J’ai assisté à un culte du souvenir au Sonnenhof (1) en hommage à Rui. Les éducateurs ont salué son courage et ses aptitudes professionnelles (2). Ses camarades sa gentillesse et sa joie de vivre… Émouvant.

J’ai du mal à trouver la chapelle sur le grand site du Sonnenhof. La jeune résidente à laquelle je m’adresse ne sait pas. J’erre, quand elle m’interpelle : « C’est écrit là ! » en me montrant un panonceau. Plus dégourdie que moi !

La chapelle se remplit. On m’a donné une bougie LED à l’entrée. La directrice, Anne-Caroline Bintou, salue l’assemblée. Jennifer et Raphaël, directeurs de pôle, se relaient pour évoquer la mémoire de Rui : sa bienveillance, sa générosité, son humour, sa voiturette, ses compétences en électromécanique, son désordre organisé, ses plaisanteries, sa curiosité, son short et son gilet jaune, été comme hiver, mais aussi son courage face à la maladie. « Rui avait ce don rare de rendre les autres
heureux simplement en étant lui-même. »

L’heure n’est pas tant à pleurer l’absent qu’à célébrer la chance d’avoir croisé son chemin. L’aumônier Nathanaël Jeuch explique avec une douceur infinie que Rui nous manque depuis qu’il est parti rejoindre son Seigneur mais que Dieu est là, au plus près de ceux qui souffrent. Il les rejoint dans leur tristesse, leurs émotions, les remplit de son amour et de sa paix. Un homme sanglote derrière moi, l’aumônier console : « Ce n’est pas facile de comprendre que nous n’allons plus revoir Rui, pas facile de nous habituer à son absence. »

Extraits du Psaume 118, mention de Jésus qui pleure la mort de Lazare, chants, puis l’aumônier invite les résidents à un moment de parole libre. Pascal se lève et s’approche avec assurance de la photo de Rui ; je ne comprends pas tout ce qu’il lui dit, mais il n’oubliera pas son ami. Une dizaine de résidents lui emboîtent le pas, certains en fauteuil roulant, tous très émus. Ils expriment à leur façon leur affection pour leur camarade décédé. Ma voisine de gauche essuie une larme. Moi aussi. L’heure est à déposer nos bougies sur l’autel. Rui est dans la lumière. Le piano nous encourage. « Le Seigneur n’est pas le Dieu des morts mais le Dieu des vivants », rappelle l’aumônier.

« Rui, c’était un bon ami, un bon résident des Lauriers. Et on s’est rencontré avec la joie et une bonne entente au départ tout de suite. Il était meneur de sa troupe de joie. Il cachait du chocolat dans sa chambre et il partageait avec tout le monde », me glisse Lucie à la fin du culte.

Rui est parti sans laisser d’adresse mais tout le monde ici(-bas) sait qu’on le reverra là-haut. C’est simple comme bonjour. Ou comme au revoir plutôt.

(1) La Fondation Le Sonnenhof accueille à Bischwiller (67), depuis 1876, des personnes en situation de handicap mental et personnes âgées dépendantes.
(2) Rui travaillait dans l’ESAT Les Ateliers du Sonnenhof à Hoerdt.