hui

La mosaïque protestante aujourd’hui

Luthériens, réformés, évangéliques ? Côté théologie, ce qui les rassemble et ce qui les différencie. Un édifiant état des lieux.

Un contenu proposé par Ensemble - Strasbourg

Publié le 4 septembre 2014

Auteur : Marc Lienhard

Suite à l’action de Luther et à son exclusion de l’Église Romaine, des Églises et communautés séparées de Rome surgissent dans l’Europe du XVIe siècle. C’est aussi le cas à Strasbourg, qui est presque entièrement protestante à la fin du siècle. Après la voie moyenne entre Luther et Zwingli puis Calvin, suivie par Bucer, le luthéranisme s’impose dans la ville au moins jusqu’au XVIIIe siècle où se reconstitue une paroisse réformée. Trois caractéristiques marquent le protestantisme strasbourgeois au XIXe siècle. Aux paroisses s’ajoutent les œuvres et mouvements, dont la plupart sont encore en place  aujourd’hui tels ceux qui concernent la jeunesse et la diaconie.

Des courants théologiques s’affrontent au sein des Églises officielles. Ils opposent les libéraux, les luthériens orthodoxes et les piétistes ; les deux derniers mouvements connaissent des Réveils au XIXe siècle.

Les premières communautés libres apparaissent à Strasbourg : en 1882 une communauté méthodiste, en 1891 une communauté baptiste, suivies de l’Armée du Salut en 1896. Au XXe siècle s’y ajoutent l’Église luthérienne libre, les mennonites, héritiers des anabaptistes du XVIe siècle, les pentecôtistes et les adventistes, sans oublier, à une date plus récente, les communautés ethniques telles que celles des Malgaches.

Églises luthériennes réformées et Églises libres

Aujourd’hui la feuille hebdomadaire des cultes publiée par les DNA fait apparaître, pour le grand Strasbourg, une trentaine de paroisses luthériennes, deux paroisses réformées et près de vingt communautés libres, c’est-à- dire non reconnues par l’État. Les lieux de culte sont plus nombreux puisqu’il y en a aussi dans les hôpitaux et dans les maisons de retraite. Des traits communs apparaissent dans les diverses communautés dites protestantes, dont certaines préfèrent d’ailleurs s’appeler évangéliques : la place accordée à la Bible et à la prédication, la réduction à deux du nombre des sacrements, une certaine autonomie de la communauté locale, la place des laïcs. La base commune aux Églises luthériennes et réformées est plus évidente encore : l’insistance sur la grâce et la justification par la foi, sur l’interprétation christocentrique de la Bible, sur la formation théologique universitaire des divers ministres, sur la légitimité d’une tradition, certes purifiée, mais maintenue, sur la célébration de la sainte cène focalisée sur la présence de Jésus Christ, sur la pratique du baptême des enfants. Il y a aussi l’incitation à s’engager dans la vie sociale et politique ainsi que l’acceptation du lien institutionnel des Églises avec l’État, et enfin l’attention portée à la culture.

Des différences

Entre Églises réformées et luthériennes subsistent des différences de sensibilité, de pratique et d’organisation plutôt que de doctrine : des églises réformées plus dépouillées, souvent sans images et sans crucifix, la présence dans l’Eglise luthérienne d’un ministère de type épiscopal, à savoir celui des inspecteurs, alors que les réformés insistent plutôt sur le consistoire et sur le synode. Pour les luthériens, le culte est une ellipse à deux foyers – prédication et cène – ce qui n’est pas toujours le cas dans l’espace réformé où l’on privilégie la prédication. Le culte luthérien a conservé le rythme de l’année liturgique, l’ordre de la messe et, en général, l’utilisation des hosties. Le chrétien luthérien a eu, dans le passé plus qu’aujourd’hui, latendance à restreindre sa foi à l’intériorité et à se soumettre à l’ordre existant. Par contre, les différences théologiques qui, au XVIe siècle, portaient en particulier sur la sainte cène et sur la prédestination se sont estompées, comme cela est apparu avec la Concorde de Leuenberg. Il est devenu possible de mettre en place une Union des Eglises luthérienne et réformée d’Alsace et de Lorraine en 2006. Celle-ci ne supprime pas les différences de sensibilité, mais les réconcilie en vue d’un témoignage commun.

