Le protestantisme, ses chances et… ses devoirs

Le président de la Fédération protestante de France (FPF) a séduit son auditoire lors de la 19e conférence annuelle d’Ensemble le 18 mai dernier, dans une église Saint-Matthieu remplie jusqu’à la dernière place.

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Publié le 23 mai 2016

Auteur : Bettina Cottin

François Clavairoly parle en toute lucidité, en toute équité, mais avec passion et porté par une vive espérance. Lors de sa conférence, il a fait des confidences à l’assistance nombreuse venue l’écouter, mais l’a aussi mise au défi de la vocation du protestantisme aujourd’hui et de son avenir.

Une triple tension

De façon plus personnalisée, il fait état de trois tensions caractéristiques du protestantisme. Nous sommes héritiers d’un « patrimoine » d’idées et d’histoire précieux, qu’il s’agit de garder vivant. Mais en même temps, nous sommes pionniers, obligés et désireux d’inventer de nouvelles expressions de la foi. Nous devons sans cesse articuler la foi et la raison, croire et penser – citation de Ricoeur : « Croire, c’est penser. » Nous ne pouvons pas nous reposer sur des certitudes jamais remises en question, ni sur une rationalisation du monde, mais les deux dimensions s’interpelleront toujours.

L’expérience de la présence de Dieu ne se lira que face à l’expérience de son absence, notre expérience de Dieu est « à éclipses ». Le « Dieu caché », une pensée développée aussi par les Réformateurs, est un Dieu dynamique, qui ne s’impose pas, mais qui se laisse découvrir et rencontrer. C’est aux antipodes de toute ambition de rendre la religion évidente ou indispensable dans la société. Ici se lit la résistance protestante du passé, mais aussi sa discrétion foncière : la relation avec Dieu est librement assumée par l’individu, et s’articule dans la foi – « sola fide » -, non dans l’évidence.

Contestation, confiance et espérance

Trois idées caractérisent l’apport du protestantisme dans la société d’aujourd’hui : la contestation, la confiance et l’espérance. La contestation, ou la liberté du protestant de ne pas se confondre avec le pouvoir politique, fût-il bienveillant. (cf. la récente réception à l’Élysée de 300 représentants des œuvres protestantes). La confiance, qui se traduit en politique par « cohésion sociale », et qui est peut-être inséparable de l’espérance grâce à laquelle on peut se lancer et s’engager. Dans l’exemple de l’accueil des réfugiés, la FPF a depuis deux ans lancé une campagne de solidarité qui trouve un bon écho parmi ses membres, mais les chiffres des réfugiés admis par la France restent en arrière de cette disponibilité d’accueil.

Pendant le débat sur les questions d’actualité, il a été important de préciser que la FPF est une fédération d’Églises, dans laquelle chacun des membres est appelé à soutenir les autres et à entretenir un dialogue confiant. Elle n’est pas à confondre avec une communion d’Églises, autre modèle œcuménique, dans laquelle on se fixe des règles communes sur les points essentiels comme les sacrements et les ministères. Mais le point commun des protestants est toujours aussi important : lire, scruter, interroger la Bible.

Et cette capacité de dialogue et de sagesse pourra être mise en œuvre dans les relations interreligieuses, une composante indispensable à tout travail pour la paix dans l’espérance !

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