Un 24 décembre en Alsace

Le cadeau dans la tradition alsacienne de Noël, aujourd’hui oubliée. Retour vers le Noël d'antan.

Un contenu proposé par Ensemble - Strasbourg

Publié le 20 décembre 2016

Auteur : Gérard Leser

Il y a habituellement deux moments dans l’année où il est de coutume de remettre des cadeaux à une personne ou à un groupe de personnes, c’est la fête de l’anniversaire, ds Gabùrtsdàjfescht et la veille de Noël, Wihnachta. Nous savons tous que les petits cadeaux entretiennent l’amitié, ils sont les témoins de l’attention, de l’affection, de la tendresse que l’on porte à l’autre ou aux autres. Ils sont des présents reliés à ce qui réside dans notre coeur. Mais nous avons souvent le sentiment plus ou moins clair que pour la période de Noël, le fait de faire des cadeaux aux membres de la famille ou aux proches que l’on va retrouver pour ce qui est considéré comme la plus grande fête familiale, a un côté contraignant et obligatoire. Malheur à moi si je n’ai pas encore trouvé le cadeau pour un tel, c’est une source de stress et de tracas. Aujourd’hui on peut même dire qu’il y a pléthore de cadeaux, surdose de cadeaux en cette soirée de Noël, consacrée à la rencontre, aux retrouvailles familiales, autour d’un bon repas, avec les nondits et les conflits parfois cachés mais qui sont, ne serait-ce que pour un moment suspendus, ou mis provisoirement entre parenthèses.

Le cadeau de Dieu incarné en un petit enfant 

Les cadeaux sont aussi l’expression de ce désir profond de tout recommencer à neuf, de recréer une relation vraie, juste, équilibrée, et bonne, nettoyée des tensions et des malentendus. N’oublions pas que pendant des siècles, le 25 décembre marquait le début de la nouvelle année, et que la nuit du 24 au 25 décembre était une nuit mystérieuse, riche en rites et croyances qui sont encore présents çà et là en Alsace. Et puis au cours de cette nuit si chargée en symboles, le plus grand des cadeaux n’est-il pas celui que nous fait Dieu en choisissant de s’incarner en un petit enfant, Jésus qui est né dans des conditions misérables dans une crèche du côté de Bethléem. Pendant longtemps, les cadeaux n’ont pas été remis le 24 décembre au soir, mais la veille de la saint Nicolas, dr sànkt Niklàuis, connu en Alsace depuis le 12e siècle, et qui vient, accompagné de son âne et du Hàns Tràpp qui fait peur aux enfants. Une fois l’examen passé, car saint Nicolas venait vérifier autrefois les connaissances religieuses des enfants, il donnait des cadeaux. Oh ! ils étaient modestes : pommes, noix, poires, issus directement des récoltes de l’automne, ainsi que des pains d’épices, aliments précieux car les épices étaient autrefois des denrées rares donc chères. Les fillettes recevaient parfois des poupées et les garçons quelques jouets en bois. La fameuse Rüat n’était pas en reste, la verge qui servait aux parents à corriger les enfants oublieux de leurs promesses envers le Saint-Nicolas. Plus tard sont apparues les oranges et autres fruits exotiques.

Le sapin réjouit le coeur des adultes comme des enfants 

En Alsace, sous l’influence de la Réforme protestante – celle promue par Martin Luther – la coutume de remettre des cadeaux aux enfants s’est progressivement déplacée vers la veille de Noël. C’est attesté dès le 4 décembre 1570, avec la création du célèbre Christkindelsmärik à Strasbourg. Saint Nicolas est oublié, c’est un nouveau personnage plus proche du message des Evangiles, qui apparaît : le Christkindel, et qui rend visite aux familles le 24 décembre au soir, toujours accompagné par le Hans Tràpp. Là aussi les cadeaux remis aux enfants sont modestes, liés aux produits de la Nature : amandes, noix, pommes, dragées, bonbons… et Bredele bien entendu. Mais les plus beaux cadeaux sont maintenant disposés sous l’arbre de Noël, dr Wihnàchtsbàuim, dont la tradition est selon toute vraisemblance née en Alsace. Ce sont essentiellement des jouets en bois, des poupées, de petits soldats. Le sapin décore la Stub et sa présence réjouit le coeur des adultes comme des enfants.

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