Par Christian Barbéry, pasteur Epudf Cannes, commission œcuménique région Pacca

J’aime l’image du corps employée par l’apôtre Paul dans son épître aux Corinthiens (chapitre 12), car elle dit bien l’idée que je me fais de l’unité de l’Église. Non pas fusion mais complémentarité ou, pour le dire d’un autre mot, « communion », selon le grec koinonia. Et si cette image est pertinente à l’intérieur de chacune de nos communautés, a fortiori peut-elle l’être au niveau des différentes Églises.

Pourquoi ne pas imaginer que, tout en poursuivant une mission commune qui est le témoignage de l’Évangile, les Églises arrivent à se confier des missions particulières au vu de leurs charismes propres ? On dit parfois, pour différencier les grandes traditions de l’Église universelle, que l’Église catholique est l’Église de Pierre – et donc liée à Rome dont l’évêque se considère comme le successeur de l’apôtre du même nom. Paul est lié aux Églises issues de la Réforme, qui soulignent que l’être humain est sauvé par la foi seule. Le nom de Jean est lié à l’Église orthodoxe, qui médite que, dès le commencement, la Parole qui s’est faite chair était un avec Dieu. Si les catholiques sont plus expressifs sur le plan de la sacramentalité, les protestants le sont davantage sur le plan de l’actualisation de la Parole et les orthodoxes sur le plan de l’union mystique.

Reconnaître les diverses expressions de la foi

Bien sûr, en tant que protestants, il ne nous est pas demandé de devenir sacramentalistes ni mystiques, mais de reconnaître comme témoignages les diverses expressions de la foi, sachant qu’une même exigence nous invite à nous rejoindre au-delà de ces différences, et c’est l’amour du prochain.

Pierre, Paul et Jean donc. Déjà dans les textes néo-testamentaires, ces trois noms évoquent des approches différentes de la réalité chrétienne. Différentes certes mais complémentaires, formant un grand ensemble autour du nom du Christ. André Gounelle aimait reprendre à ce sujet l’image d’un orchestre où chaque instrumentiste exécute à sa manière sa partition. Tantôt l’orchestre joue le thème principal, tantôt des variations, tantôt c’est allegro, tantôt andante. Il en est de même du grand mouvement œcuménique.

Lorsque Paul écrit ses lettres aux Corinthiens, la diversité harmonieuse de cette Église est en danger. On voit donc que dès le début, les chrétiens n’ont pas renoncé à créer des chapelles qui se disputent l’autorité au sein d’une Église locale. Et Paul de rappeler le seul fondement, à savoir Jésus-Christ crucifié et ressuscité. Aujourd’hui encore, l’Église, quel que soit son nom, est toujours appelée à prêcher Jésus-Christ crucifié et ressuscité. Le sens de la mort de Jésus et du message de sa résurrection est si peu évident qu’il demande toujours à être retrouvé, au lieu d’être enterré dans un langage conventionnel et répétitif comme c’est malheureusement souvent le cas. Retrouver ce sens, cette tâche unit toutes les Églises. Leurs missions sont en effet de dépasser le petit cercle dominical afin de s’adresser aux êtres humains de notre temps qui ne connaissent pas ou mal l’Évangile.

Notre foi est la même

Catholiques, protestants, orthodoxes : notre foi en Christ est la même, la mission de nos Églises est la même, notre impuissance aussi est la même face à une sécularisation galopante. Trouvons les moyens et les mots pour témoigner ensemble de ce qui […]