Jésus était-il un bâtard ?

Jésus était-il un bâtard ?

Les évangiles disent que Joseph n’était pas son père. Selon les critères religieux de l'époque Jésus aurait alors été considéré comme un fils illégitime.

Un contenu proposé par Le blog d'Antoine Nouis

Publié le 21 juin 2019

Auteur : Antoine Nouis

Daniel Marguerat est le plus grand spécialiste du Nouveau Testament francophone contemporain. Il vient de publier un livre remarquable qui fait le point sur les dernières recherches sur le Jésus de l’histoire[1]. Dans ce livre, il avance une thèse dont je n’avais entendu parler et que je trouve très suggestive.

Sur la naissance de Jésus, les évangiles disent que Joseph n’était pas son père. La réponse apportée par la foi est qu’il est né du Saint-Esprit, mais qu’en est-il de ceux qui n’ont pas la foi ? Selon la loi religieuse de l’époque, un enfant qui n’est pas né d’une union légitimée par la Torah est un bâtard. D’où l’idée que Jésus aurait été considéré comme un bâtard. Si elle est juste, cette hypothèse porte un éclairage nouveau sur quatre points.

Certains versets qui évoquent sa famille prennent sens. Lorsque les gens de Nazareth accueillent Jésus, ils disent : « c’est le fils de Marie[2] », ce qui est complètement atypique, car les hommes sont habituellement situés par rapport leur père. Dans l’évangile de Jean des remarques des religieux alimentent le soupçon : « Où est ton père ?[3] », ou encore « nous ne sommes pas nés, nous, de la prostitution[4]. »

Cela permettrait de comprendre pourquoi Jésus est resté célibataire. Un maître se devait d’être marié pour avoir une descendance, mais un bâtard ne pouvait épouser qu’une bâtarde et leur enfant était un bâtard. Jésus ne se serait pas marié pour ne pas transmettre la stigmatisation sociale qui était la sienne sur ses enfants.

Ce statut permet de comprendre la proximité naturelle que Jésus a eue avec ceux qui étaient socialement marginalisés, les pécheurs, les prostituées et les collecteurs des taxes dont il partageait la table.

Enfin, est-ce un hasard si une des singularités de la prière de Jésus est qu’il s’adresse à Dieu en ne l’appelant pas d’un nom liturgique connu à l’époque, mais « Abba » qui est un nom affectueux qui veut dire : « Père, papa ! » ? Est-ce parce que Jésus n’a pas eu de père – ou un père adoptif – qu’il a cultivé une relation filiale particulière avec son Dieu ?

Si cette hypothèse est juste – et elle me séduit – cela m’oblige à changer le regard que je porte sur tous les marginalisés de notre monde.

[1] Daniel Marguerat, Vie et destin de Jésus de Nazareth, Seuil, 2019.

[2] Mc 6.3.

[3] Jn 8.19.

[4] Jn 8.41.

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