Nous avons évoqué la proximité entre les Églises reconnues et les Églises libres. Pourtant de réelles différences apparaissent. Outre le lien institutionnel avec l’État, il faut évoquer les différences dans l’ancienneté de leur implantation des uns et des autres dans la ville. Les luthériens y sont présents depuis le XVIe siècle et y utilisent les églises les plus anciennes à part la cathédrale. Certains tentent aussi de maintenir un certain bilinguisme dans la vie cultuelle. Plus fondamentale est la différence dans la conception de l’Église. Les Églises luthériennes et réformées sont attachées au principe multitudiniste: elles accueillent aussi, pour les sacrements, des paroissiens peu fidèles et les enfants. Par contre, les Églises libres sont plutôt de type professant. En général elles ne baptisent pas les petits enfants, mais exigent un engagement confessant préalable au baptême. Elles demandent aux fidèles un engagement conséquent sur le plan financier et une participation active à la vie communautaire. Par ailleurs, l’interprétation de la Bible est souvent plus littérale que dans les autres Églises. Sur le plan de la spiritualité, tout en confessant l’action de la grâce, l’appel à la sanctification, voire à l’ascèse, dans la vie quotidienne – chez les adventistes par exemple -, est plus fort que dans les Églises luthéro-réformées. On relèvera aussi l’insistance, en particulier chez les pentecôtistes, sur le baptême de l’Esprit et sur les fruits de l’Esprit tels que le parler en langues. Mais on sait qu’à travers le mouvement charismatique le pentecôtisme a aussi touché les autres Églises. Plus que chez les luthériens et les réformés, le culte de bien des communautés évangéliques fait place à l’émotion. Ils diffèrent aussi dans le domaine de l’éthique. Les Églises de professants ont, en général, des positions plus conservatrices, s’opposant, par exemple, à l’avortement. Notons aussi qu’elles sont souvent moins ouvertes à l’œcuménisme, surtout à celui qui concerne les rapports avec le catholicisme. Mais il y a bien des exceptions !

Des clichés ?

A l’intérieur de la planète protestante de Strasbourg subsistent certains clichés, souvent aussi une certaine méfiance. Elle n’est pas absente des relations entre luthériens et réformés. Elle est plus forte dans les rapports entre les Églises luthérienne et réformée d’une part et les Églises de professants d’autre part. Ces dernières stigmatisent, à l’occasion, le lien des autres avec l’État ou encore l’absence de discipline, ou la faible participation des fidèles à la vie de l’Église. Du côté luthéro-réformé, il arrive que certains, peu informés, qualifient les Églises de professants de sectes. Cela dit, la rencontre, le dialogue et la communion entre les Églises luthérienne et réformée d’une part, et les Églises de professants d’autre part, ont beaucoup progressé ces dernières décennies, au point que plusieurs Églises libres font partie aujourd’hui du Conseil protestant de Strasbourg.

Être protestant

On peut décrire le style de vie des diverses communautés protestantes. Mais qu’en est-il de l’homme protestant ? Existe-t-il ? Moins que d’autres confessions, le protestantisme, du moins chez les luthériens et les réformés, s’exprime par l’appartenance à des institutions et des communautés. Bien des fidèles se tiennent à distance. La foi protestante s’exprime souvent, et de façon plus typique peut-être, au niveau personnel, familial et professionnel plus qu’au niveau ecclésial. Il y a certes les institutions, mais aussi un certain style et un certain esprit protestants. Si, dans les communautés de professants, le fidèle est, en général, intégré comme dans un cocon qui peut d’ailleurs, dans certains cas, être étouffant, il y a aussi d’autres protestants, attachés à l’esprit et à l’intériorité plutôt qu’à la communauté. Si les protestants des Églises libres ne répugnent pas à recevoir des directives religieuses et morales, voire sociales de la part des dirigeants de leurs Églises, d’autres se méfient de toute directive, y compris de celles qui émanent des autorités ecclésiastiques. Relevons aussi la passion pour la vérité et le souci de la sincérité. Cela rend quelquefois les protestants exigeants sur le plan intellectuel, en particulier dans les grandes Églises. Cela peut conduire aussi les uns et les autres au fanatisme. Chez tous, la religion se traduira nécessairement sur le plan moral, voire s’y réduira. Il me semble que les protestants strasbourgeois sont, dans l’ensemble, attachés à un christianisme pratique plutôt que mystique, actif plutôt que spéculatif. Parmi leurs valeurs dominantes, il y a le travail, l’efficacité et la réussite plutôt que la méditation et le recueillement. Cela dit, il faut se demander comment les uns et les autres sont prêts et formés, y compris à travers une vie communautaire accueillante, sans être oppressante, pour affronter les défis du présent que sont la sécularisation, l’individualisme, la marginalisation et la solitude de bien des personnes ou encore le consumérisme et le nihilisme de notre société.

